Solage, sol, terrain
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florissaute ^ que jamais ? La fortune a des procédures biftarres. Elle commence quelquefois notre agrandissement par une injure. Nous avons vu tomber assez de choses, qui se sont relevées plus hautes et plus grandes qu'auparavant. Timagéne , ennemi de la prospérité de Rome, disoit qu'il se fàchoit de la voir brûler, parce qu'il savoit bien qu'elle se renouvelleroit plus belle qu'elle ne se brûloit. On en peut espérer autant de Lyon. Ceux de qui les maisons ont été perdues en pourront faire d'autres, plus spacieuses et plus assurées contre les inconvénients. Dieu veuille que ce soit sous meilleurs auspices, et pour durer plus longtemps ! car il n'y a que cent ans que cette colonie avoit été menée, qui n'est que Tâge d'un homme, et non encore trop décrépit. Mais la commodité du lieu lui avoit donné cette réputation en si peu de temps. Apprenons donc à connottre notre condition, et formons notre âme à la supporter. Résolvons-nous' qu'il n'est point de hardiesse dont la fortune ne soit capable, fille a même autorité sur les empires que sur les empereurs, et peut sur les villes ce qu'elle peut sur les habitants. Il ne s^en faut point mettre en colère : ce sont les lois du monde où nous sommes. Vous y trouvez-vous bien? suivez-les. Vous y fâchez- vous? vous avez une infinité de portes ouvertes : sortons par celles qu'il nous plaira. Si c'étoit quelque mauvaise volonté qu'on vous portât particulièrement et qu'il n'y eût que vous traité de celte façon, vous auriez de quoi vous plaindre; mais puisque c'est une nécessité qui sans élection oblige tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre, et que les grands n'y sont pas moins sujets que les petits , réconciliez-vous avec le des-
I . U y a ici florissante^ dans toutes nos éditions. Noas venons de voir deux fois la {orme fleurissant dans les pages qui préoMent. a. Voyez la note de la p. 55 1 .
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tin, et ne vous offensez point qu'il vous fasse comme aux autres, puisqu'il fait aux autres conmie à vous. Ce n*eat point à la richesse ou pauvreté des monuments^ qu'il nous faut mesurer : la cendre des uns est comme celle des autres. Nous sommes inégaux quand nous venons au monde, mais nous sommes égaux quand nous en partons. Ce que je dis des hommes, je le dis des villes. Rome a été aussi bien prise conmie Ardée. Le législateur universel n'a fait la distinction de la grandeur des races et de la célébrité des noms que pour cette vie. Quand nous sommes arrivés où vont les choses mortelles, adieu la vaine gloire, 11 n'y a qu'une loi pour tout ce qui est sous la terre. A souffrir, toutes qualités sont pareilles : le fort et le foible sont aussi mal assurés du lendemain l'un comme l'autre. II prit un jour fantaisie an pauvre Alexandre de Macédoine d'étudier en géométrie, comme s'il eût voulu savoir combien c'étoit peu de chose que toute la terre, de laquelle il n'avoit occupé que la moindre portion. Je l'appelle pauvre, parce qu'il affectoit une science qui lui eût fait connoître le peu d'apparence qu'il y avoit au surnom qu'il s'étoit laissé donner; car quelle grandeur y peut-il avoir en si peu d'espace ? Ce qu'on lui vouloit montrer étoit assez subtil, et digue d'une attention plus diligente que celle de cet étourdi, qui durant ses leçons envoyoit son esprit à la picorée au delà de l'Océan *, 11 dit à son maître qu'il lui enseignât des choses qui fussent aisées; à quoi sa réponse fut, qu'il ne les pouvoit pas rendre moins difficiles pour lui que pour un autre. Pensez que la nature vous paye de la même raison. Ce de quoi vous murmurez, en toutes personnes est une même chose. 11 n*y a point de moyen qu'il vous soit plus
I Cest-à-dire des sépulcres.
a. Le latin dit : trans Oceaaum cogitationes tuas mittens.
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facile qu'aux autres. S'il y a quelque remède, c'est par la patience, qui ne peut venir d'ailleurs que de tous. U Estât que vous sentiez de la douleur, que vous ayez faim et soif, et que vous vieillissiez. Que si vous êtes longtemps au monde, ce ne peut être que vous ne^ soyez malade, que vous ne voyiez périr beaucoup de choses qui vous seront chères, et que vous-même ne périssiez à la fin. Ne croyez pas néanmoins ceux qui vous viennent soufOer aux oreilles. 11 n'y a rien mauvais^ en tout cela, ni rien d'étrange : tant s'en faut qu'il y ait quelque chose d'insupportable. Toute votre appréhension ne vient que d'un consentement que vous donnez à l'opinion commune. Vous craignez de mourir comme vous craignez qu'on ne parle de vous mal à propos. Mais en quoi pourroit mieux montrer un homme qu'il n'a point de jugement, qu'en se travaillant pour des paroles ? Je trouve que Démétrius le Stoïque avoit bonne grâce quand il disoit qu'il s'offensoit aussi peu des propos qui sortoient de la bouche des ignorants, que des vents qui leur échappoient du derrière. « Que m'importe, disoit-il, qu'ils éclatent par haut ou par bas ? Quelle raison ai-je de me tourmenter, si je suis diffamé par des infâmes? » Conmie l'opinion du commun n'est point chose qu'on doive craindre, aussi n'est' ce que vous ne ci*aignez que pour vous ranger à l'opinion du commun. Pourquoi, si les bruits ne nous préjudicient en la conscience, en serons-nous incommodés en la mort? La mort a des envieux, conmie beaucoup d'autres choses; pas un de tous ceux qui l'accusent n'a passé par ses
i. Ce ne peut être que,,., ne..., c'est-à-dire ce ne peut être sans
que.