‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 39 sur 359 · XXIV. César assiégeant Corfinium, Domitius qui étoit · texte numérisé non relu

XXIV. César assiégeant Corfinium, Domitius qui étoit

dedans, commanda à un qui étoit son serviteur et son médecin tout ensemble de lui donner de la poison. Voyant qu'il marchandoit à le faire : « Qu'attends-tu, dit-il, comme si je ne pouvois mourir que par ton moyen? Je te demande la mort Tépée à la main. » Alors il lui promit de lui en bailler, et au lieu de poison, lui fit prendre un médicament soporatif, qui ne lui pouvoit faire mal. Comme Domitius {ut endormi, il s'en vint trouver son fils, et lui dit : « Donnez-moi des gardes, jusques à ce que par l'événement vous connoissiez si j'ai baillé de la poison à votre père. » Domitius ne mourut pas. La ville étant prise. César lui sauva la vie; mais son serviteur la lui a voit sauvée le premier.

XXV. £n la guerre civile un valet cacha son maître, de qui la vie étoit à la taille*, prit ses habits et ses bagues, et en cet équipage vint au-devant de ceux qui le cherchoient, et leur dit qu'il ne leur demandoit point de grâce, et qu'ils fissent ce qui leur étoit commandé; et leur présenta le col. De quelle âme pensez-vous que sortit cette volonté de mourir pour son maître, en un temps où c'étoit une rare prud'homie de ne lui procurer point la mort ; avoir de la pitié parmi tant de meurtres, de la foi parmi tant de trahisons, et quand on proposoit des récompenses à la perfidie, désirer la mort pour salaire de sa fidélité?

XXVI. Nous avons des exemples de notre siècle que je ne veux pas oublier. Sous l'empereur Tibère il ne se parloit que d'accuser. Cette rage si fréquente et quasi publique fit plus de ruine à la ville en temps de paix que tout ce qui s'étoit passé de fureurs et de violences durant la guerre. Si quelqu'un après boire avoit laissé aller une parole un peu libre, si un autre en se riant avoit dit quel-

Page 1