LIV&E IIL CHAPITRE XXIII
rusommer, ils la fireat de cette frçon sortir hors de la porte, où ils la gardèrent jusques à ce que les désordres (osseiit cessés. Comme le soldat lassé de pdler se fut remis dans la discipline ordinaire, ils la ramenèrent chez elle, et le remirent eux-mêmes en sa puissance comme auparannt. Elle les affranchit à Theure même, et ne se fâcha point de devoir la vie à ceux sur qui elle avoit eu puissance de la vie et de la mort. Aussi lui étoit-ce plutôt sojet de se réjouir, pource qu'ayant été sauvée d'autre façon, elle eût joui du fruit d'une clémence vulgaire, et qui n'eût rien eu de rare pour la signaler, n'étant pas chose miraculeuse qu'en pareille occasion il échappe quelqu'un à la (iireur des ennemis. Mais l'ayant été par une voie si notable, son nom fut publié par tout le monde, et est ordinairement allégué pour exemple dans Rome et dans Adrumentum. En la confusion de celte ville prise,- où chacun ne pensoit qu'à se sauver, elle fut fuie de tous sinon de ses fugitifs. Ils repassèrent du parti victorieux ▼ers une captive, déguisés en meurtriers, pour faire connoitre le dessein qu'ils avoient eu quand ils s'en étoient fiiis la première fois. Et ce qui est le plus grand en ce bienfait, pour garder leur maîtresse d'être tuée, ils ne se soucièrent point qu'on pensAt qu'ils eussent volonté de la toer. Croyez-moi, ce n'est point le trait d'une âme servile d'avoir acheté la gloire d'un acte louable par la réputation de vouloir faire une méchanceté. On menoit C. Vettius, préteur des Marses , prisonnier au général de l'armée des Romains. Son serviteur tira l'épée du soldat qui le tratnoit, et en tua son maître. Cela fait : « Il est temps, dit-il, dépensera moi; j'ai mis mon maître en liberté; » et en disant cela se passa la même épée au travers du corps. Dites-m'en un qui plus magnifiquement ait sauvé la vie à son maître.