‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 53 sur 359 · LIVBE IV. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVBE IV. CHAPITRE VI

intam eniants, que la puberté quand nous commençons à Dous fortifier, et que les dernières dents qui nous viennent quand nous sommes arrivés jusques où nous devons erottre , pour nous avertir d'être préparés à nous en re- Ummer. Nous avons en nous les semences de tout âge et de toute science, et Dieu comme souverain ouvrier s* est réservé Tautorité de les faire sortir comme il lui plaît.

Vn. Vous direz que ce sont choses qui viennent de Nature. Ne voyez-vous pas qu'en disant cela vous ne faites que changer le nom à Dieu? Que pensez-vous que ce soit que Nature , sinon Dieu même , et sa providence infuse au monde, et distribuée à toutes ses parties? Vous le pouvez nommer de telle autre façon qu'il vous plaira, Jupiter très-bon, très-grand, tonnant, et arrêteur*; non, comme disent nos histoires , pource qu'après un vœu qui lui (ut fait, l'armée des Romains qui étoit en fuite s'arrêta, mais pource que par lui toutes choses s'arrêtent et s affermissent. Si vous le voulez appeler Destin , vous le pouvez faire, et ne mentir point; car puisque le Destin n'est autre chose qu'une enfilure de causes accrochées l'une à l'autre, il faut qu'il soit le Destin, puisqu'il est la première cause à laquelle toutes les autres causes sont attachées. U n'y a point de nom propre à signifier quelque effet ou quelque vertu céleste qui ne lui puisse être approprié. Autant qu'il fait de sortes de bien, autant il peut avoir de sortes de noms.

VIII. A Rome nous l'appelons le père Liber, Hercule etBIercure. Père Liber, pour l'invention des semences et réparation de la nature avec plaisir. Hercule, pource qu'il n'y a rien de plus fort que lui , et qu'après s'être lassé des OQTragesdu monde, on tient qu'il se doit résoudre en feu. Mercure, pource que la raison, le nombre, Tordre et la

i. Jupiter Stator.

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science viennent de lui. Tournez- vous de quelque côté que vous voudrez , vous le veiTez se présenter à vous. U est partout. Toute sa besogne est pleine de lui. Tu n'avances donc rien de dire que tu ne dois rien à Dieu, puisque tu te confesses obligé à la Nature. Elle n^est point sans lui, ni lui sans elle. L'un et l'autre ne sont qu'un. U n'y a point de différence. Si Sénèque vous a prêté quelque chose, sachez-en gré à Annœus ou àLucius\ n'importe; c'est toujoura un même créancier, encore que les noms soient différents. Nommez-le comme bon vous semblera, c'est toujours lui. Aussi dites Nature, Destin, Fortune : ce sont les noms d'un même Dieu, qui use diversement de son pouvoir. La justice, probité, prudence, valeur, et tempérance, sont toutes qualités qui se peuvent trouver en une seule âme. Aimez-en celle qu'il vous plaira : c^est l'âme que vous aimez.

IX. Mais afin que obliquement le discours ne m'emporte à une autre dispute. Dieu fait une infinité de grandes grâces à l'homme, sans espérance qu'il lui en revienne rien, parce que Dieu n'a point besoin qu'on lui donne, et aussi que l'homme n'est pas capable de rien donnera Dieu. Il s'ensuit donc que c'est chose désirable de soi que de faire plaisir. Toute l'utilité qu'il y faut considérer, c'est celle de celui qui reçoit; pour la nôtre, il la faut mettre à part. Vous dites que les laboureurs ne jettent pas leurs grains sur le sable, et que tout de même quand nous voulons donner, il faut prendre garde que ce soit en lieu qui le mérite. Quand nous faisons plaisir, nous avons la considération même que nous avons quand nous labourons et que nous semons; car ce n'est pas chose désirable de soi que de labourer ou de semer. Vous

I . Ce sont les trois noms de Sénèque ; il s^ppelait Luciut Armmus Seneca.

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