‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 54 sur 359 · LIVRE IV. CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE IX

donandes après oomme vous devez donner, de quoi il ne KToit point de besoin, si le donner étoit chose désirable de MÎ; TU que à qui qu'on donnât, et en quelque façon qu'on donnât, ce seroit toujours un bienfait. Ce qui est honnête •efiût suivre pour Tamour de lui-même. Mais pour cela ne laissons pas de prendre garde à ce que nous fai- , et quand et comment nous le faisons ; car en cette observation consiste Thonnêteté. C'est pourquoi quand je icgarde à qui je donnerai, mon intention est que ce que je donne soit un bienfait, parce que si je donne à un homme demanvaise vie, il y a de la honte et n'y a point de bienfait. X. C'est chose désirable de soi que de rendre une ckose baillée en garde ; et toutefois je ne la rendrai pas ni en tout lieu, ni à toutes heures. Je la pouri*ois rendre quelquefois tle telle façon, et devant tant de personnes, (|se je ferois mieux de la désavouer tout à fait. Je regarderai à Tutilité de celui à qui j'ai à la rendre, et la lui lierai , si je connois que ce soit chose qui étant rendue lui paisse apporter du déplaisir. J'en ferai de même en madère de bienfaits : je ne donnerai point, que je ne regarde quand, à qui, comment, et pourquoi. Le jugement doit conduire toutes nos actions. U n'y a point de bienfait où il n'y a point de jugement, pource que rien n'est vertueux si le jugement ne Taccompagne. Combien de fois ojons-nous ceux qui ont fait quelque don mal employé, le tancer eux-mêmes, et dire qu'ils aimeroient mieux Favoir perdu, que donné à celui à qui ils l'ont donné ! Od ne sauroit perdre son bien plus honteusement, que de le donner mal à propos. Et y a plus de quoi se fâcher de n'avoir pas donné comme il faut, que de n'avoir pas été remercié. Le dernier vient de la faute d'autrui , le premier de la nôtre, pour n'avoir pas bien su choisir. Vous pensez que l'élection que je veux qu'on y fasse loit de regarder qui aura plus de moyen de se revan-

loo TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.

cher. Rien moins. Je n'en cherche point un qui me rende, j'en cherche un qui sache gré; car on n'est pas toujours ingrat pour ne rendre point, et quelquefois aussi on ne laisse pas de Tétre après avoir rendu. Je ne considère que la volonté. C'est pourquoi je passerai pardessus un riche qui ne vaudra «rien, et donnerai au pauvre qui sera honnête homme; car avec son indigence il ne laissera pas d'avoir du ressentiment , et quand il sera nécessiteux de toutes choses, il sera toujours riche d'affection. Ce n'est ni le gain, ni le plaisir, ni la gloire qui me fait donner. Si je contente celui qui reçoit, c'est assez. Je ne donne que pour faire ce qu'il faut que je fasse. Non pas que cette nécessité n'ait de l'élection; mais je vous dirai quelle elle est.

XI. Je prendrai un homme de bien, sans malice, qui ait de la mémoire et du ressentiment , abstinent au bien d'autrui, non avare ni mesquin au sien, et qui ait bonne volonté. Après cette élection ainsi faite, que la fortune ne lui donne point de moyen de me reconnoître, je ne m'en soucie pas : j'ai fait ce que je voulois faire. Si mon utilité me doit faii*e libéral, si je ne dois faire bien qu'en espérance qu'on me le rende, il faut donc que je me prive d'en faire à un qui s'en va en quelque pays bien éloigné, à un que je ne ven*ai jamais, ni à un malade désespéré deguérison, et que quand moi-même je me con> noitrai prêt à mourir je me garde de rien donner, parce que je n'aurai pas du temps assez pour en recevoir la revanche. Et toutefois pour montrer que le bienfaire est de soi-même une chose désirable, s'il vient quelque étranger en notre port, encore qu'il se veuille rembarquer tout aussitôt, nous ne laissons pas de le secourir. Si quelqu'un a fait bris*, nous lui équipons une autre barque

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