LIVRE I. CHAPITRE IIl
ne peut venir que de l^abondance ; comme si c'étoit la coutume de nommer les filles premier que ^ les mères, ou que les poëtes aient donné des noms qui pussent rendre la signification véritable par ce qui puis après en arriveroit. Ck>mme quelquefois un nomenclateur, si sa mémoire lui manque , a recours à Timpudence , et nomme comme il lui vient en la bouche ceux de qui il a oublié le nom ; aussi les poëtes ne se pensent pas obligés à la vérité; mais selon qu'ils sont contraints par la mesure du vers, ou flattés par la beauté de quelque parole, donnent à chacun le nom qui leur vient le plus à propos , et ne sont point blâmés d'avoir enrichi la matière de quelque chose de leur invention. L'un ne donne point la loi à l'autre . Autant qu'il y a d'écrivains, autant chaque chose peut avoir (le noms, si bon leur semble. Et qu^il ne soit ainsi, Thalie plus souvent que nulle autre est mise au nombre des Grâces par Hésiode , et Homère la fait passer pour une Muse. IV. Mais de peur de tomber en la faute que je condamne , il vaut mieux que je laisse tout ce discours , qui est tellement hors de la chose qu'il n'en approche pas seulement. Mais au moins souvenez-vous de me défendi'e si quelqu'un trouve mauvais que j'aie mis Ciuysippus sur les rangs. Je ne veux pas nier qu'il ne soit un grand personnage, mais toujours c'est un Grec, de qui les pointes trop déliées se rebouchent le plus souvent , et sont si foibles, que même quand elles semblent faire quelque force, elles ne font autre chose qu'égratiguer bien le cuir en sa superficie, et ne passent point plus avant. Je ne sais pas à quoi cela peut servir. U est question de traiter des bienfaits, et de régler une chose qui plus que nulle autre sert de liaison à la société des hommes. Il faut prescrire des lois à la vie, afin d'un côté que voulant être lil)éi*aux nous