‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 63 sur 359 · LIVRE IV. CHAPITRE XXIII. ii · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE XXIII. ii

notre vue, sont hors de notre' jugement. Mais quoicpe c'en soit^, elles vont et viennent toutes; et 4e cdles^qui s'accommodent à la poilée de nos yeux, il y en a la plupart qui ne veulent pas qu'on remarque leur allme, et qu'on la reconnoisse exactement. Quand donc vous n*en tireriez ni votre génération, ni votre vie, ni votre conduite, laissant toutes leurs utilités à part, et ne jugeant que de la beauté senle d'une^si grande machine, ne confesserez-vous pas que c'est l'objet le plus 'agréable qn*fl vous est possible de voir, et la matière qui mérite mieux de vous entretenir ?

XXIV. Comme encore que le premier usage de notre rie soit en ces corps lumineux, et qu'ils ne nous soient pas seulement utiles, mais nécessaires, toutefoft leur majesté seule nous qpcupe tout l'esprit : ainsi tôote vertu, mais principalement la gratitude, a bien avec soi beaucoup de choses prppres pour la vie, mais elle ne veut pas qu'en cela soit le fondement de l'amitié que nous lui portons. Elle a quelque chose de plus de mérite, et n'est pas avez reconnue par celui qui la met au nombre des choses profitables. Qui reconnoît un plaisir parce qu'il y a du profit, il ne le reconnottra par conséquent qu'autant qu'il y en aura. La cause de sa reconnoissance en sera la mesure. La vertu ne veut point qu'une Ame lâche et basse présume de lui faire l'amour. Il faut venir à elle les mains ouvertes. Voici ce que pense un ingrat : « Je voudrois bien lui rendre le plaisir qu'il m'a fait; mais il me coûtera Ut>p, mais si je le fais, je me pourrai mettre en peine; tout le monde ne le trouvera pas bon ; il vaut mieux que je ne fasse rien qui me porte préjudice. » Ce sont choses incompatibles que la gratitude et l'ingratitude. Comme les effets en sont différents, aussi sont les intentions.

I. Uênê les éditions de if>3o et de i83i : a Quoi que ft*en soit, j

ii6 TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUR.

L'une contre Tbonnenr fait ce qui est profitable; l'autre ce cpii est honnête contre le profit.

XXV. Cest chose que tout le monde se propose, de vivre selon nature, et de se conformer à l'exemple des Dieux. Or les Dieux s'ils font quelque chose, ils n'y apportent jamais autre considération, que la raison qu'ils ont de la faire ; si peut-être vous ne pensez qu'aux encensements et aux sacrifices soit la récompense de cette infinité de biens qu'ils nous font. Considérez combien de choses ils ont à faire tous les jours, combien ils en distribuent, combien ils font germer de fruits, combien ils versent d'orages pour amollir la ten*e, et pour redonner de l'humeur aux fontaines qui se dessèchent, et comme par une infusion de nourritm*e invisible ils renouvellent toutes choses, et conservent le monde en son ^tier. Cependant toutes leurs actions sont gratuites, et de tout ce qu'ils font et qu'ils donnent, ils n'en tirent pas une seule commodité. Pour nous conformer à leur exemple, il nous fant suivre cette même considération de n'aller jamais * pour le salaire où nous sommes appelés par le devoir. Ayons honte de trafiquer de bienfaits. Les Dieux ne nous vendent rien. Les voulez- vous imiter? faites du bien à ceux mêmes qui sont ingrats. Les méchants voient le soleil comme les bons, et les mers ne font point meilleure mine à la barque d'un marchand qu'a la frégate d'un écumeur'.

XXVI. Voici où ils nous font une question : si un homme de bien doit faire plaisir à celui qu'il sait bien être ingi*at? Devant que de répondre, laissez-moi dire quelque chose, de peur que je ne me trouve surpris par quelque interrogation captieuse. Les stoïques font de

I. Vab. (édit. de i63i) : Cette même considération et n'aller jamais....

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