I . La table de Thospitalité
LIYHE IV. CHAPITRE XXXVIIL i3i
affligées en sa maison, le ne saurois faire mettre celte déclaration smr table de bronze où elle fi!lt plus authentiqoement que sur ta peau. » :;
XXXIX. Pourquoi donc est-ce , dira quelqu'un, que votre Zenon, ayant promis vingt-cinq ou trente écus à quelqu^un, que depuis il ne trouva pas tel qu'il pensoit, il s'opiniàtra contre Tavis de ses amis à les lui prêter, pource qu'il les lui avoit promis? Premièrement la considération d'un prêt est autre que d'un bienfait. Quand vous avez prêté, si on ne vous rend vous avez moyen de vous pourvoir par justice. Si son bien est de mise * , vous y entrez pour votre part. Un bienfait se perd tout à la fois, et tout à l'heure. Puis l'un est le trait d'un mauvaii homme, et l'autre d'un mauvais ménager. Et ne croyez pas que Zenon même , si c'eût été quelque somme d'importance, se fût opiniâtre à la lui prêter. C'étoit vingt-cinq ou trente écus. Ne lui pouvoit-il pas survenir une maladie où il les auroit dépendus ? C'est le moins que peut valoir l'honneur de tenir sa parole. Je vous ai promis d'aller souper chez vous, quelque froid qu'il fusse. Mais s'il neige, c'est un marché à part. Je vous ai promis de me trouver à vos fiançailles. Je ne laisserai pas d'y aller pour quelque indisposition ; mais si j'ai quelque accès de fièvre, je suis dispensé d'y aller. Je vous serai caution puisque je vous l'ai promis; mais si la somme n'est liquidée , ou s'il se faut obliger par écrit, je n'en ferai rien. En toutes promesses cette condition est entendue: si je puis, si je dois. Remettez-moi les choses comme quand je vous fis ma promesse, il est raisonnable que je la tienne. Si depuis il est survenu quelque chose , et que je vous manque , vous ne vous pouvez plaindre de moi . Puisque la condition est
I. Si fon bieD est saisi, inu aux enchères, abandonné aux créanciers par suite de banqueroute. Le texte porte si foro cessent»
i3a TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉHÈQUE.
changée, pourquoi ne pols-je <Aanger d'à vis? Faites qme les choses soient de même , pour moi je suis toujours oe que j'étois. Nous ne sommes pas mis en amende toutes les fois que nous ne comparoissons pas à quelque assignation. 11 y a des fautes qui ont des excuses recevables. XL. Cette réponse peut servir aussi pour la questioft que je vais proposer : si de quelque façon que ce soit il faut toujours rendre un plaisir qu'on a reçu. Je dois bien avoir la volonté bonne^ mais quelquefois il se peut faire que la grandeur de celui qui m'a fait plaisir, ou ma petitesse, m'ôte le moyen de la témoigner. Car qu'est-ce qu'on peut rendre à un roi? Que peut-il venir d'un pauvre homme qui soit digne d'un grand seigneur? vu même qu'il en est de cette humeur, que jamais ils ne sont las d'accumuler UD bienfiait à l'autre, et prendroient pour injure qu'on se voulût revancher en leur endroit. Avec ces gens-là que sauroit-on faire autre chose, que vouloir? Ce n'est pas excuse légitime de refuser un bienfait, que d'alléguer qu'on n'a pas rendu le premier. Je le prendrai d'aussi bon cœur qu'il me sera donné, et ne refuserai point à celui qui me fait cet honneur de m'aimer, un sujet capable de donner de l'exercice à sa bonté. Qui ne prend point le second bienfait, n'est pas bien aise d'avoir reçu le premier. Je ne me revanche pas. Qu'importe? Il ne tient pas à moi. Je le ferois, si j'en avois eu l'occasion ou le moyen. Il avoit Tun et l'autre quand il m'a fait plaisir. Est-il homme de bien, ou méchant? S'il est homme de bien, j'ai bonne cause. S'il est méchant, je ne dispute point avec lui. C'est aussi, à mon avis, une chose qu'il ne faut pas faire , que de se hâter de se revancher outre la volonté de ceux qui nous ont obligés, ni les presser de prendre, s'ils ne sont contents de recevoir. Ce n'est pas bien rendre la pareille, que de forcer un homme à reprendre outre son gré ce qu'il vous a baillé avec le vôtre. Il y en a que si on leur