A MADAME
Madame ,
Je ne saurois recevoir qu'avec une gloire extrême les témoignages qu'il vous plaît me donner de la continuation de vos bonnes grâces. J'ai dit gloire, pource que le contentement simple n'est pas une parole qui exprime assez un si agréable ressentiment. Je loue Dieu que jusques ici mes actions ont eu cette bonne fortune d'avoir touché le but que je leur ai proposé, qui est de vous être agréables. J'espère qu'elles auront le même succès à l'avenir. Je vous remercie très-humblement, Madame, de la grâce que vous me faites de me donner de vos nouvelles, et me réjouis que vous ayez si bien passé le temps à Monceaux. Pour le mariage du gentilhomme et de la demoiselle, puisqu'il en est si content, il n'y auroit point d'apparence de s'en fâcher. S'il eût été curieux, il y a à la cour assez de personnes qui avoient moyen de lui apprendre beaucoup de choses. Mais, à mon avis, il a fait en habile homme, de ne chercher point ce que peut-être il eût été marri d'avoir trouvé. C'est un grand malheur que le scandale qui est arrivé chez la dame de derrière l'hôtel de Guise. Il n'y a ici personne qui veuille avouer
Lbttbb 71. — 1. Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans l'édition de i63o, lirre II, lettre 8, p. 57».
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d'y avoir de l' intérêt. Ce n'est pas toujours bien fait de s'arrêter aux dépositions qui se font à la torture, et principalement quand ceux à qui on la donne sont délicats, comme il est croyable qu'est cette pauvre servante qui a si vilainement gâté la réputation de sa maltresse. Je suis contraint, Madame, de vous entretenir sur les mêmes sujets dont vous avez pris la peine de m* écrire, pource que je n'ai rien à vous dire des affaires de cette province. Les peuples y jouissent, comme partout ailleurs, du repos que le Roi leur a acquis par sa valeur, et qu'il leur conserve par sa justice. Quant à mon particulier, Madame, je suis si glorieux d'avoir pour maîtresse la première beauté du monde, que bien à peine par le sacrifice propre de ma vie je serai satisfait au désir que j'ai de lui faire paraître combien je suis, etc.