‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 151 sur 298 · Var. (recueil de la Serre) : j'ai pour moi · texte numérisé non relu

Var. (recueil de la Serre) : j'ai pour moi

jures et des offenses d'une passion qui ne conseille jamais que l'obéissance et le respect? Non, non, Madame : l'esprit par qui je fus porté à cette rébellion contre vous, fut celui même qui dès le commencement du monde sollicita les anges de se révolter contre leur créateur. Par la même voie qu il leur fit perdre les félicités du ciel, il se figura qu'il me priveroit de celles de votre bonne grâce ; et l'eût fait, si avec une clémence vraiment admirable vous ne l'eussiez empêché d'y parvenir. Vous ne fûtes pas sitôt en colère, que vous en sortîtes, et retournant à votre douceur accoutumée, fîtes voir combien il est malaisé que nous demeurions longtemps en un état qui ne convient point à notre naturel. Ce qui reste, Madame, pour l'accomplissement d'une action si généreuse, c'est que par l'oubli vous terminiez ce que vous avez commencé par le pardon ; et que pour jamais imposant silence à votre justice, vous me fassiez connottre qu'à bon escient vous desirez que les choses soient aux termes où elles étoient auparavant. J'ai failli, Madame, et failli si extraordinairement, que si j'avois trahi mon roi, vendu mon pays, et généralement violé toutes sortes de lois divines et humaines, je ne penserois pas être coupable comme je suis. Mais avec tout cela, si vos beaux yeux, à qui tout est pénétrable, prennent la peine de regarder au fond de mon cœur, ils y verront les caractères de ma fidèle servitude aussi clairs et aussi visibles que le premier jour qu'ils y furent gravés ; ils y trouveront votre image si saine et si entière, qu'ils la jugeront avoir été plutôt approfondie que effacée par mes violences ; et finalement ils vous rapporteront avec vérité que vous n'avez jamais régné sur mes actions* absolument et souverainement comme vous y régnez aujourd'hui. Ces considérations,

fi. Vab. (recueils de Rouet et de la Serre) : sur mes affections.

LETTRES A DIVERS. i75

Madame, n'étant point si foibles, que de soi-même elles ne puissent vaincre toutes celles du parti contraire, jugez ce qu'elles feront si vous les fortifiez de votre assistance, et les favorisez de la protection de votre bonté. Faites-le, Madame, faites-le, miracle unique du monde. Otez à mon âme ce qui lui est demeuré du désordre où ce malheureux mouvement Ta réduite. Rayez cette histoire abominable du nombre des choses avenues. Et si mon crime a consumé7 tout ce que jusques ici mes services me pouvoient avoir acquis de mérites*, trouvez bon que malgré lui je puisse espérer quelque récompense de ceux que je me propose de vous continuer à l'avenir. Je vous en conjure, ma reine, je vous en conjure, ma chère déesse, avec toute sorte de très-humbles submissions ; et vous supplie à mains jointes de me rendre la permission de baiser les vôtres, si ce n'est pour m'obliger, au moins pour avec leur attouchement me purifier la bouche de tant de blasphèmes, et la préparer aux bénédictions qu'éternellement je veux donner à la gloire de votre nom.

Le 10e septembre 1607.

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