Var. (recueils de Rosset et de la Serre) : de mérite
Lettre g j. — 1. Cette lettre est la 16e du livre III dans l'édition de it>3o (p. 700}.
pour vous solliciter quelque jour à me rendre ce qu'elles auront reçu de moi. Je ne sais, ma chère déesse, si je sors des bornes du respect; mais je sais bien qu'il s'en faut beaucoup que je n'aille jusques où ma passion me veut mener. Les affections foibles et dissimulées vont retenues en leur langage ; les fortes et véritables parlent hardiment. Voilà pourquoi, ma chère déesse, je ne crains point de vous offenser en prenant quelque liberté. Vous le trouverez bon, s'il vous plaît, ma reine, et prendrez plaisir de vous voir autant aimée comme vous êtes aimable, c'est-à-dire infiniment et démesurément. J'ai appris que vous allez faire un voyage aux bains. C'étoit, ce me semble, ici1 votre chemin. Toutefois, puisque vous dépendez de la compagnie où vous êtes, il faut avoir patience et digérer cet ennui avec les autres. J'avois commencé des vers quand vous partîtes d'ici, pour vous témoigner le déplaisir que j'en avois. Je suis après de les achever', et les vous envoyerai tout aussitôt, avec le plus bel air du monde, qui y est déjà fait. Je ne sais pas quel moyen la fortune me donnera de vous servir; mais je sais bien que si je vis, votre beau nom sera l'un des plus glorieux qui ait jamais été jusques à cette heure, ni qui soit jamais à l'avenir en la mémoire des hommes. Assurezvous-en, ma reine, et soyez un peu plus diligente à me donner de vos nouvelles, puisque vous avez une voie si assurée de m'en faire tenir. Je conjure vos belles mains de ne s'offenser point de prendre cette peine, et votre bel esprit d'y mettre quelque chose que je prenne plaisir de lire. Adieu, ma reine : je vous baise les pieds.
Le 24* mai 1608.
*. Malherbe était alors à Paris.
3. Ce sont probablement les rers : Laisse-moi, raison importuns. Voyez tomel, pièce xxx, p. i3o.