A CAUSTE
Il est certain, Madame, qu'en cette malheureuse absence je ne fais rien si volontiers que de vous écrire ; et toutefois je vous jure que ce n'est jamais ni sans quelque scrupule, ni sans le sentiment de quelque déplaisir. La raison est que toutes mes pensées étant au dernier point de la mélancolie, il est mal aisé que mes paroles, tenant de leur qualité, n'aient en leur continuation quelque chose dont votre bel esprit ne demeure pas satisfait. Mais, Madame, que ferois-je sans cette consolation? Les passions ne sont pas toutes sous mêmes lois. La mienne,
Lktthb 97. — 1. Cette lettre est la 21e du lirre III (p. 709) dans l'édition de i63o.
LETTRES A DIVERS. i83
qui vient d'un sujet aussi élevé au-dessus des autres que le ciel est élevé au-dessus de la terre, doit avoir quelque extraordinaire liberté. Vous savez ce que me fait souffrir la tyrannie de la fortune, et jugez bien que ce seroit pour me désespérer, que d'être hors de votre présence et de votre mémoire tout ensemble. Voilà pourquoi, Madame, vous excuserez, s'il vous plaît, le soin que j'ai de m'y ramentevoir, et vous assurerez que comme vous êtes d'un mérite dont l'exemple ne se peut trouver que parmi les anges, je n'ai autre désir que de vous témoigner une fidélité à qui nulle autre ne puisse faire comparaison.