‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 159 sur 298 · A CALISTE · texte numérisé non relu

A CALISTE

J'ai beau me travailler, Madame, et beau tourner mes imaginations de côté et d'autre, pour trouver quelque soulagement en mes ennuis, je ne vois rien qui ne les aigrisse au lieu de les adoucir. Je sais bien qu'en la contemplation que mon àme fait incessamment de vos incomparables mérites, elle jouit des mêmes félicités dont elle jouira un jour au ciel; mais elle se reconnoît si obligée à mes yeux, et par conséquent elle prend telle part en leur intérêt, que tant qu'ils seront affligés, il est impossible qu'elle veuille goûter aucune consolation. La fin de ma misère ne peut venir d'ailleurs que de mon retour auprès de vous, qui est chose dont je vois le terme si éloigné, que tant s'en faut qu'en la tempête où je suis j'appréhende le naufrage, au contraire je pense avoir toutes les occasions du monde de le désirer. Ayez-en pitié, Madame, et croyez qu'aux mauvais traitements

Lettre 98. — 1. Cette lettre est la aae du liyre III (p. 710) dant l'édition de i63o.

que me fera la fortune, s'iJ y a chose qui me les puisse rendre supportables, ce sera de vous les voir considérer avec quelque déplaisir.

Page 1