a caliste
Je continue de souffrir, Madame ; c'est pourquoi vous ne devez attendre que je cesse de me plaindre. Mon
Lettre ioo. — i. Cette lettre est la 14e du livre III (p. 71a) dans l'édition de i63o.
Lettre ioi. — 1. Cette lettre est la i5e du lirre III (p. 7i3) dans l'édition de i63o, dont le texte est identique de tout point arec celui d'une copie conservée dans le manuscrit Baluze, f° i5.
186 LETTRES A DIYERS.
malheur iroit jusquês au désespoir, si à la contrainte que j'ai de cacher mon mal à tout le monde , il me falloit ajouter celle de ne vous en oser entretenir. Ce n est pas sans un déplaisir extrême que je vous tiens des discours si mal agréables ; mais en ce pitoyable moment que je fus séparé de vous, ou pour mieux dire que je fus arraché à moi-même , la tristesse s'étant emparée de mon esprit, s'y est tellement fortifiée, et s'y fortifie encore d'un jour à l'autre avec tant d'opiniâtreté, qu'à moindre condition que de vous revoir il ne faut pas que j'espère de l'en pouvoir faire sortir. Je sais bien, Madame, que votre modestie est incomparable , et que comme telle elle ne juge pas bien équitablement de la divinité de votre mérite ; mais pour cela je ne crois pas que vous ne m'accordiez qu'en vous perdant je dois avoir perdu l'envie de vivre. Oui, Madame, je l'ai perdue, et si jamais je la recouvre autrement que par le recouvrement de votre adorable présence, je me condamne à la privation éternelle de l'honneur que vous me faites de me tenir pour votre très-humble serviteur. C'est bien la plus cruelle imprécation que je me saurois faire ; mais vu la disposition que je sens en mon àme, c'est celle dont je pense avoir moins d'occasion d'appréhender l'événement.
I02. A CAXISTE1.
Enfin, Madame, me voici au malheureux point que j'ai si longtemps appréhendé. L'heure de partir est ve-
Lktthk ioa. — i. Cette lettre est la 16e du livre III (p. 714) dans l'édition de i63o. Le manuscrit Baluze (f°* 16 et 17) en renferme deux copies, dont l'une, celle du f° 17, est entièrement conforme au texte de i63o. Celle du f° 16 offre quelques dif-
nue , heure véritablement infortunée * en toutes ses circonstances, mais où rien ne me trouble comme la nécessité de cacher mon déplaisir. Le sentiment me demande des larmes et des plaintes; les considérations ne me permettent ni l'un ni F autre. Que ferai-je, Madame? en ce désordre ? de quelle imagination combattrai-je une douleur si juste? et quel exemple suivra i-je en un malheur où je ne vois personne qui m'ait précédé * ? Je sais bien qu'aux accidents qui n'ont point de remède, le conseil ordinaire est de prendre patience. Mais pourquoi soumettrai-je aux règles de la terre une affection qui si manifestement a sa naissance dans le ciel? Non, non. Madame, je ne ferai point cette injure4, ni à la grandeur inestimable de votre mérite , ni à l'excès incomparable de ma passion , de chercher à me consoler en ce que je souffrirai pour vous , ni en cette occasion ni en aucune autre. La fortune me traitera selon son humeur ; je ne capitulerai point avec elle pour demeurer en votre obéissance. Je suis sous vos lois ; j'y vivrai à telles conditions qu'il lui plaira, et mourrai dans la résolution de n'être jamais autre que votre § serviteur très-humble, très-fidèle et très-affectionné. Si vous me faites cette grâce de le croire , comme je vous en supplie, Madame, les genoux en terre, vous donnerez à mon esprit une satisfaction qu'il ne veut ni ne peut6 espérer d'ailleurs.
férences; elle porte en tête cette note : c Lettre de M. de Malherbe que me donna Mad. »
3. Var. (copie f° 16) : L'heure de partir est Tenue, véritablement infortunée pour moi, etc.
3. Var. {ibidem) : et quel exemple me proposerai -je.... qui m'ait jamais précédé.