‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 193 sur 298 · Maurice de Nassau · texte numérisé non relu

Maurice de Nassau

3o. Particulière est écrit dans l'interligne, au-dessus de extraordinaire, qui n'est point effacé.

3i. c Aux yeux de s a remplacé t en la présence de. »

»3o LETTRES A DIVERS.

papier, sans suite ou du moins sans liaison, des extraits, soit latins, soit traduits ou simplement résumés, des Consolations de Sénèque à HsU'xn et à Mareia. Suivent des exemples : t Si ceux qui perdent des personnes chères sont misérables, qui est-ce qui est heureux? La Reine* a perdu son mari, son fils, Monsieur d'Orléans, outre tout plein de grands princes de sa maison. La Reine ** est encore en deuil de la mort de son père. M. de Nevers a perdu sa femme ; Madame la douairière perdit, il y a cinq ans, Monsieur le chevalier son fils; Monseigneur le Cardinal, une cousine (?) chérie ; Mme de Fresnes a perdu son mari, il y a six ans ; Mme la duchesse de Seissons son mari ***• Pensez quelle consolation ce tous doit être, [quelle] plainte tous devez faire d'être en une condition où tous voyez tout ce qu'il y a de plus relevé. Vous me direz que le temps les a consolés ; il tous consolera aussi, soyez plutôt de ce nombre-là que de ceux qui se désespèrent. La fortune est le maître de ceux qui n'en ont point ; nous fait pleurer quand elle veut ; nous ôte tout ce que nous avons; abaisse les hauteurs; diminue les grandeurs, et tout cela en un moment. • A ce morceau succèdent encore des pensées détachées et comme un sommaire moitié français, moitié latin, d'idées à développer.

Le second brouillon, qui est aux f* 60 et 61 du manuscrit, se rapproche déjà beaucoup plus, pour la pensée, de notre lettre 110. Bien soins informe que le précédent, il l'est pourtant trop encore, en maint »it, pour que nous songions à le donner en entier. Voici les pasdont la rédaction nous a paru le plus avancée : c Monsieur, ceux qui ne connoissoient ni combien tous aimiez Monsieur votre frère, ni combien il étoit aimable, auront quelque excuse, s'ils tous ont consolé de la perte que tous avez faite, à la nouveauté de votre douleur. Attendez donc, Monsieur, de ma misérable condition tous les services qu'elle sera capable de tous rendre ; celui-ci ne l'en attendes point, s'il tous plaît, et me croyez moi-même si confus, que si

* La Reine mère, Marie de Médicis. Cet exemple, que Malherbe ne fait qu'indiquer ici, est longuement développe dans la lettre à la princesse de Conty : voyez ci-dessus, p. 197 et 198.

** Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne. Voyez la fin de la note 1 de la lettre 109, p. aïo.

*** Charles de Gonzague, duc de Nerers, mari de Catherine de Lorraine, morte en 1618. — La duchesse douairière de Guise, mère du chevalier de Guise, tué en 16 14, non pas cinq ans, mais sept ans avant la mort de M. de Termes. — Anne de Beauvillier, veuve depuis 1610 de Pierre Forget, sieur de Fresnes, secrétaire d'État. — Anne de Montafié, veuve depuis 161 a de Charles de Bourbon, comte de Soissons. — Nous ignorons de quelle cousine de Richelieu Malherbe veut parler.

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j'entreprenois cet ouvrage» je ne saurais par quel biais(?) j 'aurais à le commencer. Je ne doute pas que la douceur des paroles n'ait on grand pouYoir sur notre esprit, mais je ne l'étends pas jusqu'à noua oter les sentiments rentables qui sont grands, comme je sais bien qu'est le votre en cette occasion. Tant s'en faut que je blâme les larmes comme réservées aux dames. J'ai toujours vu que ceux qui ont le courage le plus fier ont les affections les plus tendres, et j'appelle inhumanité de ne s'émouvoir point en la perte des choses qui nous sont chères. 11 n'est rien si aisé que de dire qu'il se faut résoudre, [qu'il] se faut conformer à la volonté de Dieu, qu'il faut laisser les larmes pour les femmes, mais après tous ces beaux discours, je vois que tout le monde pleure quand il est privé [de] quelque chose qu'il avoit, et que pas l'on ne s'en résout. Conservez -vous pour ces petits qu'il vous a laisses. Vous leur êtes nécessaire : leur fortune avoit deux appuis ; elle n'a plus que le vôtre. Vous êtes oncle et père pour eux, comme vous avea été père et frère pour le mort. Ces objets au commencement voua troubleront, et peut-être avez- vous de la peine à les voir sans quelque frémissement ; la constance et le temps vous y affermiront. ... Que la fortune aime les hommes tant qu'il lui plaira, elle ne saurait rendre une personne qu'elle a ôtée. Il falloit ou qu'il vous perdit, ou que vous le perdissiez : le sort l'a touché, et lui épargne une grande douleur pour la vous faire sentir. Je loue la constance, mais je ne veux pas qu'elle passe jusques à l'inhumanité.... En quelque lieu que la fortune nous mette, haut ou bas, elle ne nous met jamais en lieu qu'elle ne nous puisse avoir quand elle voudra. Il est de nous comme des oiseaux , qui ne savent mettre leur nid en lieu où leurs petits ne courent fortune, le bas des serpents, le haut des aigles. Ceux qui condamnent les larmes aux autres sont ceux qui en épandent le plut en leurs intérêts. Je vois assez de gens qui les condamnent au mal des autres, mais nul au sien propre. Une des principales forces qu'a la persuasion, c'est quand nous croyons que ceux qui nous donnent un avis le prendraient pour eux s'ils étoient en notre place. Biais qui est-ce qui ne sait bien que ceux qui nous crient qu'il se faut résoudre et qu'il se faut conformer à la volonté de Dieu, ne feroient rien moins en leur propre cause que ce qu'ils conseillent en la cause d'autrui?... Condamne les larmes qui voudra, mais je sais bien que personne ne les retiendra quand vous aurez perdu une personne qui vous est chère. Je les loue.... comme marques de la plus agréable passion qui soit entre les hommes. Les remontrances qui nous sont faites contre notre sentiment ne sont jamais bien reçues. U n'est rien si aisé que de persuader des choses qui sont selon notre sentiment. Voilà pourquoi les conseils qu'on nous donne d'avoir patience en nos afflictions, étant repu* guants à la nature, sont rejetés de tout le monde.... Si pour pleurer» il faut avoir égard au prix des choses perdues, quand aurez-vous trop (?)

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plenré un frère du mérite de celui que tous ayez perdu ? Je ne me représente point les voyages qu'il a faits en Hollande , en Savoie , ni tout ce bien (?) qu'il fit à Amiens en la présence de toute l'armée et du feu Roi même, où partout il a si glorieusement fait qu'il a donné un exemple de valeur à toute la France. Je veux en une seule louange comprendre toutes celles que je pourrois lui donner. C'est que j'ai oui dire au feu Roi que s'il avoit à se battre en duel, il ne voudrait point d'autre second que Termes. Seroit-il possible que je susse tout cela et que je fusse si effronté de vous dire qu'il ne le faut pas pleurer, on que, en deux ou trois jours, vous l'eussiez suffisamment pleuré? Non, non, Monsieur, ne prenez point la mesure de vos larmes là-

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