III. A MONSIEUR
Monsieur,
Il est certain que de tous ceux qui tâcheront de vous donner quelque consolation au malheur qui vous est arrivé , il y en aura peu qui ne le fassent plutôt par une louable coutume que par une connoissance véritable de votre affliction. On ne parle guère bien des choses, que quand on en parle par expérience. J'ai fait autrefois une perte semblable à celle que vous venez de faire. C'est pourquoi, Monsieur, prenant sur le sentiment que j'en eus alors, la mesure de celui que vous avez à cette heure, je ne vois pas que sans vous faire un déplaisir extrême, il soit possible de rien condamner en l'extrémité de votre douleur. Si elle n'étoit ce qu'elle est, elle ne seroit pas ce qu'elle doit être. Les rois veillent pour tout le monde
in. — i. Cette lettre, laio'du livre I (p. 5i8) dans l'édition de i63o, avait été publiée en 1627 dans le recueil de Faret (p. i3), où elle porte l'intitulé suivant: c Damasippe console Cléophantede la mort du Roi son maître. • — Comme on le voit d'après son contenu, elle a été écrite (nous ignorons à qui) à l'occasion de la mort de Jacques Ier, roi d'Angleterre, arrivée le 6 avril 161 5, quelques semâmes avant la célébration du mariage de son fils Charles Ier avec ~ de France.
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quand ils vivent, et par cette raison, quand ils meurent, tout le monde est tenu de les regretter; mais en cette concurrence de personnes affligées, qui doute que ceux à qui durant leur vie ils ont fait des gratifications particulières, ne soient en leur mort obligés de se montrer les plus affligés, et s'estimer vaincus si quelqu'un est arrivé jusques à ce point de les avoir égalés ? Je ferai donc, Monsieur, tout au rebours des autres de qui vous recevrez le même compliment, et vous avouerai que sans être incomparablement touché de la privation d'un si grand et si bon maître comme étoit le vôtre, vous ne pouvez satisfaire à l'honneur de l'avoir possédé.Tout ce que j'ai à vous dire, et que vous pouvez ouïr sans vous faire tort, c'est, Monsieur, que vous considériez la foiblesse des choses du monde que nous admirons comme les plus fortes, et que sans en chercher d'autres exemples, vous la considériez en celui même que vous avez aujourd'hui devant les yeux. Les deux premiers royaumes du monde, à l'envi l'un de l'autre, se préparoient aux solennités d'un mariage qn'ils venoient de contracter. Notre joie et la vôtre disputoient à qui seroit la plus ingénieuse à trouver des magnificences convenables à la majesté du sujet ; et voici que lorsque nous estimions que la fortune fût toute nôtre, elle a fait voir qu'elle ne l'étoit pas tant qu'elle voulût rien changer aux règles ordinaires de son instabilité. Jugez, Monsieur, par cet accident quelle fumée c'est que la gloire du monde, et le peu de sujet que nous avons d'en faire état. Je ne doute pas que de toutes les méditations que vous pouvez faire pour votre soulagement, celle-ci ne soit la plus utile. Je ne vous en proposerai donc point d'autre. Seulement ajouterai-je que votre vertu n'étant ni moins connue ni moins aimée du fils qu'elle a été du père, vous devez vous assurer à l'avenir de la continuation des mêmes faveurs que vous avez eues par le passé. Je prie
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Dieu, Monsieur, de tout mon cœur qu'il vous en fasse la giàee, et à moi celle de vous témoigner toute l'affection qui se peut espérer et désirer de votre très-humble et très affectionné serviteur * .