A MONSIEUR LE CARDINAL DE JOYEUSE
Monsieur ,
Parmi une infinité de choses qui me sont extrêmement sensibles en mon affliction, ce n'est pas sans mentir une des moindres que le voyage que j'ai fait en cette ville ne vous ait pas été agréable, et que j'aie été si malheureuse que ce que j'ai fait pour la seule considération du salut de ma vie, votre bonté se soit laissée * aller à l'interpréter d'autte façon. J'eusse cru, Monsieur, que vous remettant devant les yeux l'état misérable où vous me trouvâtes au Havre, et les mouvements précipités que vous reconnûtes aux personnes à qui j'ai affaire, vous m'eussiez accusée de témérité si je n'eusse cherché toutes sortes de moyens pour me tirer de cette misère. Toutefois, Monsieur, puisque vous avez été aautre opinion, je sais
Lkttri 114. — 1. Cette lettre est la xae du livre I (p. 5a5) dans l'édition de i63o. — François, cardinal doc de Joyeuse, archevêque de Narbonne, pub de Rouen, mort doyen des cardinaux le i3 août 161 5, à cinquante-trois ans. J'ignore quelle est la femme désignée ici par le pseudonyme d'Astérie.
»• H y a laissé, sans accord, dans l'édition de i63o, comme toujours quand le participe est suivi d'un infinitif.
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si bien l'honneur que votre qualité mérite, et celui que vos bienfaits ordinaires m'obligent de vous rendre, qu'au lieu de justifier une action que vous condamnez, je pense* rai qu'en cela, comme en toutes choses, vous voyez plus clair que je ne fais, et me contenterai de vous supplier très-humblement de me pardonner ce que peu de personnes eussent refusé de faire en semblable occasion. Ce n'est pas chose nouvelle, qu'aux plus fermes esprits du monde la peur fasse naître de mauvais conseils. Tant y a que si les aigreurs s'adoucissent, nous serons en part où mieux qu'ailleurs nous aurons moyen de conduire les choses à une réconciliation. Quant à moi, Monsieur, pair le consentement que j'y apporterai, je rendrai toujours preuve de mon innocence, et du très-humble respect que je veux rendre à vos commandements. Vous vous en assurerez, s'il vous plaît, et me continuerez l'honneur de vos bonnes grâces, qui me tiendront toujours lieu du plus cher et plus précieux trésor qu'il me soit possible d'acquérir.