‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 213 sur 298 · DE LA JALOUSIE · texte numérisé non relu

DE LA JALOUSIE

Amour à petit feu fait consommer mon Ame. Sottise.

Et me poursuit si fort que j'en suis insensé. Note en ce premier demi-vers sui^ si, et en l'autre demi-vers sui, sut, scn, se.

DIANE, LIVRE IL a83

Las ! quand quelque faveur en aimant me contente. Mal exprimé.

Ce mai ne se guarit par jus ni par racines, Ains nous fait sans mourir souffrir mille trépas. Froid. — Les racines ont-elles pas du jus comme les herbes ?

Faute que tu ne chasse* une infernale peste. Chasses.

Cest un hiver qui dure en la verte saison. Règne,

Cest durant ton printemps une bise bien forte. Il devoit ici dire quelque autre chose que durant ton printemps, puisqu'il venoit de dire en la verte saison.

Mon cœur en est saisi, mon âme et mon courage. Chevilles.

Elle donne les lois à mon entendement.

Je dirois : elle donne la loi; mais il a voulu éviter la rencontre de loi à.

Elle trouble mes sens d'une guerre éternelle. A quel propos éternelle? Il devoit dire continuelle.

A ceux qui s'en approchent

Pour regarder ses yeux qui mille amours décochent. Cheville.

Et si n'endure pas mes tourments inhumains. Cheville.

Car il est (/ai-je peur) jaloux de la lumière. Plébée.

Je voudrais que le ciel l'eût fait devenir telle. Note.

Mais ce serait en vain que fen prirois les Dieux. Note.

Tous ceux que je rencontre en quelque part que ferre , Sont autant d'ennemis qui me livrent la guerre : S'ils sont vêtus de noir, je crois soudainement Que c'est pour faire voir à la beauté que j'aime, etc. J'aille. — Le quatrième vers doit commencer le sens, ce que je dis, non pour le reprendre, mais pour le remarquer.

Car en mer et en femme il ne faut avoir foi. Je n'aime pas cette phrase : avoir foi en femme, pour se fier.

Et de son sang tout chaud oignez ma plaie ouverte. Oignez est un mot sale ; et outre cela, qu'est-ce qu'il veut dire par plaie ouverte?

SONNET XXXTV.

Le soleil ténébreux, l'air sans mutation. Foible.

Je croirai que la femme, et n'en serai blâmé, Entre tont ce qui est, ou fut jamais formé, Est de la plus changeante et plus fausse nature. Quelle façon de parler : la femme est de la plus fausse nature, entre tout ce qui fut jamais !

Quand vos yeux d'inconstance privés.

Vos yeux privés a? inconstance est ridicule.

....Quand d'un même cachet nos cœurs étoient gravés, Ayants perdu devant toutes marques passées. Quels destins rigoureux, quel horrible méfait Rend un si ferme nœud soudainement défait ? Mal exprimé; et outre cela, il faut dire: quel destin rend \ etc.; et paît rend défait est mal.

Ma vie à un enfer peut être comparée : J'ai pour mes trois Fureurs maints soucis violents.... Mes pleurs ont fait un Styx, et mes soupirs brûlants Du bouillant Phlégéthon l'ardeur démesurée, etc. Cette allégorie est trop continuée.

Ma bouche est un Cerbère à toute heure aboyant. Note.

L'infernale vallée en fumée ondoyant Ressemble à mon esprit si comblé de tristesse. Ridicule encore. Quelles sottises I

La justice de Dieu tourmente les damnés, Et je suis tourmenté d'une injuste déesse.

Mais aussi mon esprit n'est pas si peu rusé. Mon esprit est rusé, au lieu de dire : je suis rusé, mal.

Je ne serai jamais importun, si je puis. Mauvaise césure.

8TANCB.

Vous m'avez fait jeter au plus vif de la flamme. Il falloit dire simplement : au feu ou dans la flamme, sans dire le plus vif.

Ce sonnet est bien bon.

Ne fera long chemin ayant que se lasser. Ne fera pas long chemin.

Car qui laisse sa dame

N'a point de sentiment pour souffrir de la paine (sic) : Ce n'est plus rien de lui qu'une semblance raine

Qu'un corps qui ne sent rien

Qui laisse sa dame, n'a point de sentiment pour souffrir de la peine : ee n'est qu'un corps qui ne sent rien.

Erre de place en place où son désir le main*. On dit mène ^ et non maint.

Et me laisse éperdu, dolent et soucieux.

Mes yeux, hélas ! mes yeux, sources de mon dommage. Mal : sources de mon dommage. Sources de pleurs se peut dire, mais non l'autre.

Je ne yeux pas pourtant en chemin demeurer, Car du feu de mon cœur je ferai ma lumière. Impertinente pensée, s'il en fut jamais.

CHANSON III

Huguenots qui courez la France, De grâce faites-moi vengeance D'une aussi mauvaise que vous.

Celle-ci ne vaut pas mieux ' .

Liez ses mains de chaînes fortes, Las 1 qui m'ont volé ma raison.

Qui est un peu loin de son antécédent.

L'ayant navrée en mille sortes.

Ma raison navrée ne me semble pas fort bon. Pour blessée, je le support erois.

Mais j'ai peur que l'ennemi blême, etc. Nota.

Toutefois je vous aime et me tiens fortuné Qu'avec tant de cordons je sois emprisonné ; Car toute liberté commence a me déplaire. C'est mal raisonné de dire : /aime ma prison , car ma liberté me déplaît.

I. On lit de plus ici dans la copie B de l'Arsenal ; « Et pourquoi Tent-il que les huguenots lui en fassent vengeance ? Voilà bien ratiociné : huguenots, ma maîtresse est mauvaise comme vous : vous êtes donc obligés a me venger délie. Bourre. »

Et le cœur plus dévot qui fut onoq en serrage. Le cœur plus dévot; il faut dire : U cœur le plus dévot. Si la comparaison étoit devant le comparé, il faudrait dire : U plus dévot cœur. Règle infaillible.

Qu'en ce temps la constance en peu d'amants se treuve. Mauvais vers.

Le temps même en passant rendra notre amour neuve, etc. D s'exprime mal.

Et ne garderons rien que nous nous voulions taire. Impertinent ; et puis il faut dire veuillons, pour dire vtlimus. Voûtions signifie volebamus.

Nous n'aurons en deux corps qu'un esprit seulement; Car l'amour si commune est comme un diamant Qui demeure sans prix es mains du populaire. Voilà un car aussi hors de propos qu'il en fut jamais ; et si , la comparaison ne vaut pas un potiron.

STANCES i.

Alors qu'il vit vos yeux , de passer neut pouvoir. // oublié.

Ou que rotre œil luisant lui fournit de lumière. Lui fournit de lumière est mal parlé. On ne dit pas : il lui fournit d'argent, mais : il lui fournit du forgent; ainsi devoit-il dire : lui fournit de la lumière, ou bien : le fournit de lumière. J'ai parlé ailleurs de cette construction de fournir ; ici la faute est sans excuse.

Voilà donc comme Amour du depuis nous fait vivre. Note du depuis, pour depuis.

sonnet xun.

Contre votre rigueur je veux, belle meurtrière.... Car des eaux de mes pleurs la source est éternelle. Bourre excellente, s'il en fut jamais.

Car Philène a bouché ses oreilles de cire. Superflu, car le sens étoit parfait sans cela; et puis, il est mis en un lieu où il semble que les oreilles soient de cire.

Et des charmes trompeurs ne l'ont point amusé.

Je rebelle mon cœur du grand roi des Amours. Je ne sais si se rebeller de quelqu'un est bien dit ; je ne le crois pas ; et puis il dit : rebelle mon cœur du roi des Amours.

DIANE, LIVRE IL a87

La raison aussitôt s'aTance à mon secours.... Libre alors je maudis sa méchante nature.

Sa est mis d'une façon qu'il semble se référer a la raison.

CHANSON IV

Celui que le ciel tout-puissant....

Mais bien que son œil vigoureux M'ait rendu chaud et généreux.

L'ail du ciel m'a rendu chaud et généreux; c'est mal exprimé : î influence des astres.

Et moi je montre mon Ren9 Heureuse marque de mon bien.

Mal rimé, une syllabe sur deux.

O tous , furieux de soucis, Sans repos troublés et transis Pour renverser une polir e, Avants l'univers travaillé, Le prix qui vous sera baillé N'est rien auprès de mon service.

Qu'est-ce à dire furieux de soucis, ni transis pour renverser une police? — Mal conçu.

Ce bel œil qui donne le jour, Alors qu'il chasse à son retour La Nuit marchant en robe noire....

S'il eût parlé de l'arrivée de la Nuit, il pouvoit dire : marehant en robe noire ; mais à quel propos le Soleil chasse la Nuit marchant en robe noire? Cela est impertinent. Qui marche? est-ce la Nuit ou le Soleil?

Ne voit rien par tout l'univers Égal au dieu de ma victoire.

Qu'est-ce que le dieu de sa victoire ?

A chose si sainte et propice.

A quel propos propice ?

Bien mieux je ne saurais penser.

11 faut dire: rien de mieux.

.... De la mort du Christ on faisoit souvenance.

Je soupirai

O Seigneur, qui des cieux en terre es descendu....

Mal, pour mémoire; on ne dit pas souvenance de quelqu'un, mais mémoire. — Ceci n'a point de liaison. Il devoit dire : je disois (é Seigneur !\ ou disois-je9 ou quelque autre telle chose.

a88 COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

Mon mortel ennemi par eux a en passage. A par eux eu passage,

Et se campe en mon corar»

Dont il ne partira.

Dont est ici ma), pour d'où.

Vous et moi pour nos maux damnés aux plus bas lieux. Nos maux est mal dit, pour nos péchés. Il devoit dire : les maux que nous avons faits.

N'aura point de douleur qui me puisse être fière. La douleur m'est fière , mal.

Si lors tous tous plaisez encore en mes traverses.

Appelez-vous les peines des damnes des traverses? vous y savez finesse. Traverser quelqu'un, c'est l'empêcher de faire quelque affaire, ou de parvenir à quelque chose. Puisqu'il ne vouloit que rimer, il pouvoit dire aussi à propos : Si lors vous vous plaisez à voir des chausses perses l.

Mais puisque nous avons failli diversement. Vous par inimitié, moi trop fort vous aimant, J'ai peur qu'on nous sépare en deux chambres diverses. Bouffonnerie.

SONNET XLTX.

Me tenant misérable en fièvre continue

Qui trouble mon cerveau

Ce n'est pas bien dit : je suis en fièvre qui me trouble, etc. U devoit dire : en une fièvre. On ne dit pas : c je suis en peine qui me travaille fort, i mais : « en une peine qui me travaille, etc. »

Ma langue ardant sans cesse est sèche devenue. San, ces y sest, se,

Cest que tes coups sont vains contre une froide lame. A quel propos peut- on dire : je suis une froide lame ? J'ai bien oui dire, en bouffonnant : c'est une chaude lame; mais froide, jamais. S'il prend lame pour tombe, à quel propos ce qui suit ? a-t-on jamais vu tombe qui eût cœur, mouvement, esprit ni âme P

Il faut contre Madame adresser ta furie : Blesse mon cœur qu'elle a ; je mourrai tout soudain. Chimères.

[au Sommeil.]

Que les troublements.

i. Par une méprise étrange, la copie A de l'Arsenal donne chaises percées , pour chausses perses.

Pris de l'italien, où il a aussi mauvaise grâce qu'ici.

SONNET U

Cette humeur qui m'aveugle et me bande les yeux, etc. Note. — Bander les yeux à un homme après l'avoir aveuglé, ce n'est pas lui faire grand mal; et puis C humeur me bande les yeux ne vaut guère de bon argent.

Non, ce n'est pour mon bien

Point.

Mais c'est quelqu'un des Dieux

Jaloux du paradis qui bien-heuroit ma vue.... 4fe

Qui m'a donné ce mal, de mon aise envieux. w

Superflu visiblement et lourdement : c'est quelqu'un des Dieux, jaloux de mon contentement , qui m'a donné ce mal, de mon aise envieux.

Languissant désolé f couvert d'obscurité. Rime au milieu du vers.

Languissant désolé, couvert d'obscurité* 3flL Vivant du seul espoir de revoir la clairté^n Qui fait fleurir mes jours, etc.

L'&o6v&ctov ' n'est point ici à propos.

Mes esprits abattus sont-ils si fort coupables ? L'esprit peut bien être coupable ; mais non les esprits.

Mon cœur, mon oeil, mon teint blessé, cave, défait, De traits, de pleurs, d'ennuis. ...........

Pourraient faire avouer aux damnés misérables Que de mes passions l'enfer n'est qu'un pourtrait. Drôlerie.

Le vautour de Titye est la peine où je dure. Je dure ne se dit guère de cette façon.

Tenaillé d'un désir qui me ronge et me poind. Qu'est-ce à dire : un désir me poind?

Pour rendre mon espoir languissant et séché. Rendre séché ne vaut rien.

Page 1