‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 223 sur 298 · STANCES IV · texte numérisé non relu

STANCES IV

Il aime mieux servir une maîtresse qui le maltraite avec tout le monde, qu'une qui l'aime et en fasse de même aux autres.

Et demeure cruelle au son de mes douleurs. Sottise ; les douleurs ne sonnent point.

Qui aime en plus d'un lieu, ne sauroit bien aimer. D'une seule lumière en la nuit allumée L'ombre entière se fait, qui se perd consumée, Par les rayons épars des flambeaux d'alentour. Je ne tous entends point.

J'accompare une dame en cent lieux embrasée

Au miroir qui reçoit toute image opposée,

Et n'en retient pourtant aucune impression :

Ainsi dans son esprit de légère nature,

Ce qu'elle voit lui plaît, elle en prend la figure.

Mais le perdant des yeux, le perd d'affection. Similitude mal rendue. A quel propos ainsi ? Il devoit dire : Je compare une Jante en cent lieux embrasée à un miroir; toutes les images qu'on lui présente, il les reçoit sans en retenir F impression ; elle en fait de même, etc.

N'adorer qu'une chose, etc.

Cette dernière stanee dément la première1, à faute de bien imaginer*

J0NNET LXVUI.

Les sanglots continus, l'ardeur, l'impatience, Dont jamais votre cœur ne put être touché.. •• Ne me pouvoient sortir de votre obéissance. Il devoit s'expliquer plus nettement. Qu'est-ce a dire : « l'impatience dont votre cœur n'a pu être touché ? » Et puis que veut-il dire : a V ardeur ne m'a pu sortir de votre obéissance ? » L'ardeur y engage ; elle n'en délivre pas. — Note sortir actif.

Et ces longues froideurs qui mon âge ont séché. Note.

Mais enfin les dédains l'un sur l'autre amassés M'ont si bien garanti des martyres passés, Qu'à peine il me souvient de vous avoir aimée. Mal.

Comme un nouveau géant que l'orgueil va touchant. Rime au milieu du vers *.

x . Dans la copie B de l'Arsenal : « dément la précédente. »

a. La copie B a simplement, ici et deux lignes pins loin :«Rime au milieu. »

LES AMOURS D'HIPPOLYTE. 3i9

Je vous estime heureux, Titans audacieux. Rime au milieu du vers.

Bien qu'enfin vous fussiez le triomphe des Dieux, Votre orgueilleux désir cessa quand et la vie. Fussiez est mal pour fûtes. Fussiez s'entend d'une chose douteuse ; fûtes t d'une certaine.

Souci chaud et glacé, que la crainte a fait naître, Et qui craignant plus fort, deviens plus violent. Je ne vous entends point.

Puisqu'en si peu de temps tu Ces rendu mon maître. ...

Va, retourne au Cocyte, et me laisse dolent. Ten, tu, té. — Voila une plaisante raison de le renvoyer au Cocyte : puisque tu t'es sitôt rendu mon maître, retourne -t'en. 11 De l'eût donc pas renvoyé, s'il eut été plus long à faire sa besogne.

A quel propos ces neuf, dix et onze lignes ? Pourquoi, après avoir dit à ce souci qu'il le quitte, fait- il le maréchal des logis pour lui bailler ' son département ? Pourquoi aussi lui baille-t-il de la tablature ? Quand le souci l'aura quitté, que chault à des Portes de ce qu'il deviendra ?

Va-t'en, tout ton venin

Ten, tou, ton.

Épouvantable Nuit, qui tes cheveux noircis Couvres du voile obscur des ténèbres humides, etc. Galimatias.

Ta teste est couronnée.

Ta, test, test.

Quand je vois flamboyer cette heureuse planète.... Si faut-il que de crainte à trembler je me mette. Car ainsi comme on voit la fatale comète, etc. Mauvaise imagination.

Mais (ô moi désolé!) j'en suis hors du danger, J'ai tant et tant de maux que plus je ne dois craindre. H y a treize mots eu ces deux derniers vers *, de quoi il y en a douze monosyllabes.

x. Dans la copie B de 1* Arsenal : « et loi baille; » à la ligne suirante, dan* les copies A et B : « Quand il l'aura quitté. »

a. Tel est le texte S l'original et de la copie B de l'Arsen;tl. Dans la copie A on a corrigé ces deux derniers vers en ce dernier vers. La remarque en effet t'applique au dernier vers seulement, et non p;is aux deux derniers ▼ers, qui, réunis, ont vingt-trois mots, dont vingt monosyllabes.

3ao COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

SONNET LXXni.

ALm i durant les maux que j'ai tant supportés. Superflu.

Mais si ne peut sa gloire être tant rabaissée Qu'un arc, une colonne, un portail glorieux N'échappent la fureur du feu victorieux.... Mon coeur inviolable est toujours demeuré, etc.

Oui ; mais quel rapport y a-t-il d'une colonne ou d'un arc en une ville, et de votre cœur dans vous ? Cet arc et cette colonne ne sont pas la cent millième partie de la ville, et votre cœur en vous est une partie principale, c Le feu d'amour lui a brûlé les mains, les pieds, le nez, et les oreilles ; mais son cœur est demeuré entier. »

SONNET LXXTV.

Celle qui de mon mal ne prend point de souci. Cette phrase eût été meilleure, affirmative particulière; car il y avoit un monde d'autres dames que sa maîtresse, qui ne se soucioient guère de son mal. Quand on dit : la dame qui n'est point allée ee soir mu Louvre, on présuppose que toutes les autres y sont allées.

Et que chacun jouis t

Jouit,

Et ces songes volants comme un nuage épais, Qui des ondes d'oubli vont lavant nos pensées ?

c Un nuage épais de songes volants lave ses pensées des ondes d'oubli : i que veut dire cela ?

Et yards toujours

Mauvais mot.

J'en eusse fait autant : il fit fort sagement. Tau, tanfti.

Car auprès de vos yeux pleins de douces rudesses. H ne falloit point parler de rudesses ; il ne falloit parler que de beautés.

O bien que je n'espère !

H falloit dire : point.

Rien ne me plaît que vous, pour vous je veux mourir! Mal fini.

Tempérez seulement ces rayons élancés.

Si élancés fût demeuré au bout de la plume, il y eût été aussi bien quia.

LES AMOURS D'HIPPOLYTE. 3a i

Mais ne les baissez pas {les yeux); car mon mal continue. Et mon espoir défaut, quand vous les abaissez. Il falloit dire quelque chose de plus que continue.

iYeux) Doux , cruels, humbles, fiers, gais et trempes de larmes.... [on, ne tous cachez point, mais ne me tuez pas. Ce n'est que galimatias tout pur que ces six derniers yen.

Ravi de mon penser, si hautement je vole, Que je compte un à un les astres radieux. Cette imagination ne vaut rien.

O ma seule déesse, hélas ! s'il est ainsi, Regardez-moi toujours d'un œil plein de merci. A quel propos ?

Le tyran des Hébreux transporté de furie, Ne ut jadis meurtrir tant d'enfants innocents, Que je tue en maillot de pensera languissants. Imagination bestiale, prise d'Angelo Costanzo, mot à mot.

Se sauve à la beauté qui domine mes sens, Et là tout assuré rit des maux que je sens.

Cette rime ne vaut rien.

Or* en ses chauds regards ce penser se formant, Or* en ses doux propos mon esprit va charmant. Voyez l'excellence de cette bourre ! Ce penser ores se formant, ores va charmant son esprit : quelle construction ! Il veut, à mon avis, aire : ce penser se formant, tantôt en ses chauds regards, tantôt en ses doux propos, me va charmant; mais il dit : c tantôt en ses chauds regards ce penser se formant, tantôt il va charmant mon esprit en ses doux propos. » Où il a appris cette construction, je ne sais. Et puis, quand ce penser, de peur d'être tué parmi les autres, s'est sauvé, étoit-il pas formé? Si les oisons nous pouvoient dire ce qu'ils pensent, ils imagineroient bien mieux.

Ces neuf premiers vers (du sonnet) ont été faits à coup de poing.

Au ciel d'astres semé les mortels regardant. Transposition dure.

Prisent or* cette étoile, et or* cette autre encore. Drôlerie.

Mari, frère, valets ne sauraient l'empêcher Que jusqu'à votre lit ne se vienne approcher, Vous voit, vous entretient, vous estime admirable. Elle oublié ; et puis quel langage : je me viens approcher^ pour je Maxhebbe. iv ai

3aa COMMENTAIRE SUR DE8 PORTES.

m* approché / Il ne faut point approcher de son* lit pour l'estimer adorable ; et puis, comme il a dit : vienne, il falloit nécessairement dire : vous voie, vous entretienne, et à cela il n'y a excuse quelconque.

Amour, choisis mon cœur pour butte à tous tes traits. Ta, ton, té, trais, cacophonie.

Et bâtis ta fournaise

Tî, ta, autre.

D'un œil doux, d'un beau front, d'une gorge ivoirine. Donne congé à ivoirin, oviny marbrin, et autres telles drôleries.

O propos, qui sonnez toujours en mes oreilles. Mauvaise césure.

SONNET LXXXm.

Propos brûlants, voix dolente et plaintive,

Votre faveur à ce coup m'a déçu, c Propos brûlants et voix dolente, votre faveur m'a déçu, s Je voudrais [savoir1] comme il entend votre faveur, vu qu'ils ne lui ont de rien servi.

Propre à montrer combien ma peine est vive. Vive est ici mal à mon gré.

Pour me tuer sans l'avoir offensée.

Je n'approuve pas cette façon de parler : c il l'a tué, sans l'avoir offensé. » Je dirois : « il l'a tué, sans en avoir été offensé. •

Ne fis-je voir le deuil qui m'entama?

Mal.

Que ne lut-elle au moins sur monjvisage Mes passions, me voyant tout transi ?

Ceci est fort mal. Puisqu'elle vous voyoit tout transi, elle liaoit bien vos passions. H veut dire : c Pourquoi ne me vit-elle tout transi? » mais il le dit fort ambigument.

SONNET LXXXY.

Mes sens de trop d'amour sont si fort insensés. Insensé de trop d'amour est dit généralement, et il falloit qu'il fût particulier, comme quand il a dit : votre vue, vos cheveux y vers vous, etc. D pouvoit dire : mes sens de votre amour sont si fort insensés; et|pnis, mes sens sont insensés , ne me plaît guère.

Bien qu'aux déserts glacés pour jamais je m'habite.

x. Ce mot manque dans l'original et dans la copie A de l'Arsenal. La copie B n'a point cette remarque.

LES AMOURS D'HIPPOLYTE. 3a3

Sera près de mon cœur, s' elle est loin de mes yeux. S* elle y mal, pour si elle.

Toi choisi pour séjour ces campagnes glacées.

Choisi, mal ; car il devoit dire quelque chose qui montrât que c'est par force et non par élection.

Fais qu'avec moins d'ardeur je désire à Ut voir» Désire à la voir, mal. On ne dit pas : je désire à faire cela '.

Ou ne fais plus longtemps mon esprit égarer. Ou tempère mon mal, qu'il se puisse endurer.

U a dit ceci, quand il dit : c Fais qu'avec moins d'ardeur je désire la voir, i

Je ne puis, malheureux, de remède éprouver. Transposition très-dure.

Mon soleil luit ailleurs, quand plus fort il m'enflamme, etc. Il a renversé cette proposition, car il veut dire : f mon soleil m'enflamme plus fort, quand il luit ailleurs. » — Il devoit finir à l'onzième vers. Les trois derniers n'ont rien de concluant.

SONNET LXXXVTII.

Je veux jurer ces vers «Jlfc. .

C'est qu'à votre beauté sans plus je ftwVommage. Ce n'est pas bien dit : je veux jurer ces vers ; c'est que, sans plus, je fais hommage à votre beauté.

Qui peut lire en mon cœur si traître est mon langage. Transposition rude. Il semble qu'il veuille dire : c tant mon langage est traître. »

Si j'ai jusque* ici volagement erré.

Rude.

Devers vous seulement mes pensers sont dressés, etc. Froid.

Page 1