ÉLÉGIE XVIII
Il loue sa discrétion, et prie sa dame que si, pour tromper les médisants, il feint d'aimer ailleurs, elle n'en prenne point d'ombrage.
Car pour rendre une amour et durable et secrète, Trompant les aiguillons de la tourbe indiscrète, Il faut avoir des yeux, etc.
Que veut-il dire ?
Ceux le savent assez qui craignants les dangers Qu'apporte un haut désir par leurs yeux messagers Font entendre à leur dame, etc.
Ce par les yeux messagers est en lieu où il semble se rapporter à
au apporte un haut désir, et cependant il se rapporte à font entendre à leur dame, etc. Or jugez quelle grâce de commencer un sens au milieu d'un yen et le continuer à l'autre.
Qui veut donc receler une amoureuse flamme* Receler est ici mal pour son simple celer.
Qu'une Vénus nouvelle à soi le peut at traire. Attrayant et attraits me plaisent, mais non a t traire.
Celui qui sagement se peut ainsi former, Déguisant sa pensée, est seul digne d'aimer. J'eusse dit : et déguiser sa pensée.
Je sais de mes deux yeux deux fontaines tirer, Pour fléchir la rigueur d'une feinte maîtresse. Ceci est sans jugement ; car s'il sait pleurer pour une feinte mattresse, comme est-ce qu'une vraie maîtresse connoîtra la fausseté ou vériténle ses larmes? Il achève de tout gâter quand il dit (cinq vers plus loin) : Que quand f ai feint d aimer , je Vai pu faire accroire*
Et montrer que ses mots dans mon cœur sont gravés. Sottise.
Si le peuple me juge ardemment agité.
Je ne trouve pas grand goût à dire : je juge qu'il est agité; car l'agitation est chose qui se voit, et qui fait juger que l'on est véritablement touché.
Si j'osois me douloir des maux que vous me faites, Pouvais parler à vous, voir vos beautés parfaites. Nota.
Quel amant plus que moi se diroit bien-heureux ? Où a-t-il appris à dire: il est plus bien heureux que moi? Bien heureux ne se joint point à plus ; oui bien malheureux. On dit : qui est le plus malheureux de vous deux? et non : qui est le plus bien heureux? mais simplement : qui est le plus heureux?
M' éloigner de vos yeux, n'oser m'en approcher* Quel langage! il faut : n'oser m' approcher de vous.
Vous n'auriez pas raison, car cil qui vous a vue, etc. Mauvais mot ; et quand il n'eût point dit car, il n'en eût pas été pis; il pouvoit dire celui, etc.
Et mon œil est aveugle. ...
Fut étoit meilleur.