ÉLÉGIE II
D se plaint de l'infidélité de sa maîtresse, désire de l'oublier, et prie les Dieux de lui faire la grâce que cela soit.
Je veux avec le fer son portrait effacer Du rocher de mon cœur
Rime à demi-vers. — Suspendu.
Car si fidèle place
Ne doit tenir en soi rien tant plein de foliacé. Peu courtisan.
Dans une terre ingrate a toute été semée. Ta9 tout te', té.
Et presque ignoreras que tu l'ayes aimée. Tu.
Et des plus affligés les ennuis apaises. U rime au milieu du vers.
Que chassiez loin de moi cet assoupissement. • c Vous i deest ».
Et ce morne regret qui trop ferme s"* y fonde. Que voulez-vous dire : mon regret se fonde trop ferme en elle?
ÉLÉGIE m.
Il permet à sa maîtresse de faire l'amour, pourvu que ce soit secrètement et sans scandale.
i. Deest t « manque. »
Mais je crève de rage et supporte an dedans Des glaçons trop serrés et des feux trop ardents. Mal.
Ou bien, las I que plutôt le commun bruit qui court
Ne vient-il à moi seul, sans que la renommée
L'éventant ça et là tous rende diffamée....
Le mal qu'on dit de tous ne m'iroit dépitant, etc. Comme se feroit cela , que le bruit commun qui court ne vint qu'à lui seul? Il devoit dire : Qu'il n'y eût que moi seul qui en sût la nouvelle. Le bruit commun ne ait rien à un nomme seul. Il continue en sa faute quand il dit : le mal qu'on dit de vous. Il deroit dire : le mal que vous feriez ne m'iroit, etc.
Car j'aime fort un bien dont plusieurs ont envie ; Mais le bruit que de vous le commun va semant Fait qu'un homme de cœur se hait en vous aimant.... Et ce qui rend plus fort un esprit embrasé, C'est de voir que son choix de chacun est prisé. Examine cette grande faute : mais signifie une contrariété, et cependant c'est une même chose que Car faime fort un bien dont plusieurs ont envie, qui est devant mais le bruit, etc. , et ce qui est après : C'est de voir que son choix de chacun est prisé.
Et donnez, non ingrate, à tous la récompense. Nota.
Mais qu' est-il de besoin qu'on en ait connoissance ? Je dirois : quel besoin est -il?
élégie rv.
Il se plaint de l'infidélité de sa maîtresse.
De ceux qui chacun jour les éprouvent volages. Nota.
Et que j'eusse juré ne me fier qu'en celle, etc. Juré de ne me fier.
Et rendu ma raison tellement étrangée.
Rendre étrangée, mal.
Et qui tournoient mon âme ainsi comme ils vouloient. Lâche et plébée.
Vous en juriez vos yeux, seigneurs de ma victoire. Qu'est-ce à dire : seigneurs de ma victoire ?
Mes jours les plus luisants sont changés en ténèbres, Et mes chants de liesse en complaintes funèbres. Ces deux vers sont mot à mot répétés ci-après en la page 336 '•
t. Dans U Complainte qui termine la volume et commence an f* 336 de l'édition de 1600.
. Vous étiez ma fiance.
Mal.
Mon cœur infortuné
Se y oit pour tout jamais à souffrir condamné.
Nota.
ÉLÉGIE Y, — Regreti d*nn partement.
Me força de résoudre à quitter furieux Pour jamais Cléonice, aiuçois, etc.
Mauvais mot.— Il devoit dire : de me résoudre. C'est parlé allemand de dire : c J'ai été forcé de résoudre à faire cela, i
Et qu'il falloit partir sans jamais revenir. Rime au milieu du vers.
Et de mes jours passés les plus désespérés. Rime au milieu du vers.
Étoient à chauds soupirs de mon cœur desires. Je dirois : désiré de moi, et non : désiré de mon cœur; encor que l'on die : tout ce que mon cœur desiret il n'en faut pas tirer cette conséquence.
Me cachoit ce bel œil dont le jour est dompté. Domp(é n'est pas bien ici. Il veut dire : c ce bel œil qui efface la clairté ou la beauté du jour; i mais dompter ne le signifie pas. 11 vaut aussi peu comme ce qu'il dit incontinent après : au regret qui m'entame.
Ne me sois d'un grand cœur à la mort avancé. Je oublié.
N'eût empêché Madame à courir sur la place. Il faut dire : n'eût empêché Madame de courir, et non : à courir.
Mêler de pleurs mon sang, mes paupières serrer» Fermer est mieux que serrer ; car il veut dire clore et fermer. Or serrer n'a pas cette signification en France, mais en Provence et autres tels lieux, où l'on dit : serrer les Xeux) serrer la porte , serrer la fenêtre y pour clore, etc.
De mille autres pensers une troupe infinie. Une infinité de mille hommes : que vous en semble?
O Temps , qui du haut ciel la vitesse mesures t Las ! retourne, disois-je, à mesurer les heures.
Rime provençale ou gasconne, d'une diphthongue avec une voyelle.
Me fournissent encor de sanglots et de pleurs. Nota. Il a bien dit : de sanglots et de pleurs, et eût bien dit aussi : des sanglots et des pleurs. On dit : il fournit du bois à ma maison y et fournit ma maison de bois.
De mille autres regrets j'eusse plaint ma fortune. Tre, re9 grets.
Et la tourbe importune
Des bateliers criants, m'empéchoit le loisir D'honorer de mes pleurs ce mortel déplaisir. Ils ne l'empéchoient pas de pleurer; c'est chose qui n'eût pas gardé les bateliers de ramer.
Je sors donc de ma chambre hdtè de cette escorte, Et d'un pied défaillant je passe outre la porte. Hâté se doit aspirer. Et d'ailleurs, il dit :y> sors de ma chambré et je passe y etc. Il ne falloit point répéter je. Et puis, à quoi est bon : je sors de ma chambre et passe outre la porte , si ce n'est la porte de la rue ? mais il le faut dire.
Chambre à mon deuil secret autrefois si propice, II abuse ici de propice 9 au lieu de propre.
Des lieux plus égarés où perdu je nCen vois. Nota.
Mais, ô cher monument de mon mal déplorable, Tu ne suffisois pas : je suis si misérable. Suspendu.
• . Me mettre à la cadence
Du troupeau d'Éleuthère, .........
A la ca. — Suspendu.
Or comme en ces discours mon esprit se dis tille t Le jour trop clair me force à sortir de la ville. Mal rimé.
.Et mes yeux obstinés
Sans ciller vers le Louvre étoient toujours tournés. Ciller est ici en sa vraie signification, qui est de mouvoir.
Que plutôt que partir je ne m'étois tué. Note.
Et victime propice au feu qui me dévore. Que veut-il dire? si c'est qu'il le veuille prendre en la signification du latin propitius, les victimes ne sont pas propices, mais. on les offre pour rendre propices ceux à qui elles sont offertes; s'il le prend pour sortable ou convenable, il se trompe.
Telle elle est aux mortels quand leur jour est venu. Elle est telle.
A cet horrible aspect mon âme épouvantée. Spectacle.
Mon visage et mes yeux ternirent leur couleur. La couleur des yeux ternie, mal.
Ce qui m'advint depuis est aux autres notoire» Notoire n'est guère bon.
De l'eau qu'on me jeta, de l'effroi, des clameurs. Je tous conseille de ne parler point de clameurs.
LÀ PYEOMANCB.
Ni ses yeux ruisselants d'une source éternelle, Ni le feu trop couvert, qui le fait dessécher, Avoient pu de sa nymphe entamer le rocher. Mal ; *av oient.
Un soir du mois de juin, que la flamme éthérée. flamme éthérée, mal, pour le soleil.
Et que le doux Zéphyre endormi s'apaisoit. Quel langage : Zéphyre s'apaise endormit II seroit bien m^l^if^ de faire le mauvais quand on est endormi.
Amour, cruel pirate, incessamment le poind. Un pirate me point I Phrase excellentissime.
A voient de tièdes pleurs ses cris accompagnés. Note.
Les pieds et les bras nus, nud tête, et sans ceinture. Quand nous oyons prononcer nu tête, ce n'est pas de nud tête ; car quelle construction seroit-ce de dire nud tête? Quoiqu'on le pût dire en latin, il ne se peut dire en françois; mais on dit nue tête, et par une élision, nu tête; nues Jambes , et par élision, nu jambes, et nus pieds, non nud pieds.
Qui méprise leur force et mon mal soucieux. Un mal soucieux, ridicule.
Par neuf fou en la mer f ai ma tête plongée.
Je t'invoque, 6 Protéf cet autel je te dresse. Jamais ne dis ni Proté, ni Prométhé, mais Protée et Promet hée.
Et rechange mes sens, qu'Amour rend furieux. Rechange, mal ; simple pour composé.
J'ai mis du côté droit maint branchage assemblé
D'olivier et de myrte, , •
Suspendu.
Si je veux de tout point mes charmes consumer. Cheville. — Il ne sait quand il faut dire consumer ou consommer. 11 les met ordinairement en la place l'un de l'autre, comme ici consumer tient la place de consommer : consommer les charnus, c'est-à-dire les parfaire.
Cette huile est de la lampe incessamment ardent, Ardant ne peut être ici gérondif. Il faut donc qu'il soit participe,
et par conséquent qn*il convienne en genre arec le substantif lampe; et faut dire : lampe ardante, chandelle éclairante , etc.
Dans le temple à Neptune
Note.
Et cette mèche neuve a toute été filée. Tou, té y té.
Et pour tout de mon mal tu ne fais point de compte. Mal parlé, pour la rudesse de la transposition.
De grâce, hé ! montre-moi Tune ou l'autre fortune,
Et s'il faut que j'attende ou douceur ou pitié. Douceur ou pitié ne sont pas l'une ou l'autre fortune ; il s'est mécompte ; il vouloit dire : la mort ou la vie, ou quelque chose semblable, comme rigueur ou pitié.
Ma nymphe n'aime rien, elle est toute cruelle....
Ne le savois-je pas? Tant de ruisseaux de larmes,
Tant de flots, de soupirs, tant de mal enduré,
Assez auparavant m'en avoient assuré.
A quel propos dit-il que ses ruisseaux de larmes et tant de soupirs l'en avoient assuré? Il devoit dire : c l'ayant vue mépriser tanAde soupirs et de larmes qu'elle m'avoit vu jeter, en devois-je pas être assuré? s et puis que veut aire : tant de flots m avoient assuré qu'elle étoit sans pitié?
Pavois la couleur vive, et tout plein de franchise f Content entre les miens je vivois de ma prise.
Franchise en la signification qu'il le met ici ne Raccommode pas bien avec plein. *%*
Ores d'un rude poil j'ai la face couverte. Ce n'est pas l'amour qui a fait ce changement, mais le temps.
Mais je vois la lumière
Qui chancelle incertaine et flamboyé en arrière. Et devant et derrière.
Ma nymphe en même temps m'aime et me hait aussi.
Mai, mét me.
Et la plus ferme d'elles
Aimeroit beaucoup mieux pour son contentement Vivre avec un seul œil qu'avec un seul amant.
Vois ci-après, p. 276 (le sonnet xxvin des Diverses amours).
Son rayon tant aimé sur l'amour s'est jeté. Rime à demi-vers.
Le pouvoir du destin ou du sort inconstant. D fait ici deux morceaux d'une cerise. Quelle subtile distinction peut-il alléguer entre le sort et le destin ? Les poètes n'y en font point, s'ils ne veulent cheviller, comme il fait ici.
Malherbe, rv a5
Cède au char d'Apollon de rayons allumé. Allumé de rayons n'est guère à propos.
AYZNTURB PBKMlèBB.
clsophou1.
Lance un rayon de flamme en ma chaude poitrine. Puisque sa poitrine est chaude, à quel propos un rayon de flamme ? U devoit dire : *n ma poitrine, simplement ; encore serois-je bien aise que l'on n'usât point de ce mot de poitrine, que rarement.
Car contre ses beautés ne se trouve défanse (sic). II*.
La jeune Fleurdelia, chère part de son âme,... De sa dure rigueur souvent la reprenoit. Fleurdelis parle à Olympe et lui persuade de faire l'amour *.
Mais qu'est-il rien plus doux que de se voir servie...? Qu'est-il de plus doux 4 ?
Déjà le haut renom et les faits glorieux
Du vaillant Eurylas s'épandoient en tous lieux,
i. Malherbe a effacé oioraoa et mis à la place eurylas. a. La copie B de l'Arsenal corrige de fanée en dèfence (sic), et contient de pins une remarque sur les vers x5 et xo de la pièce :
Combien de durs regrets étoient lors entendus !
Combien de chauds soupirs et de pleurs épandus! Ces pleurs épandus sont assez mal là où ils sont; il semble qu'il veuille dire : « Combien de pleasJ épandus furent entendus ! » 3. On lit de plus dans la copie B de l'Arsenal i
Amour rend de nos jours le malheur adouci. Pour adoucit le malheur de nos fours; mal.
Et au lieu de servir nous fait être maîtresses. Entre-bâillement. — Té, tre.
On ne doit sans amour une dame estimer. Équivoque : on ne doit point estimer sans amour une dame. Il semble qu'il veuille dire qu'il faut avoir de l'amour pour estimer une dame.
4. Les critiques suivantes ne sont que dans la copie B de l'Arsenal :
Les courroux gracieux, l'espérance et la crainte. Pourquoi donner un épithète à courroux, puisque les autres substantifs qui loi sont conjoints n'en ont point?
De semblables propos mille fois récités. Mille fais récités , pour redits, me déplaît.
Il faut qu'un jeune amant en fasse la vengeance,
Et qu'en la surmontant il perde sa puissance. Que veut dire : perdre sa puissance en la surmontant? Il eût mieux dit : perdre sa liberté. Cela est impertinent et fort ténébreux, et ne sait-on s'il entend de parler de la puissance de l'amant ou de celle de l'amante.
Qui n'atteignant encore à la vingtième année, etev Qui est loin à'EurjrUu.
ÂToit victorieux en cent lieux combattu, Soutenu mille assauts, d'un cceur non abattu, Et par ses faits guerriers suivis de mille peines, f II avoit combattu en cent lieux et soutenu mille assauts : t il j avoit dix assauts en chaque lieu '.
Il eut la taille belle et le visage beau. Avoit. *
Son teint étoit de lis et de roses pourpre t tes.
Pourprettes. Je ne sais comme il entend de faire d'un substantif, oourpre, un adjectif diminutif, pourpre t te. J'ai bien lu rougctte, pour un peu rouge, mais il vient d'un adjectif *.
Perd son premier repos
Inutile.
Ains fuit libre d'amour d'un cœur léger et pront, Plus soudain qu'un torrent ne s'écoule d'un mont. Mauvaise comparaison , d'un amant qui fuit l'amour, avec un torrent *.
Et des plus poignants traits dont les Dieux tu surmonte. Surmontes,
Amour, qui ces propos tout colère entendit, Soudain pour y pourvoir du tiers ciel descendit. Ce tiers est cheville, encore qu'il le fasse venir du troisième ciel, qui est le ciel de Vénus, mère d'Amour4.
i. Dans la copie B de l'Arsenal on lit de plus: « Voici bien de l'arithmétique; cent, mille, cent*. » — A la suite, cette copie a encore cette autre remarque :
Il sembloit à le voir dPun fleuri renouveau.
Que veut dire : d'un fleuri renouveau ? A un fleuri renouveau, passe encore; me semble-t-il que fleuri deroit venir après renouveau.
a. La copie B de l' Arsenal donne de plus : « Ces diminutifs n'ont guère bonne grâce en françois. »
3. La copie B de l'Arsenal ajoute : c Ains pour moû, c'est parler à l'antique.»
Vois-tu pas ce hautain qui méprise ta gloire, Remportant de nos cœurs une pauvre victoire. Foible.