A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE
Monsieur mon cousin, Vous ne recevez jamais de mes lettres sans quelque
n'attends autre chose, tant j'ai de hâte d'avoir retiré de Normandie ce peu que j'y ai. Je crois que je ne manquerai point de marchands pour ma rente. Je loue fort votre dessein sur la terre de Saint-Agnan, et vous exhorte, mon cher cousin, de remettre en notre maison une terre qui y a été si longtemps, qu'elle porte notre nom et nous le sien*. J'ai reçu la rescription ** que m'avoit faite M. de Vales, par M. de Vales lui-même. U étoit ici depuis hier au soir. »
Lkttrji 27. — 1. Cette lettre a paru pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre 3a, p. 646.
* Suivant M. G. Mancel, la terre de Saint-Agnan fut effectivement achetée (je ne dis pas rachetée) par la famille Se M. de Bouillon. Voyez plus haut, lettre a5, p. 56, note a.
importunité, et moi jamais des vôtres sans quelque faveur. Votre paquet me vient d'être rendu , et dedans le contrat de la constitution de rente que je desirois. Je vous ai déjà protesté que le nombre de vos bienfaits a épuisé mes remerciements. N'en attendez donc plus de moi. Je suis marri de ne vous pouvoir offrir quelque revanche; mais il faudroit être mieux avec la fortune que je ne suis, pour en attendre cette gratification. Elle en fera ce que bon lui semblera. Ma consolation est que, comme vous m'avez toujours aimé gratuitement, vous en ferez de même à l'avenir, et donnerez votre affection, non à l'espérance de quelque revanche, mais à la seule satisfaction de votre bonté. Je continue toujours en la volonté de faire venir mon fils par deçà ; mais avec quel succès ce sera , il faudroit pour le deviner être plus clairvoyant que je ne suis. Dieu lui a donné des grâces dont ses amis peuvent espérer du service. Il y ajoutera, s'il lui plaît, celle de les employer avec quelque fruit.
Pour nos nouvelles, je m'assure que l'on vous aura conté le passage du prince de Galles1. Je crois que par cette impatience il a voulu témoigner à sa maîtresse la grandeur de son amour. Il vit recorder le ballet ' de la Reine, et /(vit celle qu'autrefois il a désirée pour femme4 . Ce sera à lui, quand il aura vu celle d'Espagne, de juger
a. c Charles Ier, alors prince de Galles, passa inconnu par la France, dit Richelieu (année 1 6 a3), arriva à Paris au commencement de mars (le 3), vit danser le grand ballet de la Reine le 5, et poursuivant son voyage, arriva à Madrid le 17.... Le Roi fut si mal averti qu'il n'eut point d'avis de son passage par la France qu'il ne rut déjà près des frontières d'Espagne. » 11 allait y traiter de son mariage avec la sœur d'Anne d'Autriche , Marie- Anne, qui fut mariée en i63i à l'empereur Ferdinand.