‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 55 sur 298 · A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE

Monsieur mon cousin,

Il ne me souvient pas que j'aie reçu une seule de vos lettres sans y avoir fait réponse à l'heure même, sinon par le même messager, au moins par quelque autre qui partoit le même jour. Que s'il est advenu autrement, je vous prie de croire qu'il y a eu quelque empêchement que je n'ai pu éviter. Je suis assez religieux en ces choses-là. Si en toutes autres je l'étois autant, je pourrois passer pour un grand homme de bien. Je vous remercie des vers que vous m'avez envoyés. Il ne partira jamais rien de M. Patris* que je n'estime pour son mérite, et que je n'aime pour l'affection que je crois qu'il me porte. Je vous envoyerois en revanche ceux des ballets du Roi et de la Reine; mais il est trop tard pour les recouvrer, et certainement vous n'y trouveriez rien, à mon avis, qui vaille les désirer. S'ils ont quelque recommandation, c'est qu'ils sont faits à la cour, et pour Leurs Majestés. Vous trouverez en ce paquet un petit écrit, que vous lirez avec plus de merveille que vous ne feriez cette poésie de carême-prenant. L'histoire est assez particulièrement écrite. Ce qui y manque, c'est la punition du

Lettre 38. — 1. Cette lettre a paru pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre 33, p. 649.

a. Pierre Patrix, poète normand, né en i583, mort en 1671.

calomniateur qui fut pendu il y a cinq où six jours à la Croix-du-Tiroir1. Et m'a-t-on dit que Ton avoit envoyé à Baye-sur-Baye*, pour prendre et amener ici un certain ecclésiastique, que Ton prétend avoir été instigateur de cette belle affaire. Pour ce que vous vous plaignez de ce que je vous avois écrit que ceux qui avoient branlé ne tomberoient pas1, je ne vous ai rien écrit en cela qui ne fût selon l'opinion générale de toute la cour. Entre plusieurs raisons que je vous en pourrais donner, j'en choisirai une, que je crois que vous jugerez avoir été suffisante pour me faire écrire ce que je vous ai écrit*. . . .

Si je ne me lassois d'écrire, je vous en dirois bien da- * vantage, pour vous faire connoître qu'il n'est pas possible que quelquefois on n'écrive des choses qui ne sont pas véritables. En voici une où il n'y a point de réponse. Il y eut samedi huit jours que le Roi étant venu voir la Reine sa mère, lui dit tout haut, et je l'ouïs avec beaucoup d'autres, qu'Alberstat* avoit été pris par le pays, qui s'étoit élevé contre lui, l'avoit pris dans une maison assez foible, et l'avoit mené pieds et poings liés à l'Empereur. Cette nouvelle lui avoit été écrite par son ambassadeur qui réside à Bruxelles. Et cependant elle s'est trouvée si fausse que Ton tient que lui et le comte de Mansfeld seront ici dans

3. Il s'agit du fait raconté dans le livret suivant : Arrest de mort exécuté en la personne de Jean Guillot, Lyonnais , architecte, duement convaincu de t horrible calomnie par lui imposée à ceux de la Rochelle..,, descrii par le sieur de Mont mar tin, Paris, Saugrain, 1624» in-8°.

4. Bay-sur-Bay dans le département des Basses- Alpes, commune d*Ent revaux, arrondissement de Castellane.

5. Allusion à la disgrâce du chancelier Brûlart de Sillery et de son fais Puisieux.

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