‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 58 sur 298 · C'était un ingénieur italien · texte numérisé non relu

C'était un ingénieur italien

Reine mère me dit (je dis à moi , pource que je le lui demandai) qu'il y en avoit déjà trente d'achevés. Je hii ouïs dire aussi lundi au soir que la digue étoit si bonne et si ferme, que la mer n'en avoit pas ébranlé la moindre pierre qui y fût. Les choses étant comme cela , je ne suis pas d'avis que vous gagiez ; et d'ailleurs, pour avoir mon portrait vous n'avez que faire de gageure4. La demande que vous m'en faites est trop obligeante pour ne la vous accorder pài. Je désire seulement que vous me donniez temps jusques à ce que nous soyons dans les chaleurs. D est vrai que je n'ai jamais que mauvaise mine, mais en hiver je l'ai pire qu'en été. Je vous en ferai donc faire un ce mois de mai , et en ferai faire un autre pour me (aire mettre en médaille, pour en tirer une cinquantaine , et de cette façon satisfaire à beaucoup de personnes qui me font la même prière que vous. Il y a une douzaine de mes parents ou de mes amis à Caen à qui j'en veux donner. Il m'en faut pour cette ville et pour Provence. Ce ne seroit jamais fait de m'amuser à me faire peindre. Je suis bien aise, Monsieur mon cousin, que mes lettres vous soient agréables. Vous en parlez selon mon goût, quand vous dites qu'en les lisant vous pensez m'ouïr deviser au coin de mon feu. C'est là, ou je me trompe, le style dont il faut écrire les lettres. J'espère, quand je me serai tiré de l'affaire où m'a mis la mort de votre cousin *, en faire imprimer un volume entier, où je mettrai celles que vous m'avez envoyées , et avec elles celles que je vous écris tous les jours , que vous garderez, s'il vous plaît, pour y être mises quand je les aurai revues et habillées à la mode. Vous me garderez, s'il vous plaît, celles que vous avez reçues de moi depuis les

4. Voyez sur les portraits de Malherbe, tome I, p. cxxrr et «tarantes, fc"

premières , non pas toutes , mais celles où vous jugerez qu'il y aura de la matière pour (aire quelque chose. Vous aurez dans quinze ou vingt jours. Dieu aidant, cent ou six vingts vers que je vois1 envoyer au Roi7. Ils lui seront présentés par M. le cardinal de Richelieu, que vous croyez bien qui n'y sera pas oublié. Pour nos nouvelles, lundi Montagu* fut mis à la Bastille. Il vint par eau depuis Melun jusques au pré • de ce pavillon, qui est au bout du jeu de mail de l'Arsenac. Le marquis de Rotelin * ° , qui le reçut et le livra à M . de Tremblay ", m'a dit qu'il le trouva fort étonné. Je ne pense pas qu'il soit traité d'autre façon qu'en prisonnier de guerre. On dit que M. de Bullion u vient pour l'interroger. Il se peut faire qu'il est déjà venu. Les drapeaux pris sur les Anglois" furent hier apportés au Louvre aux deux Reines. On leur fit faire un tour dans la cour, et de là on les porta à Notre-Dame. Il y en a quarante-quatre. Us ont été dix-neuf jours par les chemins. Le frère aîné de M. de Saint-Simon14 en a été le conducteur, et de quatre petites pièces qui ont été prises sur les mêmes ennemis. Les drapeaux ont tous au bout d'en haut et au coin qui est vers le bois un morceau de taffetas blanc d'environ

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