Racan, dont les Bergeries parurent a Paris, i6i5, iu
LETTRES A DIVERS. gS
elle a rompu son jeûne pour un si misérable morceau. Vous dites que vous lui ressemblez ; mais à qui le persuaderez-vous ?
Peut-être à quelque juif, mais non pas à Malherbe u.
Vous n'êtes pas à mon avis si rude joueur que cet assommeur de monstres4 *, qui en une nuit vit les cinquante filles de son hôte10; mais à beaucoup moins que cela on ne laisse pas de passer pour bon compagnon. Vous ferez le discret tant qu'il vous plaira ; le mot qui vous est échappé, « que les femmes sont la plus belle moitié du monde, » n est pas d'un homme qui n'ait que faire d'elles. Je vois bien que c'est : vous voulez assurer les maris, afin que n'ayant point de soupçon de vous, ils vous laissent faire vos recherches en toute liberté. Cela s'appelle être habile homme, et tendre ses pièges comme il faut. Continuez. Je serai bien aise que vous soyez heureux, à la charge que vous aurez pitié de ceux qui ne peuvent l'être. J'ai fait ce que fait le reste des hommes. J'ai désiré la longue vie, et vous voyez où la longue vie m'a réduit. Je ne suis pas enterré, mais ceux qui le sont ne sont pas plus morts que je suis. Je n'ai, grâces à Dieu, de quoi murmurer contre la constitution que la nature m'avoit donnée. Elle étoit si bonne, qu'en l'âge de soixante et dix ans je ne sais que c'est d'une seule des incommodités dont les hommes sont ordinairement assaillis en la vieillesse. Et si c'étoit être bien que de n'être point mal, il se voit peu de per-
18. Ceft la traduction libre de ce passage d'Horace [Satire v do livre I, vers ioo et 101) :
.... Credat Judseus Apella, Non ego,