‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 81 sur 298 · A MONSIEUR FÀRET · texte numérisé non relu

A MONSIEUR FÀRET

Monsieur,

Mes lettres sont de laides femmes. Si avec cela elles sont mal vêtues, il n'y a point de doute qu'elles ne fassent peur. Pensez-y. Elles partent de chez moi, je le sais bien ; mais toujours est-ce vous qui les devez faire paroi tre. Vous retrancherez, s'il vous plaît, aux deux dernières que je vous ai envoyées, ce que vous jugez qui peut choquer les personnages de question. Toutefois je serois bien aise de ne rien changer en mon grec *, non plus qu'en mon françois. Cela me donneroit une nouvelle peine, et j'aime bien à ne rien faire. C'est à vous autres qui avec la vigueur de l'esprit avez encore celle du corps de travailler et de suer. Pour moi, je suis désormais en un âge qui ne demande que le repos. Je vous renvoie votre commencement de la suite de Y Histoire romaine de feu Monsieur de Marseille1. A mon avis, il eut bon goût de prendre un si bon second. Et quoique son choix me plût d'abord, je l'approuve encore plus maintenant que j'ai vu ce que vous

Lettre 44. — 1. Cette lettre, non encore réunie aux œuvres de Malherbe, se trouve dans l'édition de i634 du recueil de Faret, p. 631, arec ce titre : c II lui recommande les lettres qu'il lui avoit promises pour ce recueil, et lui donne conseil de son dessein d'écrire l'histoire. » Elle ne figure plus dans l'édition de 1639.

*. Voyez la lettre 46, p. 104 et 109.

3. V Histoire romaine de N. Coefîeteau (voyez plus haut, p. 87, lettre 41, note 1) avait paru en 1611. Elle fut réimprimée en 1628. Malherbe, iv 7

avez fait, que lorsqu'il nous en parla chez lui, à M. de Vaugelas et à moi. Du moi as n'a-t-il pas eu la malice qu'eut Auguste à désigner Tibère son successeur, pour faire regretter son gouvernement. Cependant je demeure toujours dans ma première opinion, qu'ayant à vous embarquer à une longue besogne , vous devriez plutôt vous embarquer à notre histoire, qui jusqu'ici a été si malheureusement traitée ; vous en retireriez et plut de gloire et plus de profit. Vous savez ce que je vous en dis dès le commencement que vous m en demandâtes mon avis. Je ne me mêle guère des affaires d'autrui, mais les vôtres ne me sauroient être indifférentes. Je retournerai demain matin à Paris pour aller solliciter ma pension. Il y faut des soins qui me tuent, et je n'ai pas besoin de travail. J'ai pourtant reçu ici un si bon visage de Monseigneur le Cardinal que cela me console. Si vous prenez la peine de passer à mon logis, ce ne sera, s'il vous plaft, que l'aprèsdînée. J'aime bien à voir vos ouvrages, mais je n'aime pas moins à vous voir vous-même. Adieu : je suis toujours, Monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur ,

Malherbe.

A Chaliot (Chaillot), ce \l\* décembre 1625.

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