‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 83 sur 298 · Voyez au tome I la Notice biographique , p. xxix · texte numérisé non relu

Voyez au tome I la Notice biographique , p. xxix

ioo LETTRES A DIVERS.

grand compte de moi, et que pour le mieux elles ne me bailleront que quelque brin de lavande, quelque tulipe, ou quelque autre de ces chétives fleurs, qui ne sont bonnes que pour le chapeau d'un nouveau marié de Clamart ou de Vaugirard. Mais quand je les conjurerai au nom de ce demi-dieu, je m'assure qu'elles n'ont point de jardin qui ne me soit ouvert, et qu'il n'y a œillets ni roses qu'ellesmêmes ne prennent la peine de me cueilUfl^Slles sont retirées dans des solitudes, il est vrai; mais c est sur des montagnes si hautes, que sans être au monde elles ne laissent pas de savoir tout ce qui s'y fait; et parce qu'elles savent bien que nous sommes en un siècle où il n'y a point d'appui pour elles que celui de cet adorable prélat, elles ne sont pas si malavisées que de refuser un protecteur qui leur est si nécessaire. Je fus dernièrement trouver un homme pour quelque petite affaire, et je crois que sans offenser sa conscience, il lui étoit aisé de me satisfaire. La peur que j'ai d'être refusé me fait toujours prendre garde de ne jamais rien demander qui ne soit raisonnable ; et d'ailleurs j'avois quelque sujet de croire que cet homme aimât les vers. Je le trouvai toutefois si peu courtois, et si fort résolu de ne me point gratifier, que je m'en revins avec un déplaisir de lui avoir jamais rien demandé, et avec une protestation de ne lui demander jamais rien. Je suis encore en cette même opinion. La nécessité est forte, mais à ce que je vois elle ne l'est pas assez pour me faire faire une seconde prière à un homme à qui la première n'a de rien servi. Il me pou voit faire du bien; je lui pouvois donner des louanges. Il me semble que ce <m'il eût eu de moi valoit bien ce que j'eusse reçu de ldfffHiisqiMl ne l'a pas voulu, il le faut laisser là. Me voilà déchargé d'une grand'peine. Aussi bien suis-je fort aise de n'avoir autre objet que celui de ce grand cardinal. C'est un sujet où il n'y a que trop de

matière. Ma fortune* est un monstre, qui Éfe mourra jamais, ou mourra de la main de cet Hercule. Vest à lui seul, et de lui seul que je veux parler. Pour vous, Monsieur, en la peine que vous prendrez de le faire souvenir de moi, vous aurez ce déplaisir d'avoir obligé un homme incapable de toute revanche ; mais vous le consolerez, s'il vous platt, du contentement de vous être acquis un très-hunfble et très-affectionné serviteur*.

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