A MONSIEUR
Monsieur,
Vous n'avez jamais faute de belles paroles ; mais certainement en la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire il y en a un excès si grand, que je ne crois point avoir de plus honnête moyen d'y répondre, que de me tarire. Si votre intention a été de faire paroître votre éloquence, je le supporte, et comme intéressé en tout ce qui touche votre gloire, je me réjouis de la voir reluire en vos discours aussi bien qu'en vos actions. Mais si vous l'avez fait pour augmenter le pouvoir que vous avez sur moi, vous me permettrez de me plaindre que vous ayez cru qu'il ne fût pas encore en sa perfection. Ce que je vous étois à la cour, je le vous suis en Bourgogne, et le vous serai partout où la fortune me donnera les occasions et les moyens de le vous témoigner. Je suis bien marri que je n'ai de quoi me revancher des nouvelles que vous avez pris la peine de m'écrire, pour vous convier à me continuer la même faveur ; mais vous savez bien que nous sommes en un lieu qui ne porte guère de cette sorte de fruits. Cette noblesse a été sur le point de se brouiller en la tenue des états *. Si les choses fussent passées plus
Lettre 54. — 1. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre I, lettre 20, p. 536.
a. Les états généraux, ouverts au mois d'octobre i6i4> forent
ia4 LETTRES A DIVERS.
avant, nous eussions eu recours à l'eau enchantée dont vous m'écrivez ; mais, Dieu merci, il n'en a point été de besoin. Aussi bien crois-je qu'il n'en demeurera point de reste, et qu'en si belle et si grande compagnie où elle fut portée, s'il y en eût eu non pas une fiole, mais un muid, il se fût trouvé à qui en bailler. J'ai honte, Monsieur, de ce mauvais entretien, mais sans cela je n'aurois de quoi remplir ma lettre ; car de vous dire que je suis votre très-humble et très-affectionné serviteur, c'est trop souvent répéter une même chose. Je ne voudrais pas vivre une heure, si je ne croyois que vous en fussiez assuré.