DU VOYAGE DE SEDAN
ODB.
Cette pièce fut imprimée pour la première fois, en 1607, dans le Pvnaue des plus csceilents poètes de ce temps. On Yoît dans TËstolle qu'elle courait manuscrite dès le mois de décembre de Tannée précédente. Suivant Ménage , qui le tenait de Racan, c'était «ne de celles que Malherbe estimait le plus.
Henri IV partit de Paris le i5 mars 1606, à la tète de son armée, pour aller assiéger le duc de Bouillon dans Sedan, qui se rendit le a avril.
Enfin après les tempêtes
Nons voici rendus au port;
Enfin nous voyons nos têtes
Hors de Tinjure du sort.
Nous n'avons rien qui menace 5
De troubler notre bonaoe;
Et ces matières de pleurs ,
Massacres, feux, et rapines,
De leurs funestes épines .
Ne gâteront plus nos fleurs. i «>
Nos prières sont ouïes.
Tout est réconcilié;
Nos peurs sont évanouies,
Sedan s'est humilié.
A peine il a vu le foudre 1 S
Parti pour le mettre en poudre ,
Qiie faisant comparaison De Tespoir et de la crainte, Pour éviter la contrainte U s'est mis à la raison.
Qui n'eût cm que ses murailles,
Que défendoit un lion ,
N'eussent fait des fiinérailles
Plus que n'en fit Ilion ;
Et qu'ayant qu'être à la fête a î
De si pénible conquête ,
Les champs se fussent vêtus
Deux fois de robe nouvelle ,
Et le fer eût en javelle
Deux fois les blés abattus? 3o
Et toutefois , 6 merveille !
Mon roi, l'exemple des rois.
Dont la grandeur nonpareille
Fait qu'on adore ses lois.
Accompagné d'un Génie , 3 ^
Qui les volontés manie,
L'a su tellement presser
D'obéir et de se rendre.
Qu'il n'a pas eu pour le prendre
Loisir de le menacer. 4 '^
Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux , De qui les neiges fondues
9 1 . f/ifi /îoA. La maiion des seigiieurs de U Marck, ducs de Bouillcui , portait dans ses armes on lion 'usant de gueules en chef. a3. Va». (F, M, O) : Eussent fait....
Rendent le cours furieux ;
Rien n'est sûr en son rivage; 4 b
Ce qu*il trouve il le ravage;
Et tiatnant comme buissons
Les chênes et les racines ,
Ote aux campagnes voisines
L'espérance des moissons. 5 o
Tel, et plus éponvaniable,
S'en alloit ce conquérant ,
A son pouvoir indomptable
Sa colère mesurant.
Son front avoit une audace 5 5
Telle que Mars en la Thraoe;
Et les éclairs de ses yeux
Étoient comme d'un tonnerre,
Qui gronde contre là terre ,
Quand elle a fftché les cieux. 60
Quelle vaine résistance
A son puissant appareil ,
N'eût porté la pénitence
Qui suit un mauvais conseil?
Et vu sa faute bornée 6 5
D'une chute infortunée,
Gonune la rébellion ,
Dont la fameuse folie
Fit voir à la Thessalie
Olympe sur Pélion ? 70
Voyez comme en son courage, Quand on se range au devoir, La pitié calme l'orage Que l'ire a fait émouvoir.
90 POÉSIES, XXL
A peine fut rédamée Sa douceur acooatnmée , Que d*un Bentiment humain Frappé non moins que de chamiea, D fit la paix , et ka armes Lui tombèrent de la main.
Arriére, vaines chimères
De haines et de ranoneurs;
Soupçons de choses amères,
Éloignez-vons de nos cœurs;
Loin , bien loin , tristes ^Misées, 8 s
Où nos misères passées
Nous a voient ensevelis;
Sous Henri , c'est ne voir goutte ,
Que de révoquer en doute
Le salut des fleurs de lis. 90
O Roi, qui du rang des hommes
Texoeptes par ta bonté,
Roi, qui de T&ge où nous sommes
Tout le mal as surmonté ;
Si tes labeurs, d où la France 95
A tiré sa délivrance.
Sont écrits avecque foi.
Qui sera si ridicule
Qui ne confesse qu'Hercule
Fut moins Hercule que toi? 100
De combien de tragédies,