‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 161 sur 259 · PROPHÉTIE DU DIEU DE SEINE · texte numérisé non relu

PROPHÉTIE DU DIEU DE SEINE

STAKGEfl.

Une copie de ces vers, imprimés pour la première fois dans l'édition de i63o, est conserrée à la Bibliothèque impériale (Papiers de fialuze, n^ i33). Elle est intitulée : La Seine au maréchal d' A nere^ le jour qu'il fut tué (^4 avril 1617). Malherbe, qui, dans la première strophe, reproduit en partie la pièce lxvi, s'est arrangé cette fois pour prophétiser à coup sûr et sans danger. L'épitaphe du duc de Luynes (voyez plus loin , n^ lxxxiv) prouTcra encore mieux sa prudente habitude de n'attaquer qu'après leur mort les puissants qu'il avait flattés durant leur vie.

Va-t'en à la malheure, excrément de la terre, Monstre qui dans la paix fais les maux de la guerre,

Et dont TorgueQ ne connoît point de lois; En quelque haut dessein que ton esprit s'égare, Tes jours sont à leur fin , ta chute se prépare, s

Regarde-moi pour la dernière fois.

C'est assez que cinq ans ton audace effrontée. Sur des ailes de cire aux étoiles montée,

Princes et rois ait osé défier :

La Fortune t'appelle au rang de ses victimes, t o

Et le ciel, accusé de supporter tes crimes.

Est résolu de se justifier.

a4o POÉSIES, LXXVII.

Ces fttancea furent compoiées pour Charles Chabot p comte de Chamy, amoureux de Mlle de Castille, petite-fille par sa mère du président Jeannin. D l'épousa en i6so et mourut, Tannée suivante, an siège de Montpellier. Sa Teure se remaria, en 1698, arec le comte de Chalais, qui fut décapité à Nantes en i6s6. (Voyez Tallemant des Réaux, édition P. Paris, tome m, p. 190 et suir.)

Les rers de Malherbe parurent en 1690, dans le tome I des Dâices de la poésie françoise; ils furent probablement composés en 1619.

Enfin ma patience, et les soins que j'ai pris

Ont selon mes souhaits adouci les esprits

Dont rinjuste rigueur si longtemps m'a fiât plaindre;

Cessons de soupirer; Grâces à mon destin , je n ai plus rien à craindre , s

Et puis tout espérer.

Soit qu'étant le soleil, dont je suis enflammé, Le plus aimable objet qui jamais fut aimé, On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable;

Soit que d'un oppressé ic

Le droit bien reconnu soit toujours favorable.

Les Dieux m'ont exaucé.

Naguère que j'oyois la tempête souffler.

Que je voyois la vague en montagne s'enfler.

Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille; i &

A peu près englouti, Eussé-je osé prétendre à l'heureuse merveille

POÉSIES, LXXVIL a4i

D*en être garanti?

Contre mon jugement les orages cessés

Ont des calmes si doux eh leur place laissés , a o

Qu'aujourd'hui ma fortune a Tempire de Tonde;

£t je vois sur le bord Un ange dont la grâce est la gloire du monde,

Qui m'assure du port.

Certes c'est lâchement qu'un tas de médisans, a 5

Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans , De frivoles soupçons nos courages étonnent;

Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent.

Ne savent ce qu'il est. So

S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement, Et qu^aux appâts du change une âme ne s'envole.

On se peut assurer Qu'il est maître équitable, et qu'enfin il console 3 5

Ceux qu'il a (ait pleurer.

Malhbmbh. I x6

a4a POÉSIES, LXXVIII.

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