‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 206 sur 259 · I. ÂPITÀPHS DE BENHI, PBEMIISE FILS DE M1LHEEEE · texte numérisé non relu

I. ÂPITÀPHS DE BENHI, PBEMIISE FILS DE M1LHEEEE

Passant t je suis mort, tu es mortel. Je suis à ma fis, tu t'en vas à la tiemie, et déjà tu n'as lu mot de cette écriture que tu ne t'en soies approché d'un pas. Ce que je t'en dis n'est pas pour te renvoyer triste en ta maison ; car à quel propos voudrois-tu vivre avec autre condition que tout ce qui jamais a vécu par le passé, qui vit à cette heure et qui vivra jamais à l'avenir? Et puis seroit-il possible que devant moi tu n'eusses jamais vu d'autres exemples de mortalité? Tourne tes yeux deçà, toume-^les de delà ; tu ne verras céans autre chose. Chacune de ces pierres couvre un corps et les vides sont autant de niches qui ne font qu'attendre les statues qui les doivent remplir au premier jour. Ce que je veux de toi, tu le demanderas aux autres, quand tu seras en l'état où je suis : c'est que tu me donnes autant de temps qu'il en faut pour lire en ce tableau ce que je te veux dire de ma vie. Elle fut courte : l'histoire n'en sera guère longue. Je naquis en la ville d'Aix, en Provence, le dimanche xxi de juillet, en l'année mdxxcv, entre cinq et six heures du soir. Monseigneur Henri d'Angouléme, frère naturel du Roi, gouverneur et lieutenant général

I. Henri naquit k Aix en i585, et mourut le 90 octobre 1387. Son père fit placer cette épitaphe sur sa tombe dans une église de Caen ; elle a été publiée pour la première fois en 1840 par M. Roux- Alpfaeran dans un Appendice à ses Recherches (4 p. in-8<>). U Tayait tirée d'un manuscrit de la bibliothèque du château de Toumefort. Elle existe en double à la Bibliothèque impériale, Papiers de Baluze, ma. i33(F>*4if 43).

^6o APPENDICE.

pour Sa Majesté dans ce pays, assisté de IVIme Marthe Faure de VercorSy femme de M. Louis de Carriolis, président au parlement, mon grand-père maternel , me fit cet honneur de me tenir sur les fonts et de me donner son nom. Mon surnom fut Malherbe, de ceux de Saint* Àgnan, desquels l'ancienne extraction ne veut autre témoignage que les hermines mouchetées qu'ils portent sans nombre en leurs armes. Ma mère, en l'âge de onze mois, me fit apporter en ce pays et me conduisit elle-même, non sans beaucoup de sollicitudes et d'incommodités. Enfin, comme si la nature ne m'eût donné les pieds que pour m'en aller au sépulcre, et la bouche pour dire à mes parents l'adieu pitoyable d'une si longue séparation, à grand'peine avois-je commencé de m'en servir que l'usage m'en fut 6té par une mort précipitée, et mes yeux qui n'avoient vu la lumière que deux ans trois mois et sept jours, le mercredi xxviu d'octobre mdxxcvii, environ dix heures du soir, demeurèrent enveloppés d'une obscurité qui seroit étemelle sans Tespérance du jour du jugement. Dieu sait de quelle affection et diligence les moyens de ma guérison furent recherchés! combien de remèdes furent essayés en terre et combien de vœux adressés au ciel ! Mais enfin toutes peines demeurant inutiles, il fallut obéir à la nécessité. En cet accident si funeste et si déplorable, François mon père, et Madeleine ma mère se procurant une triste consolation par le moyen d'un objet qui leur représente la souvenance perpétuelle de ce qu'ils ont aimé si chèrement, et faisant le dernier office à celui duquel, si la mort eût considéré les âges , ils le dévoient recevoir, m'ont avec des larmes qui ne sécheront jamais, posé ce lamentable monument. Passant, ne cherche rien de certain en l'incertitude du monde. Dis les bonnes paroles à mon ombre ; asperge mes cendres et t'en va. f. m. p. p.

KPITAPHES. 36i

II« iPITAPHE DB JOUEDÀIRB, FILLB DE MALHERBE ^

Passant, si tu n'as quelque soupir à me donner, fais ton chemin; je ne t'appelle point. Mais tu t'arrêtes, et semble qu'en la multitude de ces funestes objets ton imagination se dispose à quelque pitié : à la bonne heure. Je te vais dire qui parle à toi : c'est Jourdaine de Malherbe , fille unique de

François de Malherbe et de Madeleine de Carriolis, * de

cette province. Tu sais la noblesse et l'antiquité des Malherbes de Saint -Agnan : mon père est au rang de ceux qui sont connus en son siècle et peut-être les futurs n'ignoreront point qu'il a vécu. Ma mère est fille de M. Louis de Carriolis, cons. du Roi en son conseil d'État et président depuis .... ans au par^ lement de Provence. C'est assez de mon parentage. La vanité n'habite point aux lieux ou je suis. Il est raisonnable que je te die quelque chose de mes autres qualités. Nature aux traits de visage, en la proportion de la taille et en la disposition de tontes les parties du corps m'avoit donné de quoi la remercier. Mon esprit et mon jugement sembloit excéder la portée de mon âge ; mon humilité m'avoit acquis la bonne grâce de ceux à qui je devois du respect, et ma douce conversation, la bienveillance générale de tout le monde. Que me restoit-il à désirer ? Rien. Je pouvois vivre heureusement, si j'eusse pu vivre. Mais il étoit autrement écrit de moi dans le livre du ciel : je n'avois été donnée que pour être otée et n'étois venue au monde que pour en sortir le neuvième mois de ma huitième année. Je fus blessée de deux pestes et de six charbons, qui dans trois jours m'eurent envoyée où tu me vois. Mon mal commença le dimanche, à sept heures du matin, il finit et me finit le mercredi ensuivant , environ deux heures après minuit. Veux-tu savoir que fit mon père au conflit de cette maladie? tout jusqu*à la témérité. Sa piété fut inexpugnable

1. Tirée du ms. Ptmiert de Baluze, u^ i33, f^ 38, et publiée pour la première fois en léSa par M. G. Mancel dans les Lettre* inédites de Malherbe, — Nous donnerons ailleurs la lettre touchante on Malherbe apprend à sa femme la mort de sa fille.

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