Soerate chrétien^ discours x. Œuvres, tome II, p
5. De celle-ci peut-être: « Malherbe dit un jour à Gombenrille, à
SUR MALHERBE. xlvii
Une rare qualité de Malherbe et qai indique à la fois la vi gueur et la supériorité de son esprit, c'est Tindifférence avec laquelle il bravait les attaques de ses adversaires : « Écrive contre m<À qui voudra, » disait-il à ce même Balzac, qui n'était point doué d'une telle fermeté. « Si les colporteurs du Pont-Meuf n'ont rien à vendre que les réponses que je ferai , ils peuvent bien prendre les crochets ou se résoudre à mourir de faim. On pensera peut-être que je craigne les antagonistes. Non fais. Je me moque d'eux, et n'en excepte pas un, depuis le cèdre jusqu'à rhysope'. > U fit comme il disoit. Desportes, Bertaut et des Yveteaux le poursuivirent en vain de leurs critiques. U se borna à rép(Midi'e c que s'il s'y mettoit, il feroit de leurs fautes un livre plus gros que leurs livres mêmes '. » U s'y mit une fois, et nous publierons dans un de nos prochains volumes les annotations dont il a chargé un exemplaire des œuvres de Desportes, exemplaire qui, après avoir appartenu à Balzac ' et au président Bouhier, se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal.
Nous n'avons pas eu la prétention dans les pages qui précèdent d'épuiser ce qui concerne la vie et les écrits de Malherbe ;
pro|M» des premières lettres de Balzac : c Pardieu ! pardieu ! touteii t œs badioeries-là me sont Tenues à Tesprit; mais je les ai rebutées. > (Tallemant, tome IV, p. 89.) — c Vous me prenez poor un autre, écrivait un jour Balzac à Courart, si tous me prenez pour un admirateur; je ne le suis pas de Virgile, comment le serois-je de Malherbe? En effet, je ne l'estime beaucoup que par la comparaison des autres que j'estime peu; mais je voua l'ai dit, il y a longtemps, et je ne pense pas que je m'en dédise jamais, s'il y a (^^uelque objet de mon admiration dans le monde, c'est l'homme à qui j'écris cette lettre. » (OCut^rei, tome II, p. 95g.)
I. Lettre à Balzac. C'est la xyii« du livre II, dans les ax>cieunes éditions.
s. Tallemant, tome I , p. 17$. Il se vengea pourtant un jour fort brutalement d'une satire de Berthelot (voyez plus loin, p. 96); il est irrai que la vicomtesse d'Auchy y était encore plus maltraitée que lui.
3. Le ao novembre i653 , Balzac écrivait à Connut : c ie vous dirai seulement que j'ai ici un exemplaire de ses œuvres (de De»portes), marqué de la main de feu M. de Malherbe, et corrigé d'une terrible manière. Toutes les marges sont bordées de ses observations critiques, et j'ai résolu, avec votre licence, d'en choisir les plus belles, pour en faire un chapitre de nos remarques, t (Œuvres de SaUae, i665, in-fol., tome II, p. 967 )
XLYiii NOTICE BIOGRAPHIQUE
et l'on trouvera dans sa biographie par Racan, dans nos commentaires et dans V Historiette de Tallemant, bien des particularités qnUl était inutile de répéter ici. Quant aux jugements sur ses œuvres, nous nous en sommes abstenu le plus possible afin de nous conformer au plan fort sage adopté pour la Collée^ tion des grands écrivains de la France^ dont fait partie le présent ouvrage. Cette lacune sera facilement réparable pour les lecteurs; placé sur le seuil du dix-septième siècle où il eut à la fois à combattre les derniers efforts de la Renaissance et à frayer le chemin aux nouveaux venus, s'offrant ainsi le premier à ceux qui se livrent à Tétude de cette grande époque , et ayant d'ailleurs le bonheur d'appartenir à une province jalouse entre toutes de la gloire de ses grands hommes , Malherbe a été depuis Godeau et Ménage l'objet de nombreux travaux. Cependant si nous ne prenons pas la parole pour nous-méme, nous pouvons la céder à un autre; et l'on nous permettra de terminer cette notice en donnant une appréciation tracée par un chartreux , le seul de son ordre peut-être qui, en France, se soit occupé de critique littéraire : Bonaventure d'Argonne, plus connu sous le pseudonyme de Vigneul- Marville* :
« Malherbe , dit-il, étoit né avec un génie heureux pour la poésie, principalement [jour la poési« lyrique. Il avoit de l'élévation dans l'esprit, de la noblesse dans les pensées et de la force dans l'expression. En un mot, Malherbe savoit louer ; ce qui est tout dire en ce genre de poésie.
< Son plus grand mérite vient de ce qu'il a pu vaincre le phébus de son siècle, et qu'en imitant les Grecs et les Latins, il n'a point pris cet air de collège et de fausse érudition affecté par Ronsard.
« Malherbe étoit flegmatique et donnoit beaucoup de temps à la composition de ses ouvrages, à imaginer ses desseins et à tourner ses vers. J'ai oui dire qu'il ne faisoit ses odes que par petits morceaux, un vers d'un côté, un vers de l'autre.... Quelque peine qu'il ait prise dans ses compositions, il n'a point tant réussi que lorsque, s' abandonnant à son bon natu-
I. n était né six ans après la mort de Malherbe, en i634, et mourat en 1704.
SUR MALHERBE. xux
rely il a écrit avec rapidité ce qui lui venoit à la pensée. Nous en avons un exemple qui saute aux yeux dans les stances à M. du Périer, où, après avoir sué longtemps, sa veine venant à s'ouvrir, il fait voir plus de grâce, d'uniformité et de bon sens en trois stances qui nous dépeignent la mort, que dans tontes les antres qu'il s'est arrachées de l'esprit.
c Cest là mon sentiment, Monsieur, touchant ce rare poète, dont vous avez voulu que je parlasse avec liberté. . . . Adieu, l>erge me amare *. »
I. Copie avitographe des lettres de BonaTenture d'Argonne. Lettre è l'abbé de L«.... (le Dom est effacé), manuscrit de la Bibliothèque de Grenoble, ii<* 889, p. Sa. — Cette lettre que nous croyons inédite ot sans date.
LuD. Lalannb.
MALHmaBK.