II AVERTISSEMENT
accompagna de commentaires curieux, mais d'une prolixité pédante, où Ton retrouve les qualités et les défauts du maître de Mme de Sévigné. Il conserva le texte et la division en six livres de l'édition de i63o, et ajouta quelques vers qui n'avaient point encore été. recueillis. Son travail fut réimprimé, pour la sixième et dernière fois, en 172*3.
Quatre-vingt-onze ans après Ménage, en 1757, Lefebvre de Saint-Marc publia la seconde édition annotée, et, on peut le dire , la seule édition véritablement critique que Ton possède des poésies de Malherbe. Il ne se borna pas à reproduire le texte de i63o et à le commenter longuement ; il le compara soigneusement à celui des recueils de vers et des ouvrages où la plupart des poésies avaient paru antérieurement, et put ainsi relever de nombreuses variantes. Il rejeta avec raison le classement arbitraire suivi jusqu'à lui, rangea autant qu'il put les pièces chronologiquement et en ajouta de nouvelles. Son texte a été depuis adopté dans toutes ou presque toutes les éditions; dans quelques-unes on a préféré à l'ordre chronologique la division par genres : odes, sonnets, chansons, épigrammes, etc.
Quelque précieux qu'il soit, le résultat des recherches de Saint-Marc, qui nous ont été très-utiles, ne saurait aujourd'hui satisfaire les amateurs de notre littérature classique. D'abord une révision des textes était nécessaire : car, ainsi qu'il Ta reconnu lui-même, il s'est glissé dans son travail un certain nombre de fautes et d'incorrections ; en outre les documents mis au jour depuis une quarantaine d'années permettent maintenant d'an-
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noter les pièces d'une manière plus précise et souvent de leur assigner des dates différentes de celles qu'il leur avait données.
Qu'on nous permette de citer deux exemples à l'appui de ce que nous avançons :
Ménage a le premier réuni aux œuvres de Malherbe un quatrain sur le portrait de Cassandre, maîtresse de Rousai-d, et il l'a publié ainsi :
L'art, la nature exprimant, En ce portrait m! a fait telle; Si n'y suiS'je pas si belle Qu'aux écrits de mon amant.
Saint-Marc et tous ses successeurs sans exception ont reproduit le texte de Ménage. S'ils avaient recouru à (édition de Ronsard, où il a été publié pour la première fois, ils se seraient aperçu que de ces quatre vers deux sont estropiés, et qu'il faut les rétablir ainsi :
L'art, la nature exprimant, En ce portrait me fait belle; Mais si ne suis-Je point telle Qu'aux écrits de mon amant.
Malherbe a adressé Sur un livre de fleurs^ à un peintre nommé Rabel, un sonnet que Saint-Marc avait placé à Tannée i6o3, parce qu'à cette date il avait rencontré dans \t Journal de P. de l'Estoile la mention de la mort d'un peintre nommé Jean Rabel. Nous avons retrouvé au cabinet des Estampes le livre de fleurs en question. A côté de la signature Daniel Rabel, il porte l'indication de