AVERTISSEMENT
Il y a quelques lieux en cette version où j'ai suppléé des choses qui défailloient au texte latin, et d'autres où j^ai changé des paroles dont la corruption étoit manifeste. Si ceux qui examineront ces difficultés ne sont de mon avis, je serai bien aise qu'ils en donnent de meilleurs. Pour le moins aurai-je cette satisfaction, de leur avoir témoigné ma diligence.
Àcceptm ad Aown flupium * in ojfgusiiis cladi (terra) Macedonum phalange €ul jétracem pipuisos Bomanot opponebai [chap. iv]. n n^y a personne qui ne voie qu'il y a ici du malentendu. J'avois cm du commencement que au lieu de terra^ il falloit lire ter a*, pource que c'étoit ce qui se pouvoit imaginer de plus approchant. Mais ne se trouvant pas en l'histoire, comme aussi il n'est pas vraisemblable qu'en même lieu près d'Atrace les Romains eussent eu trois rencontres avec les Macédoniens, j'ai quitté cette opinion, et suis revenu à l'incertitude où j'étois auparavant. Querengus' pour terra substitue territa. Ce qui m'empêche d'être de son avis , c'est que Philippe ayant à donner du cœur à ses soldats, n'eût pas été bon orateur de leur ranientevoir leur lâcheté; vu même que bientôt après il dit qu'en cette occasion les Macédoniens étoient demeurés invincibles, et que toujours ils le seroient quand la partie seroit bien faîte. Ainsi ne voyant pas, que ni de terra ni de territa il se puisse rien faire de bon , j'ai tâché , sans employer ni l'un ni Tautre, d'interpréter le reste le plus à propos, et au plus près de l'intention de l'auteur qu'il m'a été possible.
Nom cas {Thebas Phthias) populi romani jtire belli factas
I. A fluvium y qui est dans les éditions latines de 1616, ou a depuis, dans le texte deTite Live, substitué y^i/me/r.
a. J. F. GronoY (GronoYius)a fait la même conjecture.
3. Querengiu j un des auteurs des notes marginales de Tédition romaine de x6i6.
esse,,,, dicehat^ quod integris rébus y exerritu ab se admotq^ vocati in amicitiam.,,, regiam socîetatem roman» pr»posuis~ sent [chap. xiii]. Au lieu de admoto, je lis amoto; pouroe que, outre que ab se admoto ne se peut dire qu'avec extravagance, la vérité du fait est que Quintius, qui pensoit surprendre les Thèbes de Phtie, comme il avoit fait celles de Béoce, se fiant sur une inlelligence quUl y avoit, s'en approcha seulement avec quelque cavalerie légère, et de peur de mettre les habitants en alarme , laissa le reste de son armée en quelque lieu assez loin pour n'être pas aperçue, et assez près pour lui servir au besoin qu'il en pourroit avoir.
Necquicquam inde obsessa oppugnataque iirbs est; recipi^ nisi aliquanio posty per Antiochum non potuit [chap. xviii]. Stra* tonicée dont il parle, étoit entre les mains de Philippe, et ne passa jamais en celles d'Antiochus. D'ailleurs, en ce même livre il est dit que les Romains ayant mis Philippe à la raison, lui firent quitter Stratonicée, et la donnèrent aux Rhodiens. Adjicit Valerius Antias Attah absent i Mginam insuiam^ eiephantosque dono datos, et Rhodiis Stratonicxam CarisSj atque alias urbe.s quas Philippus tenuisset [chap. xxx]. Comme donc peut subsister ce qu'il a dit auparavant , que Stratonicxa /wripi , nisi aliquanto post , per Antiochum non potuit? Il y a certes de la présomption à changer témérairement ce qui est dans le texte; mais aussi seroit-ce une discrétion bien niaise et bien ridicule de suspendre son jugement en des choses visibles comme celle-ci. Le moyen d'excuser Tite Live est de s'en prendre à quelque copiste, qui a pris ici Paris poor Corbeil*. Il y a encore en ce même livre une grande bévue , qui est qu'en la proclamation faite à Corintbe des peuples et des villes que les Romains entendoient remettre en leur liberté, Tite Live comprend en termes exprès les Phociens et Locriens, puis un peu après il dit que les Romains en firent on
1 . Dans sa traduction (vovez p. 4^3) Malherbe a supprimé trèihardiment ce qui rembarrasse dans ce passage, et au lieu de parler de la prise de Stratonicée par Antiochus, il raconte que les Romains a retirèrent cette ville de Philippe et en firent un présent anx Rho* diens. » On peut voir, dans la note de Drakenborcn sur cet endroit, que la difficulté n*était pas insoluble.
40» LE XXXIIP LIVRE
présent aux Étoliens^ Glaréanus' ne croit point cette libéralité. Pour moi, je ne vois pas que des propositions si contraires puissent toutes deux être véritables , ni qu'il y ait explication qui puisse démêler cette fusée. Ceux qui auront du loisir de reste y penseront si bon leur semble. Je n'aime pas tant le travail, que j'en veuille prendre pour une chose de si peu de fruit.
Summa justitia suos rexit; unicam fuient sociis prxstitit ; uxo^ rem ac liberos duos supersiiies habuit; mitis ac magni ficus ami" eus fuit ; regnum adeo stabile ac firmum reliquit^ ut ad tertiam stirpem possessio ejus descendent [chap. xxi]. Il ne faut pas être bien grand critique , pour reconnoître qu'il y a ici une transposition, et qu'il faut lire, summa justitia suos rexit; unicam fidem sociis prxstitit; mitis ac magni ficus amicus fuit; uxorem ac liberos duos superstites habuit; regnum adeo stabile ac firmum reliquit^ uty etc. De cette façon les choses, qui autrement sont confuses, seront en leur place. Ce qui appartient aux mœurs, comme avoir été bon roi , bon allié, et bon ami , se treuvera d'un côté ; et de Tautre, ce qui touche l'état de sa maison, qui est que sa femme le survéquit, et deux fils avec elle, auxquels il laissa sa succession. Qui ne voit cette lumière ne voit pas celle du jour en plein midi. Au reste, il n'y a point de doute que Tite Live ne se soit abusé de ne donner ici que deux fils à Attalus. Les autres historiens en nomment quatre; et lui-même, au XXXVIP livre [chap. lui], fait dire à Eumène, fils aîné d^Attalus, parlant au sénat, qu'il n'y a simple soldat qui avec plus d'assiduité ait tenu pied aux armées romaines que lui et ses frères*. A ce compte-là ils ne pouvoient pas être moins de trois*.
1 . Voyez les chapitres xxxiii et xxxiv. Ici la hévue n'est le fait ni de Tite Live , ni des copistes. Malherbe n*a pas bien compris, au chapitre xxxiv, le verl>e contribiierunt.
a. Henri Loriti^du canton de Claris, auteur do remarques sur Tite Live et d'une chronologie de l'histoire romaine (i53i). Il fut pendant trois ans professeur au colléj^e de France à Paris.
3. Nemo miles romanus mag'is auiduiu in cas tris vestrit fuit, quant ego fratresque met,
4 Dans le manuscrit de Bamberg , au lieu des mots : Uxorem ac liberos^ on lit comis uxor et liberos, Kreyssig a ainsi disposé
Qwaiernûm millium pondo ewgenti peetfgai in decem a/utos; tnginta quatana millia pondo et ducenta ; prmsens viginti milUa pondo [chap. xxx]. Il y a ici trois sortes de sommes qui par la paix furent imposées à Philippe. La première est quaternélm miiiium pondo argenti vectigal in decem annos , qui sont durant dix ans six mille marcs d'argent par an. La dernière est de trente mille marcs, qu'il de voit bailler comptant. Tout cela semble assez clair. Il reste la somme du milieu, /riginta quaterna millia pondo et ducenta^ qui vaut cinquante et un mille trois cents marcs ; et c'est là que sont les ténèbres. Glaréanus dit qu'il n y voit goutte ; comme de fait dans le lite Live latin, où toutes les sommes du texte sont évaluées à la marge, il n'y a mot de celle-ci. Quant à moi, j'aime mieux faire louer ma modestie, en n'y touchant pas, que blâmer ma hardiesse , en voulant expliquer une chose à quoi tant de grands personnages confessent n'avoir rien entendu*.
Terrestres copias ab Ahydo trajecit Chersonesi urbem [chap. xxxviii]. J'ai suivi en ma traduction l'opinion de Glaréanus et de Sigonius', qui lisent terrestres copias Madjrtmm trajecit Chersonesi urbem*. Car de lire uéb/dum^ il n'y a point d'apparence, vu qu'Abyde est au côté de l'Asie en la Troade, Seste est au bord de rHelles|K)nt du côté de la Thrace, Madyte est plus avant en terre ferme. De Seste à Madyte il peut y avoir cinq de nos lieues, et de Madyte à Lysiroachie dix. J'en parle selon nos cartes. Si elles sont fausses, je m'en rapporte à ceux qui les ont faites. Ces deux villes, Abyde et Seste, sont assez connues par les amours de Léandre et d'Éro.
ce membre de phrase : comis uxori ac liberis quot superstUes hahuit, ce qui lère la double difGculté qui arrêtait ici Malherbe. — Gronov a remplacé avec raison amicus par amicii; l'adjectif qui précède ce mot n'est pas magnificus, mais munïficus , dans l'édition de 16 16, comme dans les autres.
I . Les éditeurs conviennent généralement oue la phrase est altérée, et on a essayé de rétablir le texte par aes conjectures trèsdiverses.
1. Charles Sigonio. Ses remarques sur Tite Live parurent d'abord dans l'édition de i555.