I. Comvtnance, rapport
1. On trouTe cette orthographe dans les éditions 'de Malherbe «J* 1689, ijaa et ijai. Voyez la Notice bibliographique, p. et et en.
Lxxxiv VIE DE MALHERBE
me contenterai de faire encore une remarque de ce point dont ils étoient en contestation.
Au commencement que M. de Malherbe vint h la cour, qui fut en i6o5, comme nous avons déjà dit, il n\>l>servoit pas encore de faire une pause au troisième vers des stances de six, comme il se peut voir en la Prière qu*il fit pour le Roi allant en Limousin, où il y a deux ou trois stances où le sens est emporté, et au psaume Domine Dominas noster^, en cette stance et peut- être quelques autres dont je ne me souviens pas à présent :
Sitôt que le besoin excite son désir,
Qu'est-ce qu'en ta largesse il ne trouve à choisir?
Et par ton mandement, Tair, la mer et la terre
NVntretienuent-ils pas Une secrète loi de se faire la guerre A qui de pins de mets fournira ses repas?
11 demeura toujours en cette négligence pendant la vie de Henri le Grand, comme il se voit encore en la pièce qui commence :
Que n*étes-vous lassées,
en la seconde stance, dont le premier vers est :
Que ne cessent mes larmes,
qu'il fit pour Madame la Princesse*, et je ne sais s'il n'a point encore continué cette même négligence jusques en 1G12, aux vers qu'il fit pour la place Royale ' : tant y a que le premier qui s'aperçut que cette observation ctoit nécessaire pour la perfection des stances de six fut Maynard, et c'est peut-être la raison pour laquelle M. de Malherbe Testinioit Thomme de France qui savoit le mieux faire des vers. D'abord Racan, qui jouoit un peu du luth et aimoit la musique , se rendit en faveur des musiciens , qui ne pouvoient faire leur reprise aux stances de six, s'il n'y avoit un arrêt au troisième vers. Mais quand M. de Malherbe et Maynard voulurent qu'aux stances de dix , outre
1. Voyez, les pièces xviii et xv, p. 69 et 6i. a. C'est-à-dire pour le Roi amoureux de la princesse de Condé. Voj'cz pièce xlvi, p. i63.
i. Voyez pièce Lvni, p. 197 et suivantes.
PAR RACAN. Lxxzv
Tairét du quatrième vers, on en fît encore un au septième, Racan s'y opposa, et ne l'a jamais presque observé. Sa raison étoit que les stances de dix ne se chantent presque jamais , et que quand elles se chanteroient on ne les chanteroit pas en Urob reprises ; c'est pourquoi il suffisoit d'en faire une au quatrième. Voilà la plus grande contestation qu'il a eue contre M. de Malherbe et ses écoliers , et pourquoi on a été prêt de le déclarer hérétique en poésie*.
M. de Blalherbe vouloit aussi que les élégies eussent un sens parfait de quatre vers en quatre vers, même de deux en deux, s'il se pouvoit; à quoi jamais Racan ne s'est accorde.
Il ne vouloit pas que l'on nombrât en vers de ces nombres vagues , comme mille ou cent tourments , et disoit assez plaisamment , quand il voyoit quelqu'un nombrer de cette sorte : « Peut-être n'y en avoit-il que quatre-vingt-dix-neuf. » Mais il estimoit qu'il y avoit de la grâce à nombrer nécessairement *, comme en ce vers de Racan :
Vieilles forêts de trois siècles âgées.
C'est encore une des censures à quoi Racan ne se pouvoit rendre de ne point nombrer par cent ou par mille pour dire infiniment, et néanmoins il n'a osé s'en licencier ' que depuis sa mort.
A ce propos de nombrer, quand on lui disoit que quelqu'un avoit les lièvres en plurier, il demandoit aussitôt : « G)mbien en a-t-il de Bèvres? »
Ses amis familiers , qui voy oient de quelle sorte il travail knt, disent avoir remarqué trois sortes de styles dans sa prose :
Le premier étoit en ses lettres familières, qu'il écrivoit à ses amis sans aucune préméditation , qui , quoique fort négli gées, avoient toujours quelque chose d'agréable qui sentoit ioa honnête homme.
l Le second étoit en celles où il ne travail loi t qu'à demi, où Ton croit avoir remarqué beaucoup de dureté et de pensées indigestes qui n'avoient aucun agrément.
I. Ce passage a été cité par Pellisson, p. 448 et suivantes 1. Cest-à-mre d'une manière précise.