‹ Œuvres de MalherbeChapitre 4 sur 740 · VI LEXIQUE DE MA):.HERBE · texte numérisé non relu

VI LEXIQUE DE MA):.HERBE

soit de sa jurisdiction ', » il rappelle vraiment l'apologue de Tours et de son petit : c'est à rudes coups de langue qu'il donne aux vers du pauvre poète qu'il tient sous sa griffe, « forme et façon de membres, » comme dit du Bellay, qui emploie quelque part, dans un tout autre sens, cette comparaison '.

Pour voir sa pratique, le passage de la règle à l'action, l'empreinte que la langue a reçue et gardée de lui, l'ëtat où il Ta trouvée et celui où il l'a laissée, il suffit d'étudier ses poésies dans l'ordre chronologique ou les a disposées M. Lalanne. Que, par exemple, l'on compare ses Larmes de saint Pierre^ œuvre de sa jeunesse, publiée en i587 et dédiée à Henri III, à telle ou telle de ses plus belles odes à ou sur Henri IV ou Marie de Médicis, ou à ces Stances spirituelles^ qui parurent un an avant sa mort, en 1627, et sont peut-être, dit Boubours*^, ce qu'il a fait de plus beau :

N'esp^roni plus, mon âme, aux promesses du monde ;

on a peine à croire, si l'on va, d'un bond, du point de départ au but atteint, sans suivre entre les deux la lente et laborieuse marche du poète, que ces deux écrits soient du même auteur, qu'une vie d'homme ait pu suQre à modifier à ce point le vocabulaire et la syntaxe, le choix des mots et leur structure. Les vingt-quatre vers (quatre strophes de six vers chacune) dont se composent les Stances spirituelles, paraphrase des trois premiers versets du psaume cxlv, ne contiennent rien qui puisse étonner, arrêter un lecteur nourri de la meilleure langue du dix-septième siècle, tout au plus peut-être, aux derniers vers, une inversion que Racine, je ne dis pas Corneille, eût évitée, et que Fénelon agréait, car il va jusqu'à dire que « toute notre nation l'a approuvée* : »

Et tombent arec eux d*nne chute commune Tous ceux que, etc.

De ce petit chef-d'œuvre où la langue est si noble, si ferme, si dégagée et si limpide, si bien appropriée à c l'esprit français entrant

I . Œuvres it Balzac, DisseriatUms chrétUimêt et morales^ n*^ xrr, tome II, p. 368.

9. Illustration de la Umgue françoue^ chapitre xi, tome I, p. 54, de l'édition de M. Marty-Laveanx.

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