‹ Œuvres de MalherbeChapitre 5 sur 740 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

enfin dans sa YÎnUtë, » comme dit M. Nisard*, rapprochons un même nooilM« de strophes et de vers (on peut le prendre presque an hasard) de la longue imitati<m du Tansille dont nous avons parié. Us Larmes de saîm Pierre : eh bien! abstraction faite, autant qu'il est possibiet dn mauTais goât et des vices de la pensée, à ne regarder qu'à la forme et à la valeur des termes, à leurs relations d'accord et de régime, et à la construction des phrases, on est choqué, arrêté tout an moins, à chaque pas, soit par des usages qui ont vieilli, soit par le défaut de façon et d'aisance : d'une part, des sens qui ont changé et par suite des emplois de mots qui nous paraissent ou étranges ou impropres; de l'autre, des tours gênés, raboteux, enchevêtrés. « On ne peut nier, dit Ménage, qu'il n'y ait » dans cet essai « beaucoup de belles choses, » beaucoup de promesses, dirons-nous; mais, quand on le comjKure aux fruits mihrs des dernières années, oa comprend sans peine que son auteur le désavouât'.

Gooune exenqde accepté de tous les bons esprits et a jamais durable, Malherbe n'a légué à la postérité qu'un très-petit nombre de poèmes qui soient vraiment des modèles à peu près de tout point, puis çà et là des strophes, des vers, dignes de rester dans la mémoire; mais pour l'histoire de la langue française, ri«i de lui n'est à négliger. Aussi importait-i], à ce point de vue, de réunir enfin, dans une même édition, d'un texte exact et pur dans tous les détaik et accompagné de ses variantes, non pas seulement toutes ses œuvres poétiques, les bonnes, les médiocres, les mauvaises; mais encore ses éorits en prose, c'est-à-dire ses traductions et ses lettres : ses tnufaictions, où il ne se pique pas moins de style original et de beau et sAr langage que de fidélité, mais où pourtant son devoir d'interprète, quelque largement qu'il l'entende, et le modèle qu'il a sous les yeux ne laissent pas de gêner un peu son allure; ses lettres, où rien ne l'embarrasse ni ne lui trace sa voie, qu'il écrit rapidement, an ooorant de la plume, de manière à nous bien montrer sa langue aatnrdie, de premier jet, et en quelque sorte instinctive ; mais qu'ensole, plus respectueux pour la langue que pour ses correspondants, il charge de ratures et polit soigneusement, nous apprenant par ses retouches (que M. Lalanne a indiquées dans ses notes) ses scrupules de justesse, de propriété, de correction et perfection gram-

On a dit souvent que la confiance, le juste contentement de soimême, passât-il même quelque peu les bornes, étaient moyen de

I. Bittmre de la Uitérature française ^ lirre II, chapitre r (tome I, p. 37», 3* édition).

2' Voyes AU tome I, p. 4 1 la Nattée des larmes de samt Pierre.

Tiff LEXIQUE DE MALHERBE.

SDCcès. Ce moyen-Li, on le sait, ne manquait point à Malherbe. Il avait et voulait que Ton eût, de sa prose comme de ses vers, la plus haute idée. Il considérait, et ses admirateurs avec lui, son style et sa langue, rimes ou non, comme la règle du bien dire. On connaît cette anecdote. Des amis l'ayant prié un jour de faire une grammaire, il leur répondit « que, sans qu'il prtt cette peine, on n'avoit qu'à lire sa traduction du XXXIII* livre de Tite-Live, et que c'étoit de cette sorte qu'il failoit écrire ^ » Quant à l'opinion de ses ^disciples et partisans contemporains, nous avons vu conunent Godeau pariait de ses Œuvres^ de chaque ligne de ses œuvres, sans distinction. Tout en appelant ses poésies son vrai trésor\ il ne tarit pas en éloges sur les traductions et les lettres. Celles-là sont des ouvrages non pas seulement agréables, mais excellents de tout point, faisant parler Tite-Live et Sénèque comme « s'ils n'avoient jamais respiré un autre air que celui du Louvre *. » Celles-ci sont des diamants^ parmi lesquels on veut bien reconnaître qu'il «c s'en rencontre qui ont des pailles*, » mais enfin des diamants. Moins d'un demi- siècle plus tard, nous voyons cette admiration de sa prose singulièrement refroidie, surtout au point de vue de la phrase et de sa construction, ce des nombres de l'oraison, » comme on disait alors. On place à cet égard Balzac, non sans raison, bien au-dessus de lui. Cassagnes, dans la Préface qu'il a mise en tète de l'édition in-folio de ce dernier, publiée en i665, s'exprime ainsi : « M. de Malherbe..., qui a fcMtné ou du moins perfectionné les nombres de notre poésie, n'en reconnoissoit point dans la prose. Il sembloit qu'en cessant de parler la langue des Muses, U oubliât les règles qu'il avoit trouvées |M>ur la situation et la structure, pour l'ordre et la liaison des paroles. On s'étonne que celui qui, dans ses odes admirables, a une versification si belle et si harmonieuse, n'ait rien que de discordant et de dissipé dans ses traductions.... La même obligation que nous avons à M. de Malherbe pour la poésie, nous l'avons à M. de Balzac pour la prose.... U n'est point de plus délicieux concert que celui de ses paroles. » Malherbe lui-même, nous dit Racan', « se moquoit de ceux qui dissent qu'il y avoit du nombre en la prose, » et de lui à Balzac il y a , pour rharmonie , un incontestable progrès ; mais la critique : « rien que de discordant et de dissipé, » est une partiale hyperbole. Bien souvent, en prose, notre traducteur et épistolaire construit hi période très -habilement, de même qu'il f«iit en vers. Toutefois il demeure vrai que pour la prose il a laissr'^

I. Sorel, U BîbUaihèfue framçoUe^ p. a34, édition de 1664. Tk. Voyez an tome I, p. 376.

Page 1