PREFACE. IX
beaucoup plus à faire a ceux qui vinrent après lui. Il pàrah, dans la sienne, sinon toujours, au moins fort souvent, plus semë d'arckalsines de tours et aussi de mots que dans ses poésies, surtout dans celles de sa dernière et meilleure manière. N'exagërons pourtant pas le sens de ce terme à' archaïsmes. Je prends , sans dioix , on diapitre de sa version de Tlte-Uve, le second*, pour y re- Wver ce que noos ne dirions plus aujourd'hui. I)ébarrassé, comme 'd Vest dans l'édition de M. Lalanne, de sa rugueuse enveloppe d'ortbograpbe vieillie, qui, à la lecture, fait illusion, il ne nous oBre, comparé à notre usage, que de légères et assez rares diffc- Tcnœs. Four les mots : baillé ^ au lieu de donné; magnifier^ dans le sens d exalter; au commencement de la cinquième phrase, comme ^ où peut-être nous dirions plutôt lorsque; vers la fin, les locutions four cet effets pour ce coup; comme tours, deux omissions d*//, sujet : « et le fallut emporter », a fîit arrêté, » pour // fallut^ il fut; une inversion : « et fut son avis d'autant mieux reçu que, etc.; » un emploi latin du relatif à quoi^ en tète d'une phrase; un inlfantif avec à, régime de tourner : « tourna toutes ses pensées â terminer; » enfin, pour ne rien omettre, même de douteux, un que après proposa^ dans le sens de dit, ouvrit tavis, aux lignes i5 et i6 ; un en après décret, trois lignes plus loin. Il n'y a rien la, on le voit, et de semblables pages abondent, c'est le plus grand nombre, il n'y a rien de grave, d'étrange, rien qui distingue notablement, profondément la langue d'alors de celle d'aujourd'hui.
De Malherbe à nous, il y a, si nous remontons à sa naissance, pins de trots siècles; il y en a deux et demi, à partir du temps de son énergique activité et autorité. De Montaigne à lui, nous l'avons dit, la distance est, en comparaison, bien petite, presque nulle. Cest en i58o que parurent les deux premiers livres des Essais; en i588, le troisième et dernier : notre auteur put les lire, les uns à vingtcinq ans, l'autre à trente-trou. Eh bien! si nous comparons leurs deux proses, aussi grande, pour le moins, plus grande même ordinairement, est la différence entre Malherbe et Montaigne, que oeDe qui distingue Malherbe, je ne dis pas du premier venu des écrivains de notre temps, mais de ceux d'entre eux qui ont gardé les bornes et saines traditions du langage. Disons au reste, en passant, que, dans Montaigne aussi, nous trouvons des pages (on peut prendre, sîl'oD veut, pour exemple son avb Ju lecteur) qui, une fois ramenées pour rortbographe à notre usage, n'ont presque rien qui étonne ou dépayse un lecteur d'à présent. Mais, chez Montaigne, on peut dire, je crois, que c'est l'exception; chex Malherbe le peu de distance de lui à nous est chose constante. Ce que nous disons de la prose