L'ÉCOLE »ES PÉRÈS
fIfeaBanencBr ; et c'est k vous à réparer les malheiin de Totre ^. Je sub parti de fiu& loin que vous; et atec de \êl probité , ft» trarail et mes leçons > il vous est facile d'aller ^^ms ioni fnemoî.
La situation d'un Toyageor aux pieds duquel vient de tomber h foudre n'est pas comparable à celle de Volnj. Qvoi ! mon père , luiné sans ressource ! -^ Vous êtes , mon fils , la seule qui me reste, et je n'ai plus d'espérance qu'en vous. Allez, consultes- TOUS vous-même , et laissei-moî prendre des arrangemens con* iomies à notre malheur.
La nouvelle en fut bientôt publique. La maison de Paris fut louée , les équipages furent vendus ; un simple carrosse , un \o^ fpnent modeste , une table frugale , un domestique réglé sur les ksoms d'une vie bonnête, tout annonça ce revers de fortune; et il n'est pas besoin de dire que le nombre des amis de Timante ^inna conaidéraUement.
Ceai de Volnj furent temcbés de son accident. Qu'est-ce donc ? hi dit l'un d'eux : ton père est ruiné , m'a-t-on dit. — Il est trop irai. — Quelle folie ! Tu n'as donc plus ta petite maison ? — Héla»! non. — J'en suis désespéré; je comptais y aUer souper de* main. Un autre l'aborda , et lui dit : Conte-moi donc un peu tout cela : ta fortune est culbutée ? «— Elle est du moins réduite à peu de chose. — Tu as là un përe bien maladroit ! de quoi diable vat-il se mêler ? tu te serais bien ruiné sans lui. Je suis désolé , kii dit un troisième : on dit que tu as vendu tes jolis chevaux? — • Hélas! oui. — Si je l'avais su , je te les aurais achetés. Voilà comme tu es , tu ne te souviens jamais de tes amis dans l!occa— fion. — J'étais ooctipé de choses plus sérieuses. — De ta petite » n'estr-ce pas 7 tu ne Tauras fins sur ton compte ; mais vous serez toujours bons amis : console-toi ; je sais qu'elle t'aime ; elle aura de bons procédés. Quelques uns lui dirent en passant : Adien , Tolnj ; et tous les autre» l'évitèrent. •
Pour sa maitresse qu'il avait enrichie , elle fîit si affligée , qu'elle n'eut pas le courage de le revoir. Eparg&e»-moi , lui écrivit-elle ; vous connaissez ma sensibilité , votre vue me ferait une impresâon trop douloureuse. Je ne me sens pas la force de la soutenir. Ce fvA alors que l'âme pénétrée et de la froide légèreté de sea aoiis , et de l'indigne abandon de sa maîtresse , Volny , pour la première fois, vit tomber le voile qu'il avait sur les yeux. Oil étais-je? dit-il, qu'ai-je fait? Comment allais-je passer ma vie? Ah ! quels reproches ne mérité-je pas ! quels torts n'ai-je pas à réparer? Allons voir ma sœur , ajoute-t-il ; car il n'osaii se dire ) aUons voir Angélique.
Lucie fut accablée de la nouvelle que son père vint lui an-^ 2. la
noncer. Ce m'eat pas pour moi , disait-elle ; je suis bien ; et pour être heureuse loin du monde , il faut peu de chose ; mais vous , mon père , mais yoln3t I -*- Que veux-tu , ma fille ? je n'étais p^s ne dans l'opulence oii je me suis vu. Si mon fils est sage , il aura encore assez de bien ; s'il ne l'est pas , il en aura trop. La douleur de Lucie redoid>la en voyant son frère. Je n'ai pas le courage de te consoler y lui dit-elle ; mais je vais appeler à mon secours notre sage et tendre Angélique. — Oh ! non , ma sœur ; je n'ai pas mérité qu'elle s'intéresse à ma peine : c'est dans le temps que j'avais à l'honorer par des sacrifices qu'il fallait me rendre digne de son. estime et de sa pitié ; aujourd'hui que tout m'abandonne y mon r^our, humiliant pour -moi , n'a plus rien de flatteur pour elle. Comme il parjiait ainsi , Angélique vint d'elle-même ; et avec l'air le plus touchant , elle lui témoigna toute sa sensibilité à la perte qu'il avait faite. C'est un grand malheur pour votre père , ajoutât-elle , c'en est un pour cette chère enfant ; mais c'est peut-être un bien pour vous. Il y aurait de la dureté à vous affliger par des reproches quand on vous doit des consolations ; mais vous pouvez tirer de la perte de vos biens un fruit plus précieux que ces biens mêmes. — J'en abusais , le ciel m'en punit ; mais il m'en punit trop Cruellement , en m'ôtant l'espoir d'être à ce que ^j'aime. J'étais jeune , et j'ose croire que , sans cette leçon désespérante , le temps, l'amour et la raison m'auraient rendu moins indigne de vous. «— Je vous vois abattu y lui dit-elle : ce n'est plus de la présomption , c'est du 4iécouragement qu'il faut vous préserver ; et ce qu'il eût été dangereux de vous avouer dans la prospérité , vous avez besoin de le savoir dans l'infortune. Soit qu'il ne me fût pas possible de penser mal du frère de mon amie , soit que vous m'eussiez inspiré vous-même cette prévention qu'on ne rai^nne pas , j'ai cru démêler en vous , à travers les erreurs et les vices de votre Age y le fond d'un bon naturel.
Heureusement , vos erreurs passées n'ont rien de honteux aux yei^x du monde : le chemin de l'honneur et de la vertu est ouvert pour vous ; et il vous est plus aisé que jamais de devenir tel que je souhaite. Du côté de la fortune y le révers que vous éprouvez est accablant. Je ne vous ferai point l'éloge déjà médiocrité : quand on s'est vu riche , il est humiliant , il est dur de cesser de l'être ; mais le mal n'est pas sans remède. Conformez-vous à votre situation présente ; sortez de l'oisive mollesse où vous avez été plongé ; que l'amour du travail prenne la place du goût de la dissipation ; faites tout ce qui dépend de vous , si vous m'aimez , pour rétablir entre nous cette égalité de fortune qu'on exige dans les mariages. Mon père , qui m'aime , et qui ne veut pas que je sois malheureuse 9 me laissera , je l'espère y la liberté de vous attendre. Si
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dans six ans votre fortune est rétablie , ou sur le point de se rétablir , tous les obstacles seront aplanis ; si , avec de la sagesse , de 'économie et du travail , vous aves le malheur de ne pas réussir, je n'exige de vous alors , pour tout bien , que d'avoir la considération de votre état. Je suis fiUe unique , très-riche moi-même; je me jetterai aux pieds de mon përe, et j'obtiendrai qu'il me permette de dédommager un homme estimable de l'injustice du sort. Lucie alors ne put s'empêcher d'embrasser Angélique. Ah ! que tn es bien nommée ! lui dit-elle. Il n'y a qu'un esprit céleste qui soit capable de tant de vertu. Volny , de son coté , dans l'attendrissement et le respect dont il était sabi 9 appliqua sa bouche , en se prosternant , sur le barreau de la grille oii la main d'Angélique avait touché. Mademoiselle , lui dit-il , voiis me rendez chère mon infortune ; et je vais employer ma vie à mériter , s'il est possible , les bontés dont vous m'accables. Permettez-moi de venir souvent puiser auprès de vous le courage , la sagesse et la vertu dont j'ai besoin pour vous mériter.
n se retira, non pas tel qu'autrefois , glorieux et content de luimême , mais humilié , confondu d'avoir si peu connu le prix du cœur le plus noble que le ciel eiU formé. Il entre dans le cabinet de son père. Votre fortune est changée , lui dit-il , mais votre fils l'est encore plus ; et j'espère qu'un jour vous bénirez le ciel du revers qui me rend à mes devoirs et à moi-même. Daignez infinstmire et me guider ; appliqué , laborieux , docile , je vais être le soutien et la consolation de votre vieille.^se ; et vous pouvez dbposer de moi. Le bon homme enchanté dissimula sa joie , et se contenta de louer de si bonnes dispositions. 11 présenta son fils à ses correspondans , et leur demanda pour lui leur amitié et leur confiance. On plaint surtout les infortunés qu'on estime ; et chacun, touché du malheur de ce galant homme , se fit un honneur de le consoler.
Volny , qui reprit le nom de TimaUte , eut toutes les facilités possibles dans ses premières opérations : son habileté , qui d'abord n'était que celle de son père , et qui dans peu fut réellement la sienne , fit croître à vue d'œil son crédit. Les momens de repos que son père l'obligeait de prendre , il les passait auprès d'Angélique ; et il avait un plaisir sensible à lui raconter ses progrès. Angélique , qui s'attribuait en partie le changement prodigieux qui s'était fait dans son amant , jouissait de son ouvrage avec la double satisfaction de l'amour et de l'amitié. Lucie était en adoration devant elle , et ne cessait de lui rendre grâce du bien qu'elle leur arait fait.
Un jour que son père vint la voir , et qu'il se louait avec elle des cons<dations que lui donnait son fils : Savez-vous , lui dit
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Lucie 9 à qui nous devons ce retour 7 à la plus belle , à la plus vertueuse -personne qtii respire , à la fille unique d'Alcimon , xna camarade et mon ^mie. Alors elle lui raconta tout ce qui s'était passé. Tu m'attendris , dit le boa honune : je veux connaître cette fille charmante. Angélique vint , et reçut les éloges de Timante avec une modestie qui relevait encore sa beauté. Monsieur , lai dit-elle , je dépends d'un père ; mais il est vrai que s'il a la bonté de me laisser disposer de moi , et que vous soyez content de votre fils , je ferai gloire de devenir votre fille. Mon amitié pour L.acie m'en a inspiré le premier désir , mon respect pour vous y ajoute encore ; vos malheurs mêmes n'ont fait que m'intéresser davantage à tout ce qui peut vous en dédommager ; et si la conduite àë votre fils est telle que vous le souhaitez et que je le désire , qu'il soit riche ou qu'il ne le soit pas , l'usage le plus honorable et le plus doux que je puisse faire de ma fortune y c'est de la partager avec lui. Peu s'en fallut qu'à ce discours le bon homlne ne laissât échapper son secret ; mais il eut la prudence de se retenir. Je ne croyais pas y lui dit-il , mademoiselle , qu'on pût augmenter , dans l'àme d'un père , le désir de vdir dans son fils un homme sage et vertueux ; mais vous ajoutée un nouvel intérêt à celui de l'amour paternel. Je ne sais ce que le ciel ordonnera de nous ; mais i dans tputes les situations de la vie et jusqu'à naon dernier soupir, soyes bien sûre de ma reconnaissance.
Que tu ne m'aies pas confié , dit-il à son fils en le revoyant , les folies de ta jeunesse , j'en suis peu surpris , et je te le pardonne ; mais poun{uoi me cacher un penchant vertueux ? pourquoi ne pas avouer à ton père l'amour que tu avais pour Angélique , la fille de mon ancien ami ? Hélas , dit le jeune honune , n'ave»vous pas assez de vos mallieiu*s , sans vous affliger de mes peines ? Et qui vous a révélé mon secret ? — Ta sœur y Angélique ell^méme : j'en suis e: chanté , j'en suis amoureux , et je veux qu'elle soit mat fille. — Ah ! je le veux bien aussi ; mais combien sa fortune est au-dessus de la mienne ! — Avec le temps , tu peux en approcher. Vois assidûment cette fille aimable. — Je ne vois qu'elle , et je n'ai plus d'autre ambition dans le monde que d'être digne d'elle et de vons.
Timante goûtait une satisfaction inexprimable à voir tous les jours le succès de l'épreuTe oii il Pavait mis. Il eut la constance de le laisser , pendant cinq ans , s'appliquer sans relâche à rétablir sa fortune , détaché du monde , et partageant sa vie entre son cabinet et le parloir d'Angélique. Enfin , voyant l'habitude bien prise , et tous les anciens germes du vice étouffés , il alla voir Alcimon. Mon ancien ami , lui dit-il , vous avez , je le sais , ime fille charmante ; je viens vous proposer pour elle un parti cpn-
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feiable du côté de l'état , et avantageux du coté de la foftfuie. Je fous suis obligé , dit Alcimoo ; mais je vous préviens que je veuit BB IftOBiine du même état que moi et qui s'honore de m'appeler son père ; je n'ai pas travaillé toute ma vie pour donner à ma fille ■a époax qui rougisse de moi . Précisément , reprit Timante , edni que je propose est ce qui vous convient. Il est riche , il est honnête , il vous respectera toujours. — Quel est-il? — Je ne puis vous le dire que chez moi , où je vous invite k venir renouveler , le verre à la main , une amitié de quarante ans. Faites-moi la grâce d'y amener Angélique. Ma fille, qui est sa camarade de oiHiTent , aura f honneur de l'accompagner. Vous verrez l'un et* Fautre le jeune homme qui la demandé ; et, pour vous mettre plus à votre aise , il ne saura pa$ lui-même que ye vous ai parlé de lui. Le jour pris, Alcimon et TimaUte vont chercher Angélique etLucie, On arrive, on va se mettre à table, on fait avertir le fils de la maison, qui, occupé dans son cabinet, ne s'attendait à rien moins qu'au bonheur qu'on lui préparait. Il entre ; quelle est sa surprise! Angélique ches lui ! Angélique avec son père !'Que croire , qu'espérer de ce iende»*vous imprévu ? pourquoi lui en a-t-on fait un mjstëre ? Tout semble lui annoncer son bonheur ; mais son bonheur n'est pis vraisemblable. Dans cette confusion de pensées, il perdit l'auge de ies sens. Un étourdissement soudain répandit sur ses yeux un nuage ; il voulut parler , la voix lui manqua ; et une iadiaatîbn profonde exprima seule au père et à la fille combien il éiait pénétré de l'honneur que son père et lui recevaient. Sa sœur , qui vint se jeter dans ses bras , lui donna le t^nps de revenir de son trouble. Jamais embrassement ne fut si tendre : il croyait tenir dans son sein Angélique avec Lucie , et il ne pou-* vaîl s'en détacher.
A table , Timante fut d'une joie dont tout le monde était surpris. Alcimon , préoccupé de la demande qu'il lui avait faite , et impatient de voir arriver le jeune homme qu'il lui proposait , . ne laissa pas de se livrer au plaisir de se retrouver avec son ami ; il eut même la bonté de causer avec le jeune Tiiuante. Je vois , loi dst-il , que vous faites la consolation de votre père. Qa parle de votre application au travail et de vos talens avec éloge ; et tel est l'avantage de votre état , qu'un habile et honnête honime ne peut manquer d'y réussir. Ah ! mon ami , reprit le vieux Timante , il faut bien du temps pour y faire sa fortune , et Inen peu pour la ruiner ! Quel dommage de n'avoir plus la mieiuie à vous offrir ! Au lieu de vous proposer un étranger pour éponx de cette aimable fille , j'aurais sollicité ce bonheur pour mon fils. Je l'aurais préféré à tout autre , dit Alcimon. — En vérité ? — Rien n'est plus sincère ; mais vous savez que quand on
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s'expose k avoir une nombreuse famille , il faut avoir de quoi la sauteoir. S'il ne tient qu*à cela, dit Timante, la chose n'est j>aa désespcTce , et il y a moyen de nous accorder. En disant ces mots , il se leva de table ; et revenant l'instant d'après : Tenez , dit— il , voilà mon portefeuille ; il est encore assez bien garni. £t voyant la surprise d'Alcimon : Apprenez , ajouta-t-il , que ma ruine est une fable. Ce jeune homme avait été gâté par l'idée qu'il était né riche ; pour le corriger , je n'ai su autre chose <]ue de faire croire que j'avais tout perdu. Cette feinte m'a réussi : le voilà dans le bon chemin ; je suis méoke sûr qu'il n'a pas envie de retomber dans les erreurs de sa jeunesse ; il est temps de se fier à lui. Oui , mon fils , j'ai le bien que j'avais , augmenté de cinq ans d'épargnes , et du fruit de votre travail. Cest donc f our lui y dit-il à son ami , que je vous demande Angélique ; et s'il fallait quelque nouveau motif pour vous engager à me l'accorder, je vous avouerai qu'il l'a vue au couvent, qu'il a conçu pour elle l'amour le plus tendre, et que cet amour a
Îlus fait que le malheur même , pour l'attacher à ses devoirs. 'ant que Timante n'avait fait que sonder les dispositions du père d'Angélique , elle , son amie et son amant , n'avaient éprouvé que rémotion et le trouble de l'espérance et de la crainte ; mais à la vue du portefeuille , à la nouvelle que la ruine de Timante était une feinte , à la demande qu'il fît lui-même de la main d'Angélique pour son fils, Lucie, égarée et hors d'elle-même , vola dans les bras de son père ; le jeune Timante , encore ploft éperdu, tomba aux genoux d'Alcimon; et Angélique, la pâleur sur le visage , n'eut pas la force de lever les yeux. Alcimon releva le jeune homme en l'embrassant ; et se tournant vers le vieux Timante : Mon ami , lui dit-il , quand on voudra ménager des surprises agi^éables , c'est de vous qu'il faut prendre leçon. Allons | vous êtes un bon père , et votre fils mérite d'être heureux.