‹ Œuvres de MarmontelChapitre 21 sur 34 · NOUVEAUX · texte numérisé non relu

NOUVEAUX

Un soir , durant les troubles de Paris , une société d'amis retirée k la campagne, après s'être inutilement fatiguée de réflexions et de prévoyances , cherchait quelques moyens d'y faire diversion , quand la maîtresse de la maison , madame de Yerval , qui aimait les contes , et qui avait elle-même le talent de conter avec beaucoup de naturel et d'agrénaent , proposa une ronde oii chacun à son tour rappellerait l'événement de sa vie le plus heureux, ou l'un des plus heureux, hormis les aventures dont on ne fait pas confidence.

La proposition fut goûtée , et il fut décidé que les plus jeunes commenceraient. Ah! maman , que ce ne soit pas moi qui commence, dit Juliette , je n'en aurais pas le courage. A la bonne heure , dit la mère : Dervis , votre cousin , va vous apprendre à vaincre cette timidité , qui n'est pas toujours de la modestie. Vraiment , dit tout bas Juliette, un avocat du roi parle quand il lui plait et comme il lui plaît. Moi , je ne plaide point , et je n'ai jamais fait des contes. Et puis , il a vingt-trois ans passés , monsieur Dervis , et moi je n'en ai pas dix-huit : la différence est grande.

Dervis , qui s'était recueilli pendant cet aparté , prit la parole.

Si mon père , dit-il , veut me permettre de parler de lui , je dirai ce qui , dans ma vie , m'a le plus agréablement et le plus vivement touché. Voyons , dit le sage Ormesan : il est permis de parler de son përe , à moins qu'on n'en dise du m^l ou trop de bien ; et Dervis commença.

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