OLYMPE
Ce fut aussi à peu de frais , dit-elle , que je fus heureuse moi-* même toute cette belle saison , la dernière ^ hélas ! que ton père devait passer dans ce séjour, oii il se plaisait tant I
Ces mots furent suivis de quelques momens de silence ; et un nuage de tristesse se répandait dans la| société. Olympe , qui s'en aperçut , voulut le dissiper : elle reprit ainsi.
Ma fille vous a dit que Susanne avait deux enfans, le frère de lait de ma fille , Marcellin , le plus éveillé des garçons du village , et Louise , sa sœur aînée. Louise était jolie ; mais elle avait surtout un air de candeur, d'innocence qui laissait voir toute son âme comme à travers une glace pure. Si on voulait peindre l'ingénuité , on lui donnerait ce regard. On voyait que l'idée de dissimulation était étrangère à Louise ; le mensonge n'avait jamais terni son heureux naturel; et la vérité sur ses lèvres semblait n'attendre , pour s'échapper, que le souffle de la| parole. De tous les caractères de la beauté dans une femme , c'est à mon gré le plus touchant* Aussi Louise , en paraissant dans le village de Yerval , y fit-elle bien des conquêtes.
Je donnais à danser tous les dimanches dans la cour du château; et au milieu de la jeunesse que les violons y rassemblaient , Louise , sans s'apercevoir qu'elle fût distinguée , attirait tous les yeux. Mais son aimable modestie lui faisait pardonner, même par ses compagnes , la gloire de les effacer : car l'envie n'est
pas t0ii)oufv aiussi injaste qu'on le pense ; et les avantages qui % i>le69efit «ont le plus souvent ceux dont on fait vanité. Loin d^ 41
prévaloir des siens pour humiKer ses compagnes, Louise toujours l'air de s'oublier seule \ et de céder aux autres les homjnages qu'on lui adressait. A dire vrai , tous ces hommages ta tî chaient peu ; et entre vingt rivaux que je voyais timidement pressés autour d'eUe , se di^uter le bonheur de lui plaire , un obtenait quelquefois la faveur d'un sourii^ , ou celle d'un regstrd doucejtient prolongé. C'était le jeune Ëloi , le fils atné de mon fermier, l'exemple du village pour les vertus de son état , dont R avait la plus noble idée. Je l'avais vu quelquefois au travail ; â était glorieux de mener la charrue. Vous auriez dit qu'il commandait à la terre d'être féconde ; et lorsqu'il arrivait , debout sar son chariot chargé de* gerbes , la tête haute , le regard assuré, Vmir triomj^nt , vous auriez dit qu'il se croyait sur le troue de l'aboti^ dance. M. de Verval l'avait pris en amitié ; et , en félicitant son père : Vincent, lui disait'âl , vons êtes un brave homme ^ un bon cultivateur; mais votre fils vous vaudra bien. A cet éloge , E]ot, sérieux et modeste, baissait la tête et la relevait fièrement. Tel était l'amant de Louise.
Au village , comme à la ville , la malice et la jalousie ont les yeux pénétrans. Bientôt on s'aperçut et l'on se dit tout bas que le choix de Louise était fait dans son cœur, et qu'Eloi serait préféré. Ce bruit vint jusqu'à moi ; et je fis appeler Louise.
Ma fille , lui dis-je , on m'apprend que votre modestie , votre bon naturel, surtout les tendres soins que vous rendes à vos parens , vous font chérir dans le village , et font souhaiter k toutes les mères de vous donner pour épouse à leurs fils. Elles sont bien bonnes, madame, de penser à moi , me dit-^lle. — Mais vous, Louise , ne seriez-vous pas flattée de rendre heureuse quelqu'une de ces mères ? — Après la mienne , celle à qui je souhaite le [il us de bien , madame , c'est la bonne Augustine , la femme de votre fermier. Elle me fait tant d'amitiés ! — J'en suis bien aise. Et soil mari ? — Ah ! madame , l'excellent homme ! — Ils ont une fille de votre âge. — Oui, madame , Cécile , c'est ma meilleure amie. — Elle a un frère qui, quoique jeune, est déjà un homme estir mable. — Oui, madame, bien estimable (et, à ces mots, deux belles roses s'épanouirent sur ses deux joues ). — On dit, Louise , qu'il vous estime aussi beaucoup. — Il me semble qu'oui , madame , et je le crois. •— Mais , Louise , à votre âge , lorsqu'on s'estime tant , on n'est pas loin de s'aimer. — Oh non , madame ,* on n'en est pas loin ; et dès que nos parens voudront bien le permettre , nous y sommes tout disposés. — Vos parens savent-4Is ce que vous pensez l'un de l'autre? — Certainement, madame : je l'ai
LA VEILLÉE. ^ SSg
«lit à ma xam; je n'ai rien de caché pour eUe. Et lui ; des b troi* sième fois que nous dansions ensemble , dans la cour du château, ne confia-4-il pas son secret à son père? Tenex, mon père , lui ditil, en lui passant le bras autour du cou, remarquez cette jeune fille : ce sera votre bru y ou bien vous n'en aurez jamais. Le bon père sourit en me regardant , et lui dit : Rien ne presse ; encore q[uel<|nes moissons , et nous verrons cela. • — £t Susanne , qu'en pense-t-elle ? — Que je ne suis pas assez riche, et que Vincent voudra du bien. — Cependant, dites- vous, £loi a déclaré qu'il ne voulait que vous pour femme. — Oui , mais si son père commande , il faudra qu'il obéisse et je saurai bien l'y obliger. N'obéiraÎB-je pas à mon père , à ma mère , s'ils disposaient de moi,?
Je fus , comme vous croyez bien , satisfaite de ce dialogue ; et je le répétai à M. de Verval. Laissea-moi, me dit-il, entamer la négocnation. Je veux d'abord parlerai Baptiste. Il l'alla voir à son moulin. Baptiste , lui dit-il , savez-vous que votre fille et le fils du fermier ont l'un pour l'autre beaucoup d'estime ? Vraiment oui , dit Baptiste, de cette estime dont M. le curé ferait b;en vite de Ta*mour. Je l'ai dit au fermier. Il m'a répondu qu'à leur âge l'^unoul' était de garde ,' et que deux ou trois ans , au lieu de le gâter ^, le mûriraient et le rendraient meilleur. Le vrai , M. le comte, ajouHi Baptiste , c'est que Vincent, avant de marier son fils, veut s'assure^ d^un nouveau bail. Il voit que dans tout le pays le prix des baux augmente considérablement. H pense bien que vous aliez faire monter celui de votre ferme ; il a des envieux ; ils ne manqueront pas de renchérir sur lui ; et c'est là ce qui l'inquiète. Vincent doit bien savoir, dit M. de Verval , que je ne suis pas un arabe ; et il le vit le lendemain.
Eh bien ! lui dit-il , la récolte nous promet-elle d'être bonne ? Elle promet, dit le fermier ; mais elle est si souvent trompeuse 1 Quelquefois à la veille d'une belle moisson, un vent, un Orage, une grêle ravage tout. En vérité , le pauvre laboureur, en se doumaint bien de la peine , en a souvent bien peu de fruit. Cependant, reprit mon mari , le prix des baux augmente ; et j'espère bien que celui que nous allons renouveler... — Ah! M. le comte , épargneznous. Vous êtes si juste et bon ! vous venez d'enrichir une honnête famille ; n'en ruinez pas une qui jusqu'à présent vous a servi de si bon cœur. Tu veux parler de Baptiste , mon meunier , reprit le comte ; et tu me fais penser que sa fille et ton fils ont de l'amitié Fun pour l'autre. Hélas ! oui , dit le bon fermier ; mais le moyen d^exposer ses enfans au malheur d'en avoir eux-mêmes , lorsque l'on n'a rien d'assuré ! Tu parles en bon père et en homme sage , reprit le comte. Mais , Vincent , si un nouveau bail de neuf ans €a8sarsdx ma ferme au prix du bail couinant; et si un autre bail ,
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pour la dot de Louise , te l'assurait neuf ans encore as. i
prix? Ah! le plus généreux des hommes, s'écria le fennÂerj
disposez de mon fils ; les baux et le contrat , je signerai tout I
la fois.
Tout est conclu , me dit le comte en revenant : j'ai la parole de^ deux përes; et pour cela je n'ai promis que ce que j'aurais fait cela. Je n'avais nulle envie assurément d'ajouter ma propre a rice à celle de la terre, qui vend déjà si chèrement ses dons aux pauvres laboureurs. Mais puisqu'entin c'est pour eux un l>ieiifiKÀ que de les laisser dans l'aisance, j'ai cru pouvoir j faire participer Louise, enrichir ma ferme de deux heureux de plus.
Ma fille, à l'instant même, en alla porter la nouvelle à Susanne; mais Vincent l'avait devancée ; et Juliette trouva au moulin les deux familles rassemblées , les deux amans se regardant l'on l'autre avec des yeux humides de tendresse et de joie, les pères se serrant la main, les mères s'embrassant , et Marcellin, lui seo/, d'un air pensif et triste, retiré dans un coin et regardant Cécile, qui, la tête appuyée sur l'épaule de Louise, n'osait regarder Marcellin.
Ma fille avait été frappée de ce tableau. Elle vint me le peindre; et je dis en moi-même : Voilà encore un mariage à faire; mais ceci n'est pas si pressé, Marcellin n'a que dix-sept ans.
Le lendemain , Susanne vint se jeter à. mes genoux; et après i'efifusion de sa reconnaissance : Eh bien, madame, le croires-vous, me dit-elle? ma joie, toute vive qu'elle est dans ce moment, n'est pas sans amertume. Ce petit fou de Marcellin se désole de voir marier sa sœur avant lui. S'il ne s'agit que d'être amoureux, il l'est , dit-il, mille fois plus de Cécile, la s^ur d'Eloi, qu'EIloi ne l'est de Louise, sa sœur. J'ai voulu me moquer de lui; mais il m'a dit qu'aa lieu de rire je pleurerais bientôt d'avoir désespéré ce pauvre Marcellin , qui aimait tant son père et sa mère; et, en fondant en larmes , il est retourné au travail.
Il faut le consoler, lui dis-je. Que ce soit lui qui demain matia m'apporte la crème du déjeuner.
Il arriva si pâle et si abattu que j'en eus pitié. £st-<:e toi, Marcellin, lui dis-je? Je suis bien aise de te voir. Mais tu n'as pas l'air aussi content et aussi gai que de coutume. Non , me dit-il , madame , il n'y a plus de gaieté pour moi. On veut que je sois triste; et ce n'est pas ma faute, car je ne demandais pas mieux que de me réjouir. — Qu'est-ce donc qui t'afflige? — ^Vous le voy es, madame, c'est ma sœur qu'on marie; on s'empresse à la rendre heureuse; et moi, on me rebute, on m'oublie , on me laisse là, moi, le frère de lait de (mademoiselle Juliette ! Ah, madame! il m'est bien cruel de voir que, pour ma sœur, on me dérobe vos bontés!
LA VEILLÉE. ■ 36i
^-«-Notiy Marcellin, tu auras Ion Ipur; iiiai5 ta es si jeune encore! — Hélas, ouif'je suis jeune, on me le dit sans cesse; mais pour se marier faut-il être si vieux? J*aûi , madame, vous le savez , neuf mois plus que mademoiselle. £t demandez si du matin au soir à la vigne, au moulin , partout , je ne fais pas le travail d'un homme, Ce n'est pas quand je mets la main à la houe , 'à la bêche , ni quand j'enlève ccanme une plume un sac de blé , qu'on me croit an en- &nt. — Je sais que tu es laborieux, et que tu soulages ton père. — ' Mon père ? Ah ! je me vante qu'il aurait bientôt pu se reposer si ' j'avais eu le cœur content. Mais , madame , si vous saviez comme le chagrin rompt les bras ! £t quand j'aurai perdu la santé, le courage, qni l'aidera ce pauvre père? Et ma mère! Vojez , ma-" dame 9 quand sa fille l'aura qoittée, voyez-la seule dans «on mou^ En, ayant toute la peine, tout le soin du ménage ! Au lieu que si elle avait une jeune bru qui serait là, comme sa 'fille, elle n'aurait ^ qu'à lui ordonner : Cécile > ayez soin du troupeau ; Cécile , cueillez .la laitue; Cécile, allez porter le lait et la crème au château > faites ceci , feitesçela , puis telle «hose et puis telle autre ; et Cécile , toujours obéissante , caressante, empressée à lui plaire 9 à la servir ! et moi , revenant le soir de l'ouvrage , et trouvant pour me délasser une fenmie agréable , qui me dirait : Viens , mon ami , viens te reposer près de moi.- Quel bonheur ! quelle diffé-' rence ! d'y penser seulement 'Cela me fait tressaillir le cœur. — *- C'est donc Cécile , la fille du fermier, que tu voudrais donner pour compagne à ta mère ? — Oui , ntadame , et qui donc ? ^ On ne m'avait pas dit que tu étais épris de Cécile. — Vraiment # * je le erois bien. Est-ce qu'on pense •à moi ? Est-ce qu'on en dit quelque chose ? r— Tu le cachais peut-être. — Oh ^ mon dieu , non ; je l'ai dit à tout le village. — Et Cécile? a-t-elle pour toi la même inclination ? — La même , non ; mais cela commence. D'abérd toutes les fois qu'elle me voit passer devant la ferme, un petit salut d'amitié : Où vas-tu , Marcellin? d'où viens-tu , Marcel- ■ lia ? Vous pensez bien , madame , qu'on ne fait' pas cette faveur à tout le monde. Et puis, ce nom de Marcellin a dans sa bouche un aon si doux , si gracieux ! on dirait que ses lèvres se plaisent à le caresser. Oh ! si , de son coté , l'amour n'est pas venu encore , il n'est pas loin, j'en suis bien sûr. D'ailleurs, c'est mon aiFaire. Qu'on me la donne seulement , le reste me regarde. Je l'aitne ^ tant qu'il y aura du malheur si je ne m'en fais. pas aimer. — ^ Mais , Marcellin , Cécile a deux ans plus que toi. — Tant mieux, madame ! elle en sera plus raisonnable ; et , si je ne le suis pas assez , elle le sera pour nous deux. — Son père aura bien de la peine à lai donner un mari aussi jeune ! — Qui , c'est là ce que <)it ma jnère. Mais si monseigneur le voulait bien / il n'aurait qu'à a. «4
i^ CONTES MORAUX.
dire 3eux mqU. Tenez ^ madame, si j'étais que de lui, je venir les deux pères, et je dirais à mon meunier : Baptiste, content de ton fils Marcellin? Oui, monseigneur, diraiit père : cela promet de valoir quelque chose; cela travaille de volonté , cela n'a point de vice ; cela sait comme on doit chén ses père et mère, et comme on doit aimer sa femme et ses enfans; cela doit faire un bon mari. £t toi , Vincent, dirais-je, ne pense» tu pas bientôt à marier ta fille ? Voilà un gendre sous ta maîa ; troc pour troc , les sœurs et les frères , rien de plus naturel; et les deux mariages ne feraient qu'une noce. Qu'en penses-tu ? ^>- Ahl M. le comte, Marcellin est bien jeune ! — 'Bon! laisse dire les envieux, les médisans: jeunesse n'est pas vice. Marcellin est Inmnéte , il est laborieux , et c'est ce qu'il faut en ménage. Ecoute , Vincent, si tu veux, je fais pour lui tout de même que pourEletf je passe en faveur de Baptiste et de son fils un bail à vie du petit domaine de la Cascade ; et voilà ta fille nichée ; et voilà le moulÎB peuplé d'une couvée de petits vignerons et de petits meuniers que protégeront mes enfans. £h bien , madame , je gagerais que les deux pèros consentiraient, et rendraient grices à monseigneur. — Tu t'expliques fort bien , lui dis-je. Va-t-en , et sois tranquille;, je parlerai pour toi.
Il a raison, dit mon mari, quand je lui contai cette scène ; le bail à vie est justement ce que je m'étais proposé; et j'entends bien que de père en fils le moulin soit leur héritage. Voilà pour nous encore un moyen bien facile de faire deux heureux; il ne - m'en coûte rien que le repas de noce. Vous, madame , ajes la bonté de prendre soin des deux trousseaux; et vous, ma fille, quand votre mère fera le trousseau de Cécile, souvenec-vous que « Marcellin a été sevré à neuf mois.
Le bail fut donc signé le lendemain. Mais la célébration des mariages fut différée de quelques- jours pour une cause dont on nous fit mystère.
A ces mots , le curé du village , qui était présent , voulait se retirer. Olympe le retint , et continua son récit.
Au même autel, à la même heure, les deux sœurs, les deui frères furent unis. La noce en fîit commune. Le festin se fit au château ; nous y invitâmes tout le village ; et le spectacle du bonheur des époux et des deux familles fut ce qu'il y eut de moins touchant.
Ce bon vieillard venait de les bénir ; il fut assis entre les deux mères^ leurs filles étaient auprès d'elles ; et vis-à-vis étaient la deux époux, chacun à côté de son père. Dès que tout le monde eut pris place , et que nous eûmes entouré la table du banqaet (car notre cercle était nombreux) , Vincent; avec une dignité
TÎHageofise qui nous iihprima le respect y se leva et dit ces paroles î Mes amis, ce bienheureux jour , que deux bons pères ont choisi pour unir leurs enfans, n'est pas seulement une fête pour deuc familles , c'est une fête pour le village , c*est notre fête à tous tant que nous sommes. Il y a aujourd'hui cinquante ans que notre bon pasteur , cet homme vénérable , notre ami , l'ami de nos përes , l'ami de nos aïeux , qui nous a presque tous vus naître , qui nous a reçus dans ses bras au mometit de notre naissance , qui depuis a veillé sur nous comme un fidèle et bon pasteur , il y a aujourd'hui cinquante ans qu'il est venu se mettre à la tête de son troupeau ; et y dans l'espace de tant d'années , il n'a pas laissé passer un jour sans nous faire du bien. Arbitre et conciliateur de tous les démêlés de La commune et de chaque famille , il a apaisé mîille plaintes , et n'en a excité aucune; il a terminé mille procès , et n'en a jamais eu aucun : les malheureux n'ont jamais eu de plus tendre consolateur, ni les pauvres un meilleur père. Enfin il j a cinquante ans que ses leçons et ses exemples nous enseignent à vivre en amis et en gens de bien. C'est son amour pour nous , c'est notre amour pour luiyfc'est cette manière d'alliance religieuse et sainte qui se re«* nouvelle aujourd'hui ; c'est à la noce de la paroisse que nous vous avons invités. Puisse-t-elle attirer les bénédictions du ciel sur le mariage de nos enfâns !
Quel fut, à ce discours, l'attendrissement de tout le village et le nâlre , c'est ce que je ne puis exprimer. Ah! qu'il vive^ncore cinquante ans, s'il est possible, s'écriait-on, le saint homme, le digne et veftueux pasteur qui n'a jamais fait que du bien. . Ah ! madame , cessez, s'écna-^-il. — Non, non , je veux tout dire. Plfcis attendri lui-même que vous ne le voyez (car ceci n'est qu'un souvenir ) , le bon vieillard était comme abimé dans son humble reconnaissance. Ses deux mains couvraient son visage, et des ruisseaux de larmes coulaient entre ses doigts. De temps en temps il regardait le ciel, soit pour lui rapporter ce tribut de louanges, soit pour lui présenter, lui recommander ses enfans.
Que vous dirai-je enfin ? cet incident inopiné se saisit tellement de tous les esprits et de toutes les âmes que les nouveaux époux s'oublièrent eux-mêmes. Les pères et les mères ne pensaient plus à leurs enfans. Susanne regardait de temps en temps Louise, mais c'était pour la voir sensible au triomphe de la vertu. Quant à moi, i mon émotion fut telle en ce moment , que je ne crois pas avoir éprouvé de ma vie une impression de bonheur plus vive et plus délicieuse; et , si les violons, n'étaient pas venus ramener l'enjouement et réveiller la joie , chacun se serait retiré de la noce en pleurant. Mais M. le curé fut le premier > à porter la santé des- ^oux, des pères et mères; et il ii'oublia pas la nftre. Le vin
égaya les esprits ; le chant rendit la scène encore plus animée i plus riante ; et la danse , au sortir de table , acbera la i^volutiot