‹ Œuvres de MarmontelChapitre 26 sur 34 · LE CURÉ · texte numérisé non relu

LE CURÉ

Qael fut le plus beau jour de ma vie, dit le curé; tous l'arei • entendu. Il faut donc que j'en rappelle un autre , moins heureux , mais heureux encore ; et le voici.

Nous avons dans ce voisinage un gentilhomme qui , après avipîr «en i son roi et sa patrie avec distinction , s'est retiré an sein de sa famille ^ décoré de ce beau prix de la valeur , que deux de se^ enfans ont déjà reçu comme lui. M. de l'Ormon, dit Olympe. — Oui, madame , lui-même; c'est de lui que je vais parler.

Né d'un père aussi brave , aussi estimable que lui , mais qui , s'étant ruiné au service, l'avait laissé sans biens, son unique espé* rance était l'héritage d'nn oncle dont il était aimé.

Cet oncle , homme de bien , mais bouillant et c(^re , comme le ^ont assez naturellement les bons cœurs , s'appelait M. deGJmicy,

MvmiX eu dHix frères , rOrmon et d'Orambré y l'un dissipateur , mire a^are. Chacun des deux avait laissé un fils ; l'Omion , mxEàe je TOUS Tai dit, un fils dénué de fortune; d'Orambré, nn 1^ opi:&lent. Pour lui, se croyant plus sauvage qu'il ne l'était , Boic|u'il le f&t uB peu j il avait prière le célibat au mariage , et it sa vie à la campagne 9 où il £siaait prospérer ses biens, oncles riches et sans enfans sont rarement négligés par leurs Heveux^ ; celui-ci croyait l'être par le jeune l'Ormon. 11 s'en plai- ^Miit souvent k moi ; et je tâchais de l'adoucir. La discipline en emps de guerre est si sévère , lui disais-je , et si gênante pour la lêniSLesse, ^'il est bien juste qu'un peu de liberté l'en dédommage eâ temps de paix. M. de l'Ormon vient vous voir rarement ,- il est vt*ai ; mais quand il est ici, je l'y vois gai, content, heureux de Tos bontés ; et il m'en a parlé souvent avec une âme sincèrement reconnaissante.

Belles paroles , me disait l'oncle ; je n'en crois que les actions. Voy es mon neveu d'Orambré : il est riche , il n'a pas besoin de mes bienfaits ; il n'en reçoit aucufi ; et avec quelle assiduité il me rend les devoirs que l'Ormon néglige.

£b bien , je gage , lui disais-je , que votre cœur ne laisse pas de pencher quelquefois du coté de l'Ormon. Sans doute , disait-il , parce qu'on a plus de penchant à aimer ceux qui ont besoin qu'on les aime. Mais c'est ce qui le rend plus inexcusable à mes yeux. • Une fois , comme il s'en plaignait avec plus d'amertume encore : l\|onsieur, lui dis-je, je vais vous paraître bien singulier ; mais je n'ai jamais su déguiser ma pensée. A Dieu ne plaise que je veuille diminuer dans votre estime le prix des assiduités et des complaisances de M. d'Orambré , ni jeter sur les sentimens qu'il a pour vous le plus léger nuage : je les crois d'autant plus louables qu'ils sont plus désintéressés ; mais si j'avais un neveu pauvre , je ne me plairais pas a le voir si empressé auprès de moi. Un air libre , aisé, naturel , écarterait de ma pensée les motifs et les prévoyances d'un héritier avide et vigilant. J'aimerais à le voir s'abandonner à mes bontés , sans les poursuivre avec trop d'ardeur. Ce qui con* vient à M. d'Orambré , ne siérait pas de même à M. de l'Ormon , et ces assiduités marquées , dont vous croyez qu'il se dispense , j'ai dans l'idée qu'il s'en abstient. Son âme noble a de la répugnance pour tout ce qui ressemble k l'adulation ; et il aime mieux, dans son état, mériter votre bienveillance par une conduite hono-* rable, que de paraître la cultiver avec l'impatience d'en recueillir les fmits.

A cela il me répondit qu'il connaissait mon faible pour M. de l'Ormon ; que je plaidais fort bien sa cause ; mais que le jugé , par malfieur, n'était» pas facile à séduire.. Je voyais cependant que

]e le soulageais en Faidant à lui pardonner. Quelquefois même m s'égayait sur ma morale complaisante ; et à l'indulgence aTec IM quelle je protégeais les jeunes libertins , il n'était pas éloî^é 41 croire , disait-il , que je leur avais ressemblé. Il m'appelait I^ docteur commode. Ainsi , du»moins pour quelque temps , son 1»-! meur était éclaircie , et son neyen rentrait en grâce auprès de lii£^ Mais un jour, qu'il m'avait invité à dîner , je le trouvai d'un sérieux morne et sombre , que je ne lui avais jamais vu. Je lui ev^ demandai la cause. Gonunençons , me dit-il , par dîner ii notre^ aise 9 après cela nous parlerons.

Le diner fut silencieux; et au sortir de table , s'étaât enfermé avec moi : Vous allez , me dit-il y apprendre à quel point je suû respecté de ce neveu que vous avez loué et justifié tant de fois. II est marié , il y a six mois , sans mon aveu , à mon insu. Si ceh' est , il est bien coupable , lui dis-je. Si cela est ! Oui , monneur , cela est , reprit-il , d'une voix tonnante , avec des yeux enflammés de colère. — Et conunent l'avez-vous appris ? —«Par la doulenr oii j'ai vu son cousin j et dont il me. cacbait la cause. Enfin je lui ai fait violence ; et, forcé d'obéir, il m'a tout avoué. L'Ormon est marié.. Il rétait en secret ; mais se voyant au moment d'être père, il a bien fallu prendre la qualité d'époux. Cestsans doute , lui dis-'je , im mariage de folie ; mais j'ose croire au moins qu'il aura fait un cboix dont vous n'ayez point à rougir. Oh non , dit-il , tout an contraire , j'ai lieu de m'en glorifier. Une chanoinesse fort noble assurément , et sans doute fort belle ; mais , comme lui , n'ayant , grâce au ciel , rien au monde , à moins qu'il ne lui reste dans quelque coin de terre un oncle oublié , méprisé , et qui lui laissera son bien. }

Et voilà , dis^je , Fécueil funeste oii le plus heureux naturel f la bonté , l'honnêteté même , toutes les espérances que donnait la jeunesse ne se brisent que trop souvent. Que l'honmie est fiûble à tous les âges , et qu'il est fragile à vingt ans !

Monsieur le curé , me dit-il , je vois le circuit que veut prendre votre éloquence insinuante; mais moi je parle sans détour. L'Ormon est un ingrat, et il l'est avec impudence. Je profère son nom pour la dernière fois. Ne m'en parlez jamais ; ou , malgré le tendre respect que j'ai pour vous, je ne vous verrais plus. Monsieur, lui dis-je en tombant à ses pieds , encore une dernière grâce..... H est peut-être , malgré les apparences , plus malheureux qu'il n'est coupable. Daignez l'entendre avant que de le condamner. Jamais , dit-il , jamais il ne paraîtra devant moi : je sais de lui ce que j'en veux savoir ; je ne le connais que trop bien.

Alors tout son feu s'étoufifa ; il devint calme et d'un finoid de glace i son esprit même reprit sa liberté y et ce qui me parut plus

tarnblé encore , il causa gaiement avec moi. Je vis que sa ré-

fàation était prise , et qu'il s'y croyait affermi. Mais le temps , la

nature et la religion re1>ranleraient peut-* être; il fallait les laisser «gû*.

Le jeune homme était en Alsace ; il n'était que trop vrai qu'il y était marié. Je l'appris bientôt par lui-même. Il m'écrivit qu'iri:évocablement déterminé à former ce lien, et intimement convaincu que M. de Glancy , son oncle , réviserait d'y consentir , il s'était vu réduit à la cruelle alternative de le former , ou à son insu , ou malgré lui ; et que de ces d^ux torts il avait préféré le moins ineffaçable. Il se recommandait à moi , .me suppliait, au nom de l'amour le plus saint, d'intercéder pour lui , et d'employer mon zèle à fléchir , s'il était possible , la colère d'un oncle justement irrité , mais toujours chéri , et qui serait pour lui , dans sa disgrâce même , l'objet du, respect le plus tendre. Il venait de loi écrire ; et il me confiait une copie de sa lettre , sans espérance , disàit-il , d'en obtenir la réponse affligeante et sévère qu'il méritait.

Cette instruction me donna lieu d'examiner , dans le silence et dans l'humeur de M. de Glancy, l'impression 'qu'aurait laissée l'humble et touchant aveu que lui faisait l'Ormon de sa faute et de ses regrets. J'observai : le calme oii il était tombé après la fougue de sa colère ne me parut point altéré. Son âme semblait impassible et ne plus s'affecter de rien.

D'Orambré vint le voir , et j'espérai que l'accueil qu'il lierait à ce neveu décèlerait en lui quelque ressentiment de l'offense de l'autre ; car ma plus grande peine était de l'y voir insensible. J'aurais préféré , pour M. de l'Ormon , le dépit le plus violent à ce' tranqi^ille et sévère oubli. Mais d'Orambré fut reçu comme de • coutume : ni plus , ni moins d'amitié pour lui ; seulement un profond silence , qui sans doute lui était prescrit sur l'existence de son cousin. Du reste , même nonchalance et même liberté dans tous nos entretiens. L'Ormon semblait anéanti dans le souvenir de son oncle. Trois ans s'écoulèrent sans qu'une seule fois son idée y parût revivre. • ^

Et cependant que devenait ce malheureux jeune homme , avec ,nne femme et deux enfans ? car il était père pour la seconde fois. Il lui était resté ^es del>ri$ d'une fortune ruinée , une mauvaise petite ferme , au-dessus de Corbeil et entre deux forêts , abandonnée aux. bêtes fauves. Il demanda , comme une grâce , la permission de l'enclore de haies vives et de fossés. Il l'obtint ; et sous le vieux toit de la maison attenante à la ferme y il vint, se retirer avec sa femme et ses enfans.

37a CONTES MO5IAUX. *

Nous nous 'écrivions fréquemment; et dans notre dance , loin de se plaindre de son infortune , c'était lui qû. consolait. Les émolumens de sa compagnie , une modique •qu'il avait obtenue pour une action distinguée , et le produit «om de terre qu'il avait su rendre fertiles l'avaient mis , ~ auo-dessus du besoin ; grâces au ciel , ce n'était plus que par sentiment trës-désintéressé qu'il regrettait les' bontés de son aussi en lui écrivant d^ux fois l'année , comme je lui avais mandé , ne s'eiprimait-il qu'en homme libre et en neveu tenêi sans lui parler d'aucun autre malheur que de celui d'aToti* lui déplaire. "^

Ajant appris enfin que quelques devoirs de mon état m'appeJ laient à Paris , il m'écrivit qu'il espérait bien qu'en passant sa la route voisine de Gorbéil , je ne lui refuserais pas de traverse^ la Seine pour l'aller voir dans sa retraite ; et je n'y aurais pi manqué. '

Il était dans les champs au moment de mon arrivée. Je fn reçu par une femme dont l'air et le maintien auraient décoré une cabane. Rien de plus simple que son vêtement, rien de plus noble et de plus touchant que le caractère de sa beauté. A mon nom , un léger nuage de tristesse parut se dissiper et laisser sur son front rayonner une vive joie. Monsieur , me dit-elle , j'éproure -en ce moment qu'il n'y a rien au monde de plus doux à la vue que la présence d'un véritable ami qu'on voit pour la première fois I et M. de l'Ormon lui-même ne sera pas plus heureux que moi de posséder M. le curé de VervaL II s'en faut bien, madame, lui dis-je en soupirant, que- ma joie soit aussi pure que la vôtre ; et ce n'est pas ici ,' je vous l'avoue , que je désirais vous voir. Pourquoi donc , me dit-elle avec une grâce charmante ? "Se 6uis*je pas ici dans une situation désirable ? n'y suis-fe pas auprès de mon mari et au milieu de mes enfansf Ce qui nous manque ne touche guère que la mollesse et la vanité ; on peut se passer de ces vices ; et puis lorsqu^on a bien prévu , bien pressenti sa destinée , et qu'on se l'est faite à soi-même , il faut avoir au moins le courage de la remplir. L'Ormon ne m'a dissimulé ni l'état d'infor* tune oh le laissait son père , ni le danger de déplaire à son onde et •d'en être déshérité , s^il avait fait sans son aveu un mariage d'inclination ; mais cet aven , me disait-il , nous ne l'aurons jamais. -^ Vous l'auries eu , lui dis-je , s'il eût pu vous connaître ; et je M .aurais moi-»même procuré ce bonheur. Vous m'auries fait la grÂce de passer pour ma nièce ; et il vous aurait vue chez moi. Belle, saïis atours , san^ parure , tout comme vous voilà , vous l'auriez entohanté: Cette raison , cette décence, cet esprit sage et modéré,

LA VEILLÉTS. ' 373

Ibette âme '^i noble et si douce ,' auraient fait leur impression. Vous jlkoriec bientôt amené à me cbre : Que n'ai*je une niëce pareiHe^. et moi , je lui aurais répondu : Il ne tient qu'à vous de Tavoir.

Votre joli roman me flatte sensiblement , mediè^lle , mon boA corë ; mais la pensée n'en pouvait venir qu'à vous seul. Pour nous, le choix se rédaisait , ou à nous miir à son insu y ce qui n'ëtait quVne simple offense , ou à nous passer de son aveu , après lé lui avoir demande , ce qui devenait une insulte. L'une , disait l'Ormon , peut m'étre pardonnée , l'autre ne le sera jamais. Ne noiïs abusons point , lui di»*je. Aux yeux d'un homme aussi susceptible et aussi vif que M. de Glancy , non-seulement le tort de vous marier malgré lui , mais celui de vous marier à son insu , peut être un crime irrémissible, et peut l'aliéner sans retour.. Cest dans cette position qu'il faut nous mr , et nous demander à nous^ jnémes , si nous avons besoin de hti pour être heureux. Sa réponse fut simple ; il me fit le tableau 'de la vie que nous menons et m'en offrit la perspective. J'aimais , j'étais aimée ; j'y bornai mon ambition ; et telle que tt)iis la voyez , cette vie obscure et tranquille , je la préfère encore à ce que la fortune a de plus ma— gnifique et de plus séduisant. Ainsi parla l'intéressante et belle Anastasie.

L'Ormon revint des champs ; et en me voyant il s'élança vei's moi. Ah ! mon di^e ami, me dit-il, je vous serre enfin dans mes bras. Vous avec cru sans doute me trouver malheureux ; vous avez TU ma femme ^ vous êtes détrompé. Avez-vous baisé mes enfans ? Les voilà l'un et Fautre ; recevez leurs caresses. Ils sauront quelque jour ce que vous doit leur përe ; ils en seront reconnaissans. Ma femme , il faut tuer le faucon. Vous n'aurez pas ici , mon bon curé , à exercer contre le luxe votre éloquence pastorale^ Vous ferex un diner de l'âge d'or , je vous l'annonce ; mais ce ne Hra point avec des gens de l'âge de fer. Tandis qu'il me parlait ainsi , j'avais l'aîné de ses enfans sur mes genoux , je le baisais , et mes yeux se mouillaient de larmes» £h bien , mon bon curé , me dit le père en souriant , qu'est-ce donc que cette faiblesse ? Les ?oyex*vous avec pitié , ces deux enfans ? Allez , n'en soyez pas en peime. J'ai déjà pour eux la promesse qu'ils seront reçus tous les deux à l'Ecole de l'honneur et de la vaillance ; et s'ils ont des soeurs , comme je l'espère , elles trouveront dans mon état les fîls de mes compagnons d'armes , qui ne les dédaigneront pas. Elles auront pour dot l'exemple , les leçons , les vertus de leur mère , peut-être aussi sa grâce et quelques uns de ses attraits. Je sais que la fortune est l'idole du monde ; mais parmi les âmes communes 1 il se retrouve encore des cœurs nobles et généreux. Vous en êtes la preuve , lui dit modestement madame de l'Ormon. Moi , ina-

dame , s'écria<-t-il ! si j'avais eu une couronne vous m'aurîex encore biien de la grâce en me permettant de vous l^iiffrir. curé , reprit-ii , ne prenez pas ceci pour une phrase <le de votre vie vous n'avez entendu rien de plus vrai ni cle plus y

Le dîner fut de ce ton-là. L'air content du mari , Ist sérénité la femme , leur courage à l'un et à l'autre , le caractërp die loyi de cordialité , de franchise qui anoblissait leur pauvreté , me déguisaient à moi-même , et me persuadaient qu'il ne leur quait rien.

Cependant , après le dîner , étant allé avec l'Ormon parcai ce qu'il appelait magnifiquement ses domaines : Etes-vous hh lui demandai-je , aussi heureux que vous semblez l'être ? JS^on , dit-il y j'ai un poids sur le cœur ; et ce n'est pas le regret dies hû auxquels j'ai renoncé , mais le reproche des bienfaits que j'ai reç0 et que l'on croit, avec quelque apparence , que j'ai payés d'îngrM titude. Je vous le jure ,- mon ami , par tout ce qu'il j a di] plus saint ; si M. de Glancy était persuadé que je n'ai cessé de. l'aimer, de l'honorer, de voir en lui un second père;' déebé^ rite par lui , réduit à cet état de médiocrité , de détresse , nul homme sur la terre ne serait plus heureux que moi. Mon aitiqne chagrin est de paraître ingrat , et de n'avoir pas même l'espérance que mon oncle soit détrompé. -

S'il est possible, il le sera, lui dis-je. Mais il m'a défendu de vous nommer à lui , et je connais son caractère : il faut l'attendre et ne pas le heurter.

Nos adieux furent attendris par les plus vives protestations d'une amitié inaltérable. Je baisai mille fois les deux jolis enfans , j'embrassai leur bon père ; vous l'avouerai-je , enfin ? je me laissai embrasser par leur mère; et je partis.

Mais je fus triste dans mon voyage. Plus mes amis m'avaient paro consolés de leur infortune , plus j'en étais inconsolable. J'ai en toute ma vie du regret à voif la richesse entre les mains de ceux qui eu étaient avides , et je l'ai toujours souhaitée à cevx qui l'estimaient le moins.

Dans le temps dont je parle, M. de Yerval père vivait encore, et il était ici% Je lui écrivis de Paris , comme il avait eu la bonté , de le vouloir ; et plein de mon objet , j'en dis quelques mots dans ma lettre. Mais le lieu , comme les personnes , était marqué par des étoiles. Je ne désignais rien. Il prit ce récit pour un conte fait à plaisir , dont j'avais voulu embellir mon voyage. Ce fui à son dîner que ma lettre lui fut remise. Ah! dit-41 , c'est le bcm curé qui me donne de ses nouvelles. Et savez -vous k quoi 1/ s'amuse à Paris ? à faire des romans. En voici un essai. Il lut tout haut ma lettre. Notre oncle était de ce dîner. Il savait en

I LA Veillée. ShS

Mael lieu 's'était retiré son neveu ; d'Orambré l'en avait instruit ;

Set ce lieu était sur ma route. La situation le frappa } il devina le

reste , et il se retira rêveur et agité ; mais sa pensée se fixa sur le

soupçon , que j'avais moi-même pris ce détour pour l'émouvoir ,

; et que l'arrivée de ma lettre, au moment du dîner de M. de Verval,

avait été préméditée.

A mon retour , j'allai le voir. Il me reçut froidement y me dit deux mots de mon voyage , me répondit à peine lorsque je lui' parlai de lui-même et de sa santé. Enfin , après un long silence : Monsieur le curé , me dit-il en fronçant les sourcils, je vous connaissais bien des talens , mais non pas celui de faire des contes»—- Des contes ! moi , monsieur? — Oui , des contes qu'on lit à table , chez M. de Yerval , et qu'on trouve fort amusans.— -Je vous entends^ monsieur , vous parlez d'une lettre oii j'ai légèrement et vaguement tracé le tableau d'un ménage heureux par ses vertus , dansi' le sein de la pauvreté , tel que je venais de le voir. Ah ! ce n'est point un conte , c'est la vérité toute simple. — Et cette vérité , .monsieur, vous la divulguez à plaisir ? — Hélas ! peut-elle être ca« chée ? Et cependant je n'en ai dit que ce que l'aniitié la plus discrète en a pu dire , et je l'ai dit innocemment. — Cest donc inno* cemment , reprit-il avec amertume , que l'on met son ami en scène? -^£t qui vous dit , monsieur, que j'aie parlé de vous? «- Qui le dit! moi , qui l'ai entendu ; moi , qui n'ai que trop vu que la scène était arrangée , et que l'on m'y invitait pour m'en faire rougir. Ni M. de Yerval ni moi, lui dis-je en me levant, ne connaissons ces tours d'adresse et de malice. Quant à moi , j'atteste le ciel que l'intention que vous m'attribuez ne m'est pas venue dans la pensée; et je suis étonné que vous ne m'ayez pas mieux connu. Quoi ! vous vous en allez, me dit-il avec émotion ! — Oui, je m'en vais , pour ne plus vous trouver injuste. — Injuste de me plaindre , lorsque après m'avoir fait mystère !... Il s'arrêta. De quoi vous ai-je fiait mystère , lui demandai-je en le pressant? — De vos liaisons avec un honune qui m'a causé des chagrins mortels. C'était là que je * l'attendais. Monsieur , je ne sais point , lui dis-je , partager des ressentimens dont la rigueur m'afflige autant que la durée. Ils répugnent à mon état , et phis encore à mon caractère. Quant à mes liaisons , je n'en fais mystère à personne. Il est vrai qu'avec vous j'ai gardé un silence que vous m'avez imposé vous-même; mais ce silence n'est point celui de la dissimulation ; et si l'on ne veut point savoir ce que je pense , au moins saura-t-on bien toujours ce que je fais. Au surplus, je déclare que pour personne au monde je n'aurai la faiblesse de sacrifier l'amitié. Et moi , monsieur, et moi , me dit-il avec violence , je ne suis donc pas^votre ami. — J'en ai deux ; vous en êtes on ; mais je n'abaudonne point l'autre. —

L'autre est un insensé. — UVà étëpeal>etre; mais il n'est pointu niaû il est honnête homme , mais je^ le ccojais malheureux s ces titres me sont sacrés. -" Malheureux ! peut«4l ne pas Teire 7 Il l'est d'aimer, de révérer un hcooime injuste cftii le liaîL< Enoopel un homme injuste? — Oui , trës^injuste ! de faire an d'une faute , et de proscrire un innocent. C'est une chose repn»<je en le voyant émn , qu'avec un sac d'or k la znain se croie armé de la foudre , et qne pour un moment d'erreur , délire , que sais-*je ? de cet égarement dont là cause est à donnahle , on fasse gloire d'être inflextMe , et qu'on se cond^ soi-fiiiéme au tourment de toujours haïr ! — Non , je ne Je point j non , je l'aimai toujours ; et puisqu'il faut le dire , i'aiale encore pour mon 9np|dice. — Pour votre supplice! Ah Dieu ! c'e^ dôaïc un supplice d'aimer , d'aimer les siens ? — ChQ c'en est un pour ce coenr trop sensible que riagratitude a hlessC Non ) point d^ingratitude , iaterrompi»-je avec toute ma fôroL Ce TÎoe n'a jamais souillé Pâme du vertueux jeune homme qat vousiehéitit-, qui vens honore , qui vous bénit dans sa misère , et qui pour vous donnerait tout son sang. Qu'il vienne donc y dit-il, se jeter dans mes bras avec sa fenune et ses eu&ns ; car tout ced jB^emckàe ; il £srat que j'en finisse ; j'ai bes4Mn de sommeil ; et t4s peintures romanesques dwit je sois poursuivi ne me laissent ancim repB6. Yictoire , s'écria Juhette , je m'y attendais ; et j'ai prévu le moment de votre bonheur. — EÎh non , mademoiselle , vous n'y êtes pas encone , dit le cvré. Ce n'est pas cependant qu'une révolution siprampte dans le -cœur d'un homme irrité et qui se croyait impàncable, ne me causât bien de la joie ; mais j'avais encore biea des peines à éprouver avant que d*être au bout.

J'écrivis au plus vite à l'Ormon d'arriver , et il ne se fit pas attendm. La néeonciliation de son oncle avec lui fut «incère et attendrissante. Madame de FOrmon , ses enfans dans ses bras j rendit, eomme vous croyez bien , le tableau plus touchant encore; et je jouis de ce spectacle avec délices. Mais je ne sais queHè amertume restait ou fond du coeur de M. de Glancy. L'Ormoa s'en aperçut ; et attentif à ne pas se rendre indiscret , il le pria , peu de jours après , de lui permettre d'aUer , avec sa femme , vaquer aux soins de la moisson.

Cette simplicité de mœurs ne déplut point à M. de Glancy. Mais leur 4épart , au lien de l'affliger , comme je l'espérais , pmt le soulager d'une secrète inquiétude ; et dès le lendemain arriva M. d'Orambré. Son voyage ne fut pas long, et il s'en alla moins content que de coutume. J^attribuai le souci que je croyais lui voir au rappel dn pauvre exilé.

Cependant , l'oncle y sans nous le dire , s'aperce^'ait d'un^

raUon progressive dans sa sant^. Il devint tous les jours plus ^age et plus 'solitaire. Il ne voyait que moi. vtr la fin de l'automne il eut des pronostics trop certains de mort prochaine. Mon ami , me dit-il un jour , mon saniç se ompose ma poitnne s'engage, et je commence à respirer péniment ; il est temps de penser à moi. Vous m*avez vu profonnent Liesse de la conduite de l'un de me» neveux. Dans ma fere ]e fis un testament, et dans ce testament je le déshéritai astituai l'autre mon légataire universel. Je l'appelai ; et eu îjgeaut que le secret de mes dernières volontés ne fût révélé ^aprës moi , ]e Ten rendis dépositaire. Ma colère s'est apaisée • la nature, ou , si vous voulez , la justice, a repris ses droits. J'ai it rappeler d'Orambré, et je lui ai demandé ce testament déposé us ses mains. « Eh quoi ! mon oncle , m'a-l-il dit, avez-vous pu croire que je laisserais subsister un acte que te chagrin vous avait dicté ? J*ai respecté votre ressentiment ; mais il aurait été cruel à moi d'en abuser. Je suis riche , TOrmon ne l'est pas votre héritage est sa seule espérance. Votre testament l'en privait ; je l'ai brûlé. J'espère que mon oncle voudra bien me le pardonner. » Mon ami , s'il est vrai qu'il l'a brûlé , c'est une elle action; et je l'en crois capable ; je n'ai jamais rien vu de ce îune homme qui ne témoigne en sa faveur ; mais je suis naurellement soupçonneux, je vous le confesse; et s'il m'avait rompe !... A ces mots ses yeux se fixèrent sur les miens pour me OQsiîlter ; mais les miens se baissèrent , et mon silence fut ma épouse. A demain , me dit-il , je vois que c'est ici une des chose» ur lesquelles il ne faut jamais demander conseil.

Le lendemain, nouveau tête-à-tête. Celui-ci fut intéressant. Kais il me fit promettre d'en garder le secret jusqu'aux dernières extrémités ; je le promis , et je veux lui tenir piarole.

Dès ce moment, tous les nuages de sa pensée me semblèrent se Jissiper. Il fit venir ses deux neveux , les traita l'un et l'autre avec irne bonté pareille , leur recommanda la concorde , pria madame le l'Ormon d*oublier le passé , caressa ses enfans , et , parmi ces caresses , tourna souvent les yeux vers moi avec douceur en siirne Je recommandation. Dieu sait si j'en avais besoin ! La veille de w mort, exhortant d'Orambré à se choisir, comme POrmon une vertueuse compagne : Hélas ! dit-il , je me suis dérobé le seul prix ie la vie ; j'en ai perdu le charme , quand je me suis condamné moi-même à cette froide et triste viduité du célibat.

Son caractère naturellement bon avait perdu toute son âpreté ; Km âme s'était amollie; et la manière douce et tendre dont il avait reçu et recueilli dans son sein l'Ormon, sa femme et ses enfans, les avait vivement touchés. Ils le pleuraient comme un bon 2- î>.>5

përe , mais leiir douleur était sans faste ; celle de d^CXrani&rij plus d'ëclat. Ainsi quelques jours se passèrent , après ses foi railles , à mêler ensemble nos larmes , et à répandre nos rc^

Cependant ^e m'apercevais qu'insensiblement d'Orambré fi nait dans la maison Tair et le ton de maître , qu'il avait Fcal tout, et qu'il s'était saisi des clefs. Je crus donc Toir 4^ I'^uîtoq dans ses intentions 9 et je voulus m'en éclaircir.

Je demandai aux deux neveux s'il ne convenait pas de fia mettre les scellés dans la maison , en attendant que Ton fît fi ventaire? Cela estinutilç, me dit d'Orambré d'un air froid : no n'aurons point de démêlé ens^mbte. Et quand je fus seul avec H M. le curé, me ditril, vous m'avez mis mal à mon aise. Je^ veux point affliger l'Ormon. Ceppnàsml il faut qu'il connaii notre situation respective. Vous savez quelle a été pour moi Và time, l'amilié de M. ie Glancy. J'étais garçon, il me connais»

Ku disposé au mariage; il regardait mes biens comme assura )rmon età ses enfans. Il a bien voulu joindre son héritageau mia et me rendre dépositaire. Il m'a institué son légataire universel; e l'acte qui contient sa volonté dernière est en mes mains , j'en soi porteur. C'est une chose fâcheuse à dire face à face ; vous êtes boi et sage , vous êtes notre ami ; c'est à vous de la faire entendre.

Monsieur, lui dis^je , il est possible que dans un moment A violence et de colère la honte naturelle de M. de Glancj ai éprouvé quelque altération ; mais c'est un de ces monvcnraens qoi Fon doit oublier : la loi les désavoue ; et une pi'obité délicate im doit jamais s'en prévaloir. Je ne sais pas pourquoi , me dit-il d'an ton sec , vous attribuez à la colère une prédilection constante, invariable , connue dé tout le monde , et dont vous-même avez été témoin. Je la suppose, répliquai-je , cette prédilection dont vons avez pour vous toutes les apparences ; a-t-elle pu cendre cruel , injuste, impitoyable jusqu'au dernier soupir, ut^ homme naturel* lement et sincèrement vertueux? Avez-vous pu le croire? Oseric»vous le dire? Oseriez-vous bien l'affirmer? M. le curé, reprit-il. votre zèle passe les bornes. Je me modère; imitez-moi. Pardon, monsieur, lui dis-je , et seulement deux mots encore. La nature et la loi font un juste partage des biens de Glancy. Riche comme vous l'êtes y n'en est-ce pas assez pour vous de la moitié? En enviez-vous l'autre à M. de l'Ormon ? Rendez , croyez-moi , cet hommage à la mémoire de votre oncle , d'eflFacer jusqu'au souvenir de ce qu'il a désavoué par la plus éclatante réconciliation. Chacun a ses maximes , M. le curé, me dit-il ; ma manière à moi de rendre homn^age à la mémoire de mon oncle , c'est de ne rien cnanger à •es dispositions et d'accomplir sa volonté. Je n'insisterai pas, lai dîs-je, et je vous laisserai le temps de changer de résolution.

Hais , monsieur, si je suis réduit à défendre les droits de M. de fOrmon y comme je m'y sens obligé, j*attac^uerai , je vous en avertis , Tos prétentions immodérées , efpeut-étre aurez-vous à^ vous en pêpentir. Un sourire amer et dédaigneux répondit à cette lùenace , Nt il finit en me priant dé disposer FOrmon à se retirer sans éclat.

Dès ce moment je désespérai de le voir changer de langage, rattendis cependant jusqu'au lendemain pour voir si la réflexion ll'anrait pa^ amené quelque sentiment de pudeur. I Le lendemain matin je demandai à l'un de ses gens comment IDu maître avait passé la nuit. Il m'assura qu'il avait dormi d'un sommeil trës-paisible , et qu'il venait de s'éveiller. L'indignation |ne saisit , et armé de tout mon courage , je me rendis au déjeuner. ^ y vint plus délibéré que je ne l'avais jamais vu. M. d'Orambré , ^îs-je en le voyant, paraît avoir dormi cette nuit du sommeil du Inste. Comme vous , M. le curé , me répondit l'audacieux. Comme vous me parut insolent à l'excès. Il caressa les enfans de l'Ormon , parla d'un airaffectueux à leur mère , lui dit que ses enfans étaient les siens, que vraisemblablement il n'en auraij; point d'antres , et qu'ils seraient les seuls auxquels passerait tout son bien; et puis s'adressant à l'Ormon : Ne vous offensez pas ,' lui dit-il , qne notre oncle ait voulu que ce soit de mes mains qu'ils Reçoivent son héritage f c'est un dép6t que je conserverai pour eux avec le plus grand soin.

L'Ormon interdit le pria de s'expHquer. Quoi ! M. le curé ne vous* a donc pas dit , reprit-il froidement , que M. de Glancy a £ui de moi son légataire, et qu'il en a laissé le titre dans mes mains? Je ne l'ai pas dit, répliquai-je , et vous en savez )a raison. J'ai voulu laisser à votre conscience le temps de vous parlek* ; mais nnisqu'ene se tait , c'est à moi de me faire entendre ; et alors m'a<* dressant aux deux époux, que je vpyais , frappés d'étonnement, se regarder l'un l'autre : N'accusez pas, leur dis-je , de vous avoir troaipes, cet oncle qui en mourant vous- a tendu les bras. Non , ne le croyez point capable d'avoir insulté au malheur de vos enfans par de faux semblans de bonté et par des caresses perfides. Susceptible et prompt , il a pu dans sa colère vouloir déshériter un neven qu'il aimait, mais il n'a pu vouloir lui en imposer avec une douceur traîtresse. Il vous a pardonné, et en vous pardonnant il a voulu vous voir rentrer dans tous les droits de la nature. lia voulu que ee testament , que lui avait dicté la colère , vous filt à jamais inconnu . n a vonlu qu'il £â(t anéanti, et il l'a redemandé pour n'en laisser aucune trace. On lui a dit qu'il était brûlé. Qui le lui a dit , demanda le fourbe? — Vous, monsieur. — Moi ! — Vous-même 5 je l'affirme sur sa parole. M. le curé, reprit-il, l'éloquence a beau jeu lorsqu'elle fait parler les morts ; elle ne risque pas de se voir de-

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mentie. Ce ti'est pas moi , monsieur, lui dis-je, que votre onde démentirait s'il se faisait entendre du fond de son tombeau. Tremblez que sa cendre ne se ramine , et que le ciel , pour vous confondre , ne permette à sa voix de rompre le silence de la mort. A ces mots, il me regarda d'un air moqueur. £h bien! reprîs-je, ii va parler, puisque vous osez l'y contraindre. £t dans l'instant je tirai de ma poche un second testament que le mourant m'avait laisse.

Lisez tout haut , monsieur, dis-je à l'Ormon s voilà sa volonté dernière. Il lut, et par ce nouvel acte, ce fut lui qui fut déclaré seul héritier des biens de M. de Glancy.

D'Orambré frappé de la foudre , garda un moment le silence , et puis reprenant son audace ; On voit, dit-il, dans cet écrit la séduction auriculaire ; je ne tarderai pas à la faire connaître , et nous saurons s'il est permis d'abuser, avec ce manège , de la faiblesse des mourans. Il sortit outré de fureur, et peu d'instans après nous entendîmes partir sa chaise.

La révolution avait été sensible sur le visage de madame de rOrmon et de son mari ; mais je n' j aperçus , grâce au ciel , aucun signe d'une indécente joie; et tout à coup je vis l'Ormon tomber dans un abattement incompréhensible pour moi. Mon ami, me dit-il , c'est à présent que vous me croyez bien heureux ; c'est à présent que je le suis moins que jamais , car je me sens coupable. Il vient de se passer en moi des mouvemens affreux : en me croyant déshérité , l'indignation m'a saisi ; j'ai du fond de mon coeur, pour la première fois , outragé le meilleur des hommes , mon bienfa^* teur, mon second père , que j'avais offensé , qui m'avait pardonné, et qui m'avait comblé de biens. Le bon jeune honmie pouvait à peine articuler ces mots; la honte lui étouffait la voix. Allons, dit-il , allons du moins sur son tombeau demander pardon à son ombre. Hélas ! plus que jamais j'ai besoin de le rendre miséricordieux envers moi.

Ce fut là , ce fut en voyant ruisseler sur la pierre qui renfermait la cendre de M. de Glancy les pleurs du repentir et ceux de la reconnaissance ; ce fut en voyant les deux époux incliner leurs enfans sur cette tombe révérée et la leur faire baiser avecamour; ce fut alors que je jouis avec une tranquille et pleine volupté. Qu'ils furent touchans l'un et l'autre ! Ik me devaient beaucoup, ils ne l'ignoraient pas , et ni l'un ni l'autre dans ce moment ne s'occupa de moi : leur cœur fut tout entier au véritable objet de lear reconnaissance ; mais ce devoir rempli , la simple amitié eut son tour , et j'eus lieu d'observer combien le ressentiment des bienfaiti élève et ennoblit encore les belles âmes. Pour nous, me disaientils , le premier des biens et celui auquel nul autre n'est compa^ rable , c'est de savoir que ce généreux homme nous a aimés jus-

LA VEILLÉE. 38i

|u*à la fin ; mais . après cette douce et précieuse idée , celle qui Bons est la plus chëre , celle au prix de laquelle tout l'or du monde lerait yîI , c'est de penser que le retour de ses bontés , nous le de- ^nsau zèle d'un ami tel que vous. Ah ! de grâce, leurdis-je, f ai contribué à rapprocher de vous un bon parent , ne m'en otez pas le lyiérite : que m'en restera-t-il quand vous l'aurez payé au centuple de sa valeur ? Il n'y aurait plus de vertu à bien faire, si l'on trouvait partout des cœurs aussi reconnaissans.

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