‹ Œuvres de MarmontelChapitre 6 sur 34 · LA MAUVAISE MERE · texte numérisé non relu

LA MAUVAISE MERE

X ARMi les productions monstrueuses de la nature , on peut compter le cœur d'une mëre qui aime l'un de ses enfans à l'exclusion de tous les autres. Je ne parle point d'une tendresse éclairée, ^pii distingue entre ces jeunes pTantes qu'elle cultive celle qui répond le mieux à ses premiers 'joins ; je parle d'une tendresse aveugle , souvent exclusive , quelquefois jalouse , qui se choisit une idole et des victimes parmi ces petits ihnocens qu'on a mis au monde , et pour qui l'on est également obligé d'adoucir le fardeau de la vie. C'est de cet égarement, si commun et si honteux pour l'humanité, que je vais donner un exemple.

Dans l'une de nos provinces maritimes, un intendant qui s*était rendu recommandable par sa sévérité à réprimer les vexations de toute espèce , ayant pour principe d'appliquer la faveur au faible , et la rigueur au fort ; cet homme de bien , appelé M. de Garandon , mourut pauvre et presque insolvable. Il avait laissé une fille que personne n'épousait, parce qu'elle avait beaucoup d'orgueil , peu d'agrémens, et point de fortune. Un riche et honnête négociant la rechercha, par considération pour la mémoire de son père. H nous a fait tant de bien ! disait le bon homme Corée ( c'était le nom du négociant) , il est bien juste que quelqu'un de nous le rende k sa fille. Corée se proposa donc humblement; et mademoiselle de Carandon, avec beaucoup de répugnance, consentit à lui donner la main ; bien entendu cpi'elle aurait dans sa maison une autorité absolue. Le respect du bon homme pour la mémoire du père s'étendait jusque sur la fille : il la consultait comme son oracle ; et M quelquefois il lui arrivait d'avoir un avis différent du sien » elle

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