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îftî CON.TES MORAUX.
le livret.... Bon, reprit Verglan ; préjugés que tous ces schipules ! Qui empêche qu'on ne s'estime l'un l'autre , s'il est décidé qa'îl n'y a plus aucune honte à tout cela ? Quand cela sera décidé , dit Belzors , tous les liens de la société seront rompus. La sainteté inviolable des nœuds de Thymen fait la sainteté des nœuds de la naturie. Souviens-toi » mon ami , que s'il n'y a plus de devoirs sacrés pour les époux , il n'y en aura guère pour les enfans : tous ces liens tiennent l'un à l'autre. Les querelles de ména^ étaient violentes du temps de nos pères ; mais la masse des mœucs était saine. Les esprits se calmaient, les cœurs se rapprochaienK On ne s'en estimait pas moins , et l'on s'en aimait davantage. Aujourd'hui , cette société domestique , qui te semble si douce , c'est un corps languissant qu'un poison lent glace et consume. Crois-moi, mon cher Yerglan, nous n'avons pas l'idée de ces joies pures et intimes que goûtaient deux époux au sein de leur famille ; de cette union qui faisait les délices de leur jeunesse et la consolation de leurs vieux ans. Qu'aujourd'hui une mère soit affligée des égareinens de son fils , qu'un père soit accablé de quelque revers de fortune ; sont-ils un refuge , un appui l'un pour l'autre ? Ils sont obligés de chercher au dehors oii déposer leur peine; et le soulagement est bien faible de la part des étrangers.
Tu parles comme un oracle , mon sage Belzors, disait Verglan; mais qui t'a dit que deux époux ne fissent pas mieux de s'aimer , d'être fidèles toute leur vie? Je veux seulement , si par malheur ce goût mutuel vient à cesser , qu'on se console et qu'on s'arrange, sans qu'il soit défendu à ceux qui se seraient aimés du temps de nos aïeux , de s'aimer de même , si le cœur leur en dit. En effet, dit madame du Troène, qu'est-ce qui les en empêche? — Qu'esM:e qui les en empêche ? madame, reprit Belzors, l'usage, l'exemple , le bon ton , la facilité de vivre sans reproche au gré de leurs désirs. Yerglan m'avouera aisément que la vie que l'on mène dans le monde est agréable et qu'il est doux de changer d'objet ; notre faiblesse nous y invite. Qui résistera donc à ce penchant , si l'on nous ôte le frein des mœurs ? Moi , je n'6te rien , dit Yerglan ; mais je veux que chacun puisse vivre à sa guise ; et j'approuve fort le parti qu'ont pris d'Auberive et sa femme , de se passer réciproquement ce qu'on appelle des torts : s'ils sont contens, tout le monde doit l'être.
Comme il achevait ces mots, on annonça le marquis d'Auberive. Ah! marquis, tu viens fort à propos , lui dit Yerglan. Dis-'nous, je te prie, si ton histoire est vraie. On prétend que ta femme te passe la rhubarbe , et que tu lui passes le séné. Bon ! quelle folie ! <'it d'Auberive avec indolence. — J'ai soutenu que fiel n'était plus raisonnable ; mais voilà Belzors qui te condamne sans appel.
LA BONNE MÈRE. i63
— Pourquoi donc? est-ce qu'il n'en eût pas fait autant? Ma femme
ot jeune et jolie ; elle est coquette : cela est tout simple. Au fond
pourtant je la crois fort honnête ; mais quand elle le serait un peu
moins, il faut bien que justice se fasse. Je conçois cependant
^u'nn homme phis jaloux que moi me condamne ; mats ce qui
m'étonne , c'est que Belzors soit le premier. Je n'ai jusqîi'îci reçu
que des éloges. Rien n'est plus naturel que mon procédé ; et tout
le monde m'en félicite comme de quelque chose de merveilleux.
Il semble qu'on ne me croyait pas assez de bon sens pour prendre
mi parti raisonnable. En homme d'honneur , je suis confus des
ooroplimens que j'en reçois. Quant à messieurs les rigoristes , je
les honore beaucoup ; mais je vis pour moi-même. Que chacun
en fasse autant; le plus heureux sera le plus sage. — Au reste ,
comment se porte la marquise? lui demanda madame du Troène,
pour changer de propos. — A merveille , madame ; hier encore
vous soapàmes ensemble , et je ne la vis jamais de si belle humeur.
Je gage , dit Verglan , que tu la reprendras quelque jour. ^-
Ma foi ! cela pourrait bien être ; déjà même hier , au sortir de
table , je me suis surpris lui disant des douceurs.
Cette première épreuve fîf la plus vive impression sur l'esprit
d'Emilie. Sa mère , qui s'en aperçut , laissa un libre cours à ses
réflexions ; mais pour la mettre sur la voie : J'admire, lui dit-elle ,
CCMnme les opinions dépendent des caractères. Voilà deux jeunes
gens élevés avec le même soin , tous deux imbus des mêmes
{nrncipes d'honnêteté et de vertu : voyez cependant comme ils
diffèrent l'un de l'autre ! Et chacun d'eux croit avoir raison. Le
oœmr d'Emilie faisait de son mieux pour excuser dans Verglan le
tort d'avoir pris les mœurs de son siècle. Avec quelle légèreté ,
disait-elle , on traite la pudeur et la foi ! comme on se joue de
ce qa'il j a de plus sacré dans la nature ! Et Verglan donne dans
ces travers ! que n'a-t-il l'âme de Belzors !
Quelque temps après , Emilie et sa mère étant au spectacle ,
Miors et Verglan se présentèrent à leur loge ; et madame du
Troène les invita l'un et l'autre à s'y placer. On jouait Inès :
sohw des enfans fit dire à Verglan quelques bous mots qu'il
lit poar d'etcellentes critiques. Belzors, sans l'écouter, fon-
iût en larmes, et ne s'en cachait pas. Son rival le plaisanta sur
Cublesse. Quoi I lui dit-il , des enfans te font pleurer ! Et que
•TOUS donc qui me touche ? dit Belzors. Oui , je l'avoue ,
n'entends jamais sans tressaillir les tendres noms de père et de
'^re r le pathétique de la nature me pénètre ; l'amour même le
louchant m'iAtéresse , m'émeut beaucoup moins. Inès fut
ane de Nanine ; et quand ce vînt au dénouement : Ob ! dit*
<*rglan , ceU passe le jeu. Que Dolban aime celte petite fille ,
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il la bonne heure ; mais Tépouser me parait un peu fort. Cefi peut-être une folie , reprit Belzors ; mais je m'en sens capable: quand la vertu et la beauté sont réunies , je ne réponds plus de xna tête. Aucun de leurs propos n'échappait à madame du Troène: Emilie , plus attentive encore , rougissait de l'avantage que Belzors avait sur son rival. Apres le spectacle , ils virent passer le chevalier d'Olcet en pleureuses. Qu'est-ce donc , chevalierf? lui dit Yerglan d'un air léger. C'est un vieil oncle à moi , répond d'Olcet, qui a eu la bonté de me laisser dix mille écus de rente. — Dit mille ^cus ! viens donc que je t'embrasse ! Cet' oncle-là est no galant honmie. Dix mille écus ! il est charmant ! Belzors , l'embrassant à son tour y lui dit : Chevalier ^ je m'afBige avec vous de sa mort : je sais que vous pensez trop bien pour en concevoir une joie dénaturée. Il m'a long-temps servi de père j dit le chevalier, confus de l'air riant qu'il avait pris ; mais vous savez qu'il était si vieux ! C'est un motif de patience , reprit Belzors avec douceur ; mais ce n'en est pas un de consolation. Un bon parent est le meil' leur de tous les amis ; et le bien qu'il vous a laissé n'en pajersit pas un semblable. Cest un triste ami qu'un vieil oncle , dit Ver^ glan ; et dans la règle , il faut que chacun vive à son tour. I^^ jeunes gens seraient fort à plaindre , si les vieillards étaient int* mortels. Belzors changea de propos , pour épargner à YergisA une réplique humiliante. A chaque trait de ce contraste, le cœur d'Emilie était cruellement déchiré. Madame du Troène vit avec joie l'air respectueux et sensible qu'elle prit avec Belzors , et Tair froid et chagrin dont elle répondait aux gentillesses de Verglto ; mais pour ménager une nouvelle épreuve , elle les invita l'un et l'autre à souper.
On joua : Verglan et Belzors firent un trictrac tâte k téte« Yerglan n'aimait que le gros jeu : Belzors jouait le jeu qu'on foo* lait. La partie était intéressante. Mademoiselle du Troëne fat dn nombre des spectateurs ; et la bonne mère , en fusant son tri t "^ laissait pas d avoir l'œil sur sa fille , et de lire sur son visage ci qui se passait dans son cœur. La fortune favorisa Belzors. Emifof quelque mécontente qu'elle fût de Yerglan , avait le cœur trof bon pour ne pas souffrir en le voyant s'engager dans une f^M sérieuse. Le jeune étourdi ne se possédait plus : il se piqna, I doubla son jeu ; et avant le souper , il en était au point de jou sur sa parole. L'humeur l'avait pris ; il fit son possible pour et enjoué ; mais l'altération de son visage en écartait la joie* s'aperçut lui-même qu'on le plaignait y et qu'on ne riait pa» quelques mots platsans qu'il tâchait de dire ; il en fut humilié; le dépit allait s'en mêler , si ron n'ei\t pas quitté la table. BelsorsJ que ni son bonheur ni le chagrin de son rival n'avaient éinu y M
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joux et modeste , lelon sa coutume. Ils se remirent au jeu. Madame du Troène , qui avait fini sa partie , vint assister à celle-ci , très-inquiëte de l'issue qu'elle aurait , mais désirant qu'elle fit son impression sur l'âme d'Emilie. L^ succès passa son attente. Verglam perdait l'impossible. Le tremblement de sa main et la pâleuf de son visage exprimaient le trouble qu'il voulait cacher. Beizors , avec ane complaisance inépuisable , lui donna des revanches tant qu'il en Toulut ; et quand , à force de doubler le jeu , il eut laissé Yerglan s'acquitter jusqu'à une somme raisonnable : Si vous le trouvez bon , dit-il , nous nous en tiendrons là : je crois pouvoir gagner honnêtement ce que j'étais résolu à perdre. Tant de modération et de sagesse excita dans l'assemblée un murmure d'applandissemens. Le seul Yerglan j parut insensible , et en se levant, ditd'un air de dédain : Ce n'était pas la peine de jouersi long^temps.
Emilie ne dormit pas de la nuit, tant son âme était agitée de ce qu'elle venait de voir et d'entendre. Quelle différence ! disait-elle. Et par quel caprice faut-il que je soupire d'être éclairée? La séduction ne devrait-elle pas cesser, dès qu'on s'aperçoit que l'on est séduite? J'admire l'un, et j'aime l'autre. Quelle est cette mésintelligence entre le cœur et la raison qui fait que l'on chérit encore ce que l'on cesse d'estimer ?
Le matin', selon son usage, elle parut an lever de sa mère. Je le trouve changée , lui dit madame du Troène. — Oui , ma mère, je le suis beaucoup. — Est^K:e que tu n'as pas bien dormi? — Fort peu, dit-elle avec un soupir. — Il faut cependant tâcher d'être jolie; car ]e te mène ce soir aux Tuileries, oii tout Paris doit s'assembler. Je me plaignais que le plus beau jardin de l'univers, dit abandonné : je suis bien aise qu'on y revienne.
Yerglan ne manqua pas de s'y rendre ; et madame du Troène le retint auprès d'elle. Le coup d'œil de cette promenade avait fair d'un enchantement. Mille beautés , dans tout Téclat d'une pamre éblouissante, étaient assises autour de ce bassin, dont la sculpture a décoré l'enceinte. L'allée superbe que ce bassin cou-^ ronne, était rempïie de ces jeunes nymphes qui, par leurs charmes et leurs talens, attirent les désirs sur leurs pas. Yerglan les connaissait toutes , et leur souriait en les suivant des yeux. Cetle-<:i, disait-il , c'est Fatmé. Rien n'est plus tendre, plus sensible. Elle vit comme un ange avec Qéon ; il lui a donné vingt mille écus en six mois; ils s'aiment comme deux tourterelles. Celle-là est la célèbre CcHrine; sa maison est le temple du luxe; ses soupers sont les plus brillans de Paris ; elle en fait les honneurs avec des grâces qui «ous enchantent. Yoyez-vous cette blonde si modeste , et dont les regards se promènent languissamment de tous c6tés ? elle a trois amans, dont chacun se flatte d'être le seul heureux. C'est
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un plaisir de la voir au milieu de ses adorateurs, leur distribuer des faveurs légères , et leur persuader tour à tour qu'elle se joue de leurs rivaux. C'est un modèle de coquetterie ; et personne ne trompe son monde avec tant d'adresse et de légèreté. EUle ira loin , sur ma parole , et je le lui ai déjà prédit. Vous êtes donc dans sa confidence? demanda madame du Troëne. — Oh ! oui. Ce n'est pas avec moi qu'elles dissimulent : elles me connaissent ; elles savent bien qu'on ne m'en impose pas. £t vous , Belzors , dit madame du Troëne au sage et vertueux jeune homme qui venait de les aborder , étes-vous initié à ces mystères ? — Non, madame : je veux croire que tout cela est fort amusant ; mais le charme en fait le danger. Madame du Troëne observa que les honnêtes femmes recevaient d'un air froid et réservé le salut riant et familiei- de Yerglan , tandis qu'elles répondaient avec l'air de Testinie ,et de l'amitié au salut respectueux de Belzors. Elle plaisanta Yerglan sur cette distinction , afin d'en faire apercevoir Emilie. Il est vrai , dit-il , madame , qu'on me tient rigueur en public ; mais tête à tête on m'en dédommage.
De retour chez elle avec eux , elle reçut la visite d'EIéonore , jeune veuve d'une rare beauté. Eléonore parla du malheur qu'elle avait eu de perdre un époux estimable; elle en parla , dis-je , avec tant de sensibilité, de candeur et de grâce, que madame du Troëne , Emilie et Belzors l'écoutaient les la^i^Les aux yeux. Pour une femme jeune et belle , dit Yerglan d'un ton badin , un mari est une perte légère et facile à réparer. Non pas pour moi , mon* sieur , dit la tendre et modeste Eléonore ; un mari qui» honorait une femme de mon âge de son estime et de sa confiance ^ et dont la tendresse délicate n'eut jamais ni les craintes de la jalousie , ni les négligences de l'habitude , n'est pas de ceux qu'on remplace aisément. Il était sans doute d'une jolie figure ? demanda Yerglan. — Non , monsieur ; mais son âme était belle. Une bejle âme , re-^ prit Yerglan d'un air dédaigneux ; une belle âme ! Etait-il jeune au moins ? — Point du tout : il était dans l'âge où l'on est sensé > quand on a de quoi l'être. — Mais , s'il n'était ni jeune , ni joli , je ne vois pas de quoi vous désoler. La confiance , l'estime , les procédés honnêtes vont tout seuls avec une femme aimajble : rien de tout cela ne peut vous manquer. Croyez-moi , madame , le point essentiel est de vous assortir du côté de l'âge et de la figure , d'unir les grâces avec les amours , en un mot , d'épouser un joli homme, ou de garder votre liberté. Yos conseils sont les ^ns gai ans du monde , dit Eléonore en s'en allant ; mais par malheur ib sont déplacés. Yoilà une belle prude , dit Yerglan dès qu'elle fut sortie. La pruderie , iponsieur , reprit madame du Troëne , est une copie exagérée de la sagesse et de la raison ; et je ne vois rien , dans
Eléonore , que de simple et de naturel. Pour moi , dit Bekors , ye la trouve aussi respectable qu'elle est belle. Respecte , mon ami y respecte , replat Yerglan avec vivacité ; qui t'en empêche ? £Ue seule peut le trouver mauvais. Savéz-vous y interrompit madame du Troène , qui pourrait consoler Eléonore ? Cest un homme GOflune Belzors ; et si j'étais l'amie qu'il consulter^ait pour un choix j je l'engagerais à penser à elle. Vous m'honorez beaucoup ^ madame y dit fielzors en rougissant ; mais Eléonore mérite un cœur libre , et par malheur le mien ne l'est pas. A ces mots , il sortit accablé du congé qu'il avait cru recevoir. Car enfin , disait-il y m'inviter elle^-même à rechercher Eléonore, n'est-ce pas m'a— vertir de renoncer à Emilie ? Ah ! que mon cœur lui est peu connu ! Yerglan , qui l'entendit de même y eut l'air de plaindre son rival. 0 en parla comme du plus honnête homme du monde. Cest dommage qu'il soit si triste , disait-il du ton de la pitié. Voilà ce qu'ils gagnent avec leur vertu : ils ennuient ; et on les renvoie. Madame du Troène , sans s'expliquer , l'assura qu'elle n'avait prétendu rien dire de désobligeant à l'un des hommes qu'elle honorait le plus. Cependant Emilie avait les yeux baissés , et sa rougeur laissait Toir l'agitation de son âme. Yerglan ne douta point que ce trouble ne fut un mouvement de joie : il se retira triomphant ; et le lendemain il lui écrivit un billet conçu en ces mots : « Vous avez dd
• me trouver bien romanesque , belle Emilie , de n'avoir fait si > long-temps parler que mes yeux ! Ne m'accusez pas d'une in- » juste défiance : j'ai lu dans votre cœur ; et si je n'avais eu à con- » sulter que lui y j'étais bien sûr de sa réponse. Mais vous dépens dez d'une mère , et les mères ont des caprices. Heureusement » la vôtre vous aime , et sa tendresse a éclairé son choix. Le ren-
• voi de Belzors m'annonce qu'elle s'est décidée ; mais votre aveu » doit précéder le sien : je l'attends avec l'impatience du plus « tendre et du plus violent amour. >» Emilie ouvrit ce billet sans Mvoir d'oii il lui venait : elle en fut offensée autant que surprise , et n^hésita point à le communiquer k sa mère. Je vous ^ais bon gré y lui dit madame du Troëne y de cette marque d'amitié ; mais je TOUS dois à mon tour confidence pour confidence. Bekors m'a écrit : lisez sa lettre. Emilie obéit , et îut : « Madame , j'honore « la vertu y j'admire la beauté , je rends justice à Eléonore ; mais » le ciel n'a-t-il favorisé qu'elle ? Et après avoir adoré , dans votre
• image , ce qu'il a fait de plus touchant , nue croyez-vous en état » de suivre le conseil que vous m'avez donné ? Je ne vons dirai pas » combien il est cruel : mon respect étouffe mes plaintes. Si je » n'ai pas le nom de votre fils y j,'en ai du moins les sentimens ; et » ce caractère est ineffaçable. »
Emilie ne put achever sans la plus vive émotion. Sa mère fit
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semblant de ne pas s'en apercevoir , et lui dit : Oh ! ça , ma fille , c'est à moi de répondre à ces deux rivaux ; mais c'est à toi de dio ter mes réponses. — A moi , ma mère ! — A qui donc ? Elst-ce moi qu'ils demandent en mariage ? est-ce mon cœur que je dois consulter ? — Ah ! madame , votre volonté n'est-elle pas la mienne? n'avez-vous p^s le droit de disposer de moi ? -^ Tout cela , mon enfant , est le mieux du monde ; mais comme il y va de ton bonheur, il est juste que tu en décides. Ces jeunes gens sont bien nés tous les deux : l'état, la fortune sont à peu près les mêmes ; vois lequel remplit le mieux l'idée que tu te fais d'un bon mari : gardons celui-là , et congédions l'autre, fjnilie , pénétrée , baisait le» mains de sa mëre , et les arrosait de ses larmes. Mettez le comble à vos bontés , lui disait-elle , en m'éclairant sur mon choix : plvs il est important , plus j'ai besoin que vos conseils le déterminent. L'époux que ma mëre m'aura choisi me sera cher, mon cœur ose vous en répondre. — Non, ma fiUe ; on n'aime pas ainsi par devoir ; et tu. sais mieux que moi-Hoiéme ce qui est digne de te rendre heureuse. Si tu ne l'es pas , je te consolerai : je veux bien partager tes peines, mais je ne veux pas les causer. Allons , je mets la main à la plume, je vais écrire ; tu n'as qu'à dicter.
Qu'on s'imagine le trouble, la confusion, l'attendrissement d'Emilie : tremblante auprès de cette tendre mëre, une main* sur ses yeux et l'autre sur son cœur, elle essayait en vain d'obéir; sa voix expirait sur ses lëvres. Eh bien ! disait la bonne mëre, auquel des deux allons-nous répondre ? finis ; ou je vais m'impatienter. A Yerglan , dit Emilie d'une voix faible et chancelante. — > A Yerglan , soit. Que lui dirai-je?
« Il n'est pas possible, monsieur, «qu'un homme qui se do£t , » comme vous , à la société , y renonce pour vivre au sein de sa » famille. Mon Emilie n'a pas de quoi vous dédommager des sa-* j> crifices qu'elle exigerait. Continuel d'embeUir le monde ; c'est » pour lui que vous êtes fait. » — Est-ce là tout? — Oui, ma mëre. — Et à Belzors, que lui dirons-nous? Emilie continua de dicter avec un peu plus de confiance. « Vous trouver digne d'une » femme aussi vertueuse que belle , ce n'était pas , monsieur , tous M interdire un choix qui m'intéresse autant qu'il m'honore ; c'était » même vous y encourager. lYotre modestie a pris le change , et M vous avez été injuste envers vous-même et envers moi. Yeneft » apprendre à mieux juger des intentions d'une bonne mëre. Je » dispose du cœur de ma fille , et je n'estime personne au monde » plus que vous, w
Yiens toi-même, mon enfant, que je t'embrasse , s'écria ma* dame du Troène : tu remplis les vœux de ta mëre ; et tu n'aurais pas mieux dit quand tu aurais consulté mon cœur.
Beixors accourut, ne se possédant pas de joie. Jamais mariage of fîit plus applaudi, plus fortuné que celui-là. La tendresse de JSelzors*se partagea entre Emilie et sa mère ; et Ton doutait dans le monde laquelle des deux il aimait le plus.