PREMIÈRE PARTIE
Comme l’action de grâces est le devoir le plus essentiel de la créature envers le Créateur, et l’hommage dont le souverain bi^fiiteur des hommes paroH le plus jaloux, l’ingratitude est le vice le plus injuste , et dont sa bonté est d’ordinaire le plus blessée. Or, mon cher Auditeur, si après vous élre relevé dans ce saint temps par la grâce des sacrements, vous allez retomber encore et rentrer dans vos anciens égarements , non seiilemait vons êtes un ingrat, mais vous êtes un ingrat dam les circonstances les plus odieuses; et je vons prie de les remarquer avec moi.
En premier lieu, pins le bienfait dont vous avoit fav<HÎsé étoit grand , plus l'ingratitude qui le fait oublier est notre. Or, mon cher Auditeur, quel bienfait plus signalé, que celui de votre délivrance, lorsque frappé de rhorreur de vos crimes, vous êtes v€tiu les déceler aux pieds des autels, et promettre A Dieu une vie plus retirée? Rappelez-vous l’état déplorable d’où la grâce vint vous tirer. Vous étiez un enfant de colère, un membre de l’Antéchrist , un monstre d’iniquité : vous étiez chargé de roille anathèmes qui dévoient vous rendre étemeilemeiit ennemi de Dieu : vous n’aviez plus de part A l’espérance des chrétiens : vous étiez déjà jugé, et votre condamnation étoit certaine. Votre malheur pouvolt-il élre plus terrible? Mais opposez A oet état déplorable la situation où la grâce des sacrements vous a établi ; vous êtea devenu l’enfoni de Dieu , l'héritier du ciel et des promesses futures , le membre vivant de Jésus-Christ: votre ame, embellie de justice, est devenue la demeure de l'Esprit saint : vous avez reçu la charité, ce don qui ne passera pas, ce don ^Ds estimable que toutes les grandeurs de la terre; ce dm avec lequel vous avez tous les autres dons, et sans lequel , quand vous seriez sur le trône , vous n’êtes rien vous-même. Que peut-on ajouter à la magnificence de ce bienfait ? Une vie entière de reconnoissance poorroit-elle assez le payer ? Ah! les saints, dans le séjour de la gloire, eu rendront d’étemelle.s actions de grâces, et rétemilé ellemême leur paroUra courte pour un iiommi^re si ju^e et si consolant.
Digili^ byC:.i«>gIt
SUR LA RECHUTK.
Et >'008, mon cher Auditeur, à peine mettez^ vous quelque intervalle entre le bienfait et Tingra* tiiude! Une faveur qui ne subsiste {4us réveille moins la reconooissance , il est vrai ; et Téloignement du bienfait peut quelquefois faire oublier le bienûiiteur. Mais ici les dons de la grâce sont encore vivants dans votre ame ; vous ne U'S éteindrez qu’avec votre inlidélitè : ces tloiis sont même éternels par leur nature; et vous auriez pu les conserver toujours, si vous Sctviez coonoitre le don de Dieu , et ne |>as détruire ce que sa main miséricunlieuse vient d’étlilier en vous.
Mais quand la grandeur du bienfait ne vous remlroil pas le plus ingrat de tous les pécheurs, rappelez eu second lieu la manière dont U vous a été accordé. Dans quel péril étiez-vous , anie infidèle, lorsifue Dieu vous a toucliée? Hélas! vous le savez , dans le fond de l’ablme et de la dissolution, prête à tomber dans le dernier degré d’insensibilité , doii il n'est plus de retour ; et vous périssiez peut-être sans ressource, s’il vous eiH, dans cette conjoncUire, refusé sa grâce. Quel temps a-t-il clukisi (K>ur vous raccorder? Ab! la circon^nce peut-être du crime même ; ça été un retour vif sur rioEamie et la courte durée du plaisir que vous veniez de préférer à votre Dieu : dans ce moment affreux où il devwt lancer sur vous tous ses foudres, il n’a fait pleuvoir sur votre aiiK* qu’une ro- M‘e de grâce. Kst-il rien de si touclianl que le liienfait d'un ennemi , dans le temps même qu'on l’outrage ? Que se passoit-il dans votre c<rur, lorsqu’il a daigné vous regarder avec des yeux de mi- Miricorde? Kliez-vous fort heureux dans vos plaisirs, et en étal de vous passer de lui : livré à ces dégoùU amers qui suivent les passions; abandonné des créât lires ipie vous aviez préférées au Créateur ; lasse des plaisirs, et ne trouvant plus que d’affreux remords dans le crime ? Ça été dans cet état , où délaissé des faux dieux en qui vous aviez mis votre espérance, ils’estsenliéinudetendressepourvous; il vous a visité dausvotreafOiction ; il est devenu votre consolateur, et il a été l’ami de votre adversité. Ah! poiivoit-il choisir des circon<4ance.s plus tendres pour vous faire estimer son bienfait, et vous intéresser â une reconnoissance et à une fidelité étemelle ! Et ce()endant à la premtère lueur de fortune mf de plaisirs (|ue le inonde va faire briller à vos yeux, vous retournerez sous ses élendards; vous oublierez le bienfait et votre bienfaiteur luiméme; vous lui ferez comprendre que vous ne vous êtes adressé à lui, que lorsque le monde ne voulüit pas de vous . et le chasserez encore indignement de votre ame. Fut-il ingratitude plus digne de tous les 8up{>lices!
Je ne parle pas, en troisième lieu , du grand nombre de crimes que le Seigneur vous a pardonnes. Quelle conscience êtes-vous venu présenter au sacRé tribunal? Votis en avez vu frémir d’horreur le ministre de Jésus-Christ ; et vous-même n’avez pu , sans pâlir à ses pieds de saisissement et de confusion, en soutenir le spectacle. Depuis si kmg-iemps, vos jours et vos moments n’éloient plus marqués que par les chutes les plus honteuses : cependant le Seigneur n’a pas voulu supputer avec vous. Mille ans ne sont qu’un jourà ses yeux, dit le Preplkèle; et des millions de péchés, dont vous étiez coupable , n’ont plus été devant loi que comme un seul péché qu’il vous a remis à l’instant : dès-lors toutes vos fautes ont été comme si elles n’avoieot jamais été ; sa bonté les a scellées dans un sac, et jetées an fond de la mer ; il les a effacées du livre de mort , où elles étoient gravées en caractères immorteU. Plus il avoil oublié d’offenses , ab ! plus sans doute vous deviez conserver le souvenir de sa bonté , et en éviter de nouvelles ; mais vous allez retomber. Eh ! qu’allez-vous faire, mon Frère ! Comme votre ingratitude ne saurml être plus odieuse, les suites de votre faute ne pourrment être plus funestes; vous allez faire comme revivre par ce retour tous vos anciens désordres; vous allez ratifier par ce nouveau péché tous vos péchés d’autrefois. Ah ! il en étoii de vos crimes passés avant te moment fatal qui vous verra retomber, conune de ces ossenienis secs et arides dont le propliètc Ezécliiel vit les plaines de Babylone couvertes. Le cliamp de votre ame étoit couvert de ces tristes débris , et de ces restes iiiantméa de vos anciens désordres; ils éloicni morts aux yeux de Dieu ; sa grâce toute puissante avoit donné le coup fatal à tous ces monstres; ils doriuoient dans votre oæur d’un sommeil étemel : mais te consentement ingrat que vous allez d(mner à une nouvelle offense va être le signal funeste qui les rappellera tous à U vie. A ce souflle de mort sorti du fond de votre corruption , vous les sentirez tous se ranimer au-dedans de vous, et reprendre leur force et leur vigueur première ; Iiisuflla super in- (erfectos tstos,efreririseaMf.(Ez£CH.,xxxvii,9.) Une année de monstres va ressusciter dans voire cceur, ces os aride vont redevenir des ennemis furieux, puissants, formidal>les; et le champ de votre ame va en être encore couvert , désolé et ravagé comme autrefoâ : Sfefenuifque super ptdes «vos exercitus grandis nimis raide. (Ezf.ch., v. 10.) Grand Dieu ! quelle est donc la malignité d’une seule offense , de redonner , pour ainsi dire, l’ame et la vie à ce qui n’étoil plus , et de vous faire presque révoquer vos grâces ?
i C'-H)gk
MERCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE
Ce n’est pafl^nies Frères, que les dons de Dieu ne soient sans repentir, et qn’un péché pardonné puisse jamais être imputé. (Rom., xi, 29.) Mais la malice de la ^hute est telle, que, première* ment , l’aete par leqtiel vous retombes est comme nn nouveau consentement donné à tous vos pre* miers vices; voos rétractez vos larmes et votre douleur; vous vous re|>entez de vous être repenti; vous dites à Dieu dans la préparation de votre creur : Sei^meur, oublier, mes larmes et mes prolestations; je les ai oubliées moHmème; je voue rends le pardon que vous m’aviez aeoordé; reprenez vos grâces et vos bienfaits; je vais reprendre mes volesanciennes : et Dieu, qui juge de Thomme par la situation de son corar, commence à vous imputer ce que vous cessez de liaîr et de plenrer vous-même. Secondement , la malice de la reclmte est telle, qu’elle réveille et reproduit, pour ainsi dire, en vous toute la corruption que vos ancieas désordres avoient mise dans votre ecrar, et qu’elie vous rend toute senle autant de foibleases, autant d’insensibilité pour le salut, autant d’éloignement de Dieu, autant de rapidité pour le mal, qne tons vos crimes passés ensemble avoient pu vous en inspirer. Troisièmement enfln , qu'elle ajoute à ee premier état de corruption où vous étiez , la circonstance d'une nouvelle chute; c'est-è-dire , un nouveau degré si monstrueux de misère et de fdblesse , que mille crimes réitérés, avant votre réconciliation et votre rechute, ne vous auroimt pas mené plus loin , ni enfoncé plus avant dans l'abîme déploraMe. Voilà les Itorreiirs de l'ingralitude et les suites terribles d’une seule faute.
En second lieu , à l'ingralitude , le pécheur qui retombe ajoute la perfldie .* il viole une foi donnée au Dieu terrible , et donnée dans le tien saint à la fore des autels , et dont tous les esprits célestes ont été spectateurs; tine alliance .scellée de tout ce que la religion a de plus sacré et de plus auguste , confirmée par le sang de l'Agneau et par les aolennilés les plus irrévocables : il trahit des promesses jurées entre tes mains d'un ministre de la réconciliation , qui les avoit reçues an nom de Jésns- Christ. Ce n'étoienl point id de ces serments dont b précipitation peut excuser le violemeot ; U les avoit faites avec matnrité , et après 6*étre même long temps défendu contre b grâce qui tes deroandoit de lui. Et après l’appareil angusie qui vient d’accompagner cette grande action, ap^ avoir juré une fidëliic étemelle à son Dieu anx gigda des aulds , à b foce du del et de la terre ;
sa foi , il manque à sa promesse. Eh ! vous Wbpiquez de fidélité envers les créatures, mon dier Auditeur ; vous êtes reUgieox dasavot paro>
les , et vous voulez qu'on vous croie tel : et envers votre Dieu , vous ne rougissez pas d’être perfide? et b probité et la bonne foi , eti traiiantavec votre Père et votre Seigneur, ne vous paroltpasune vertu si estimable ? et vous ne trouvez rien de noir à être si souvent lldie , infidèle et sans honneur à ses yeux? Ab f il se piaignoit autrefois dans son prophète, que le pécheur ne le dlstinguoit point de l’Itomme : ArisHmasN, tntgue, qwùd ero ttti ztmi/iz (Ps. xlix, 21 } ; mais c'est tout ce que je vous demande aujourd’liui ; traitez avec lui comme vous traitez avec les hommes; et bites-TOiis du moins une gloire d’éire dans la religion comme vous êtes dans la sodéCé , franc , nncère , fidèle , incapable de trahir votre foi , et de violer lareligion de vos promesses. Est-ce pour les hommes seulement que vous avez reçu du ciel un cœur noble, généreux, bien fait, incapable d'une bclieté? pourquoi n'en féi'ez-vous point d’usage pour celui qui vous l’a donné ? Et vous surtout qui m’écoutez , n)on cher Auditeur, votre perfldie est d’aniant plus criminelle, que vos promesses de fidélité ont été accompagnées de [dus de marques de douleur et de bonne foi : car souffrez que je voos rappelle ici oes moments heureux , où , touché de repentir, vous êtes venu répandre raroertnme de votre emur an pied des tribunaux sacrés. Que de soupirs I qne de regrets sincères sur le passé! qne de protestations tendres d’une étemelle fidélité pour l'avenir! De quel air touchant vous pbigniez-vous à Dieu de l'avoir connn si tard! Combien de fois lui avez-vous redit au sortir des pieds du prêtre, et après vous être dédiargé du fardeau de vos crimes , que cc moment de pénitencé étoit le plus doux et le plus heureux de votre vie, et qu'au fond, vous n'aviez jamab été tranquille sam lui ? Infidèle ! et après tout ce tendre appareil de réconciliation , vous allez de nouveau loi déclarer la guerre ; voils allez oublier des promesses qne vos larmes et vos .soupirs tout -'iciils atirolenl dtl rendre saiTiV.<,qinnd le respect dû au maître à ([ui vous les aviez faites n’aumît p.is sufli [wur vous empêcher de les violer î Ah ! le.s pierres de ce temple , qui oui < ic les témoins île vos soujûrsel de vos pwlestatûHis, s’élèveront contre vous devant leSeiirinur, dit un prophète; ces tribunaux sacres qui viennent d’être les dépositaires de vos serments , de vos larmes , et de vos crimes, parollront nn jour en préstmee de l’iinîvcis assemblé : Lapix dp pariftp chmnbU; êt ff- 0Num. quod irrfra jiiurhirum (vdifiriorum Cf# , renpoudehit. (IIabac. . ii , -M .) Vous y reconnol- Irez gia\i‘S en caractères immoriWs, vn.s larmes, os MHipirs , vos protestatioiis , vos promesses de
SUR LA RECIIt ri!:.
flikHité; et rnn roas condamnera {lar >otre pro* pre bouche.
Vous avez sans doute frémi, mon cher Auditeur, toutes les fois que racontant l'histoire des souffrances du Sauveur, on vous a parlé de la perlidie du disciple qui le livra ; le nom de ce monstre n'est jamais venu frapper vos oreilles qu'avec de nouvelles liorreurs ; mais votre rechute après les ^missements de la pt'nitence me paroli bien plus noire ; car nous ne lisons pas du moins que Judas eiU frit Jésus-Christ de grandes proletlalionsde lidélilé. L’Krangile en rapporte de presque tous les autres disciples. .4/foits ri moaroiis arec i«i (JoAX., Il, 46), disoil Tlioroas. Seigneur^ montrez-nou$ votre Père^ ei cela nous suffit ( Ibid., XIV, S), ainsi parloit Philippe. Qituod tous les autres vous abandoimeroieiit. disoit Pierre , je ne rôtis a6afidoiiaerois pas. (Mattii., xxvi,33.) Judas seul ne parie nulle part, et du moias |iar ce silence affecté et par oefle froide imliffcrence , U nous |Mrépare comme de loin à sa perlidie. Ülais vous, mon citer Auditeur, ah! vous avez amusé Jésus-Chnsi par tous les deliors de la [dits fervente üdelité; vous l'avez appelé votre bien-aimé, comme l'épouse; votre libérateur, comme la Adèle Sion; votre portion, votre héritage, le Dieu de votre cfpiir, comme un roi pénitent ; et cefteiidanl ce ne det'oient être lâ que les préludes de votre perlidie. Ah! que vous êtes devenue vile et niéfirisablc k ses yeux, ame inlidèle, en revenant à vos première.s voies ! Quàm vilis facta es Niuiis, tlrraiis vioz luas! (J ÉaiÎM., il, 36.)
En troisième lieu, à riogratitiide et A la perüdie, ajoutez encore le mépris. 4^i je rétablis ce que j'avois détruit , dit saint Paul , je me déclare prévaricateur (Gàlat. f il, 48), c’est-A-dire, transgresseur affecte de la loi. Voas ne letournez A Satan qu'après avoir goûté et examiné tout ce qu'il y a d'avanlageux dans le senice de Jésus- Christ; qu'après avoir Ctmiparé la douceur et la gloire de son joug, A la honte et A laseniiude du péclié. Le parallèle fait, les avantages des deux côtés balancés, le ciel mis en comparaison avec 1a terre, l’iniquité avec la justice, les plaisirs des sens avec ceux de la grâce, Jmis-Chrisi avec ilelial, TOUS allez vous déclarer pour ce dernier ; vous allez prononcer, qu'il est plus grand , plus aimable, plus digne d'étre servi que votn* Dieu. O Dieu ! quel outrage frit A votre gloire! vous que tout partage inéme blesse ; vous que toute égalité mémo d'amour et d'iioramages insulte!
En effet , mes Frères, tout ce qui peut rendre un mépris criminel se trouve ilans celui-ci. Ce ne sera pas un choix aveugle , et qui puisse trou-
ver son excuse dans rignorance : vous avez vu , vous avez connu , vous avez essayé des deux }tarlis. Ce ne sera pas un choix indiffèrent , et où l'isn puisse alléguer la suriirUe: aii! vous étiez instruit, et de votre propre faiblesse et du péril des occasions , et une mallieureiise ex|»erience ne vous avoil rendu que truji habile là-dessus. Kniiii , ce ne sera point un dioix Iranqiitlle , sans reiiuirds , sans le cri secret de la couscieiice , comme lorsque vous tombiez avant votre pciiileiice. Ah ! vous frémirez avant que de i^asser outre; votre cirur s'y refusera presque lui-mèiiie; le souvenir de la grâce que vous aviez re^'uedans votre récuucilialion , et que vous aurez iiMligoement profancc, ne se présentera A vous qu’avec mille frayeun» secrètes.
El c’est ce que saint Cyprien repruchuii autre* A)is aux iidëles qui avoieiil eu le mallieur de retomber dans l’idolAlrie durant la persécution. Avant votre régéneralitm en Jésiis-Clirisi, iiks ci)ersFi*éres, Jeurdlsuil-il, vous offensiez un Dieu que vous n’aviez jamais connu ; vous adoriez vos idoles sans reuionis; et cette fumiste sécurité |kiuvuil diminuer aux yeux de Dieu l’horreur de vos liommages : mais lors(|u*ébranlés par les meuacea do tyran, vous avez clé conduits au Capitole, et qu'ila fallu apprudier de l'autel sacrilège : ad Capitolium venium est (Cïph. ub Laps.); ah I frappés du souvenir de la grâce , qui depuis |ieu vous avoil ap|*elcs la à lumière de l'Evangile, cl retirés des déréglemenU de vos {in'iuières mcrtirs ; saisis de reiiormilé d’iiiie a{N>stasie qui alloil refaire inutiles tous les travaux de votre {)éiiileuce,et tous les ilonsque vous aviez reçus avec 1a foi en Jésus-Clirisl; vos pas ont commencé Aclianceler, iabacit gressus: vos regards, A se troubler, caUgacit aypectus: vos entrailles, A se soulever, freiimeruiil visrtra: vos mains, à retomber sous leur propre poids , et à se refuser au détestable ministère des ensencements , brachia conciderunt; votre langue Irenihlanle, sur le point de renoncer A J(^s-Christ, s’ est arrêtée, et n'a prononcé qu'aveepeine les paroles de blasplièmes, h(tsit : en nii mol , on vous a vu approcher de l’autel, oii l'on vous condiiisoU pour immoler aux idoles, tremblants , abattus, comme si l'mi vous y eût comluiU pour y être immolés vousmèines ; ^ra ilia f/uù moriUirus accessit, rogus illi fuit. Telle sera votre perplexité, ame inlidèle qui m’écoulez, sur le point d’une rechute. Et, reprend sabit Cyprien. malgré ces lumières vives qui vousdecoiivroient l’Iiorreur de votre aptisiasie, VO IS vous êtes prosternés devant l'idole; et vous avez déclaré , A la face du ciel et de la terre , que Jésus-Chrisl étoil un imposteur, ei que tous n’a-
MEKC.REDI DE LA PREMIERE SEMAINE
l'Ji
viez rien de commun avec lui. Ati ! mes Frères , conUnuoii cel éluquenl évêque , el je pourrois vous le dire à mon tour, que ii’aviez-vous été jusqu’ici dans les ténèbres de votre première ignorance! )K>urquoi avez-vous connu le Seigneur de gloire? il vous auroit été bien plus avantageux de n’étre jamais entrés dans les voies de la justice, que de retourner en arrière après les avoir connues. Pourquoi vous avons-nous découvert nous-mêmes la vanité des idoles? vous ne seriez que des aveugles, et vous êtes des contempteurs de Jésus-Cbrist; vous ne seriez que des adorateurs insemiés du démon , et vous êtes des blaspiiémateurs affectés du Dieu véritable.
Mais en quoi, mes Frères, le mépris du pécheur, qui va retomber, me parolt-il laisser moins d'espérance de pardon ? c’est qu’une rechute si prompte el si soudaine est une remarque presque infaillible du peu de sincérité des démarches qn’il vient de faire pour se réconcilier avec Dieu ; c’est une preuve presque certaine, qu’il n’adonné i J^us-Glirist le Iriser de paix que pour le trahir; en un mot , qu’il n’a reçu les sacrements que pour les profaner. En effel, mes Frères, se repentir, et retomber aussitôt ; venir se purifier, et se souiller encore de nouveau ; est-ce être pénitent, ou plutôt ii’est-ce pas être n>oqueur? Or, il y a quelque cliose de si insultant |K)ur Dieu , qu’une vile créature s’Immilie extérieurement devant lui, qu’elle lui demande grâce, qu’elle lai fasse des protestations réitérées de fidelité, et qu’en même temps elle roiiirage dans son cœur; elle lui préfère les objets les plus indignes ; elle le renonce pour son Seigneur et pour son Maître; en un mot, elle dément tout liaut ce qu’elle dit tout bas ; qu’après un tel outrage, le sein de la miséricorde divine doit lui être fermé pour toujours.
Mais, dira-t-on , est-ce que la reciiule n’est jamais précédée d’une conversion sincère ? Je sais , mes Frères, que le sacrement de pénitence ne Axe pas l’instabilité du cu‘ur humain ; qu’il ne déracine pas ce fonds de corruption que la seule immortalité absorbera , comme ditsatnl Paul ; et je ne |>rétends point dire ici absolument qu’on ait profané la pénitence, dès qu’on redevient péclieiir après avoir été pénitent. Mais en premier lieu, lorsqu’on est sorti véritablement jusUGédu pied des autels, el que la grâce sancliliante, qui suit le sacrement, a créé dans l’homme un cœur nouveau , on ne passe pas dans un instant d’un état de justice à un état de péclié. l.a grâce de la sanclincation laisse dans famé des penchants et des impressions durables, comme l'habitude du vice. On peut retomber, je l'avoue: mais ce n’esf qu'après une
suite de jours el d’années; après que le temps a in.sensiblement aiïfoibli la charité ; après que mille infidélités secrètes oui préparé faîne è ooe chute lUMivelle , et disposé l’esprit de Dieu à l'abandonner. Or, voyez, mon cher Auditeur, si c'est là f image de vos rechutes, et si la gracedu sacrement conduit votre innocence fort loin.
En second lieu , outre la grâce sanctifiante , vous recevez encore dans le sacrement des grâces de conversion , qui tout les suites de la première ; des secours qui ont dû vous faciliter la pratique de vos devoirs ; vous donner de nouvelles forces contre le vice , et vous soutenir dans les oecasioos; et cependant vous vous retrouvez le même au sortir du tribunal. On voit, dans les mêmes circonstances, les mêmes chutes : la présence d’un objet triompboit de votre foiblesse; elle en triomphe encore : une occasion injuste de gain séduisoil votre avarice ; elle la séduit encore : une complaisance vous rendoit infldèie à votre devoir; elle vous le rend encore. On ne voit pas que vous évitiez ces entretieos, ces lieux, ces assemblées, co plaisirs qui sont po<urtant de toutes vos confessions : vous n’en cultivez pas moius des liaisons toujours fatale» à votre innocence : vous n’en rabattez rien d’tm jeu qui est devenu la plus importante occupation de votre rie : vous u’en retranchez rien à des dépenses dont des créanciers, des domestiques et les pauvres eux-mêmes souffrent ; rien à un sommeil, où dans f inutilité de vos pensées et dans la mollesse de votre lit, vous laissez reposer, votre imagination sur des images toujours dangereuses à votre ame; rien à une vie inutile qui vous damne. On ne voit, ni précaution pour l’avenir, ni mesures pour le passé : les macérations , les veilles, el tout l’appareil de la pénitence , vous ne le» conooissez même pas : la prière, le recueillement , la retraite, et tous ces secours si nécessaire» à la piété, vous les négligez : en un mot , vous êtes encore le même, et le pénitent en vous ressemble parfaitement au péclieur. AU! ce n’esl donc pa.s le doigt de Dieu qui avoit chassé le démon de votre cœur : si cela étoit , dit Jé»us-Chri»t dan» l’Evangile , le royanmede Dieu seroil établi au-dedaas de vxhls : Si i» digito Dei ^icio dœmonia, profectà perve- Nil tu vos reyuum Dei. (Luc., xi, 20.) Quand vous avez guéri une ame , ô mon Dieu ! il ftaroli que votre main toute-puissante s’en est mêlée : vos miracles el le» transformations de votre grâce, sont durables , et ne res.sembleoi point à ces prestige» des imposteurs , qui échappent à la vue au moment même qu’on les voit parolire.
La pénitence vériuble, mes Frère», est un nouvel étal du cœur qui cliange no» acUoa», et corrige
DiQiiti^t^ by
SUK LA UKCUÜTK.
nos j>encliants. Cest un nouveau goiU qui nous rend le péché amer, el le don célesic agréable ; ç>st un nouvel amour qui nous fait aimer ce que noosavions méprisé, el mépriser ce que nous avions aimé : c'ett une douleur eflicace qui renonce en effel au péché ; une douleur juste qui le punit ; une douleur surnaturelle qui le déleste dans l’idée que Dieu lui-môme en a ; enfin , une douleur prudente qui n*a jamais pris assez de mesures pourréviler. Jugez sur celle peinture, vous qui retombez sans cesse, si vos (ténitencessemt vcriiabies, et si vous sortez du tribunal profanatenr ou pénitent.
Je n’oserois le dire ici , mes Frères , si les Saints ne l’avoient dit avant moi : ils ont tons regardé la pénitence de ces pécheurs qui retombent sans cesse, comme des dérisions publiques des sacrements , comme des attentats semblables à ceux des inlîdèlesqui venoieni dans nos temples fouler aux pieds les mystères saints, ou qui sur des théâtres infâmes en exposoient la véritable représentation aux railleries des spectateurs. Aussi de leur tempe, un fidèle qui , après s*étre purifié dans les exercices laborieux de la pénitence publique , reloniboit une seconde fois, n’éloit plus aiimis au nombre des pcnilents publics. Ce n’est (las qu’on désespérai de son salut ; mais outre qu’on craignoii que le remède, devenu trop commun, ne devint méprisable; ah ! on supposoil qu’iin lidèle qui , après les pleurs et lei travaux de la première pénitence retoiiiboil encore , n’avuit été qu’un imposteur, un faïUdtnc de pénitent , et qii’ainsi c’étoit exposer le sang de Jésus-Christ, que de ruffrir à un pécheur qui avoit pu en abuser. Il n’éloit pas jus- (jucs aux figures de la loi , qui n’annonçassent cette terrible vérité. Celui dont la lèpre, après avoir été une fois guérie, repoossoil «leore, éloit obligé de venir reparoitredevant legrand-préirequiravoil guéri , et on le déclaroit immonde pom* le reste de ses jours, c’est-à-dire anathème, séparé de l’autel et des sacrifices, et du commerce de scs frères : /mmtmdttire eoiidemiiafiifur. (Levit., xiw, 8.)
Mon Dieu! et on usoitde cette sévérité après une seule rechute ! on se défioit d’une pénitence qui avoit pu être suivie d’une seconde infidélité : eh! jugez, mes cliers Auditeurs, ce que lesSaiiils auroient pensé des vôtres, et ce que l’Kglise en pease encore aujourd’hui; jugez de| plaintes que vous faites quelquefois contre les ministres des sacrements qui , vous retrouvant toujours infidèles , n’osent plus ciifiii vous délier qii’après de longues épreuves, de peur de jeter le Saint aux chiens. Ail î je sais que nous ne devons {Mint aggraver le joiig; rpi’ori n’est pas inoias maudit de Dieu lors
qu'un ajoute un seul iota à sa loi par un excès de rigueur, que lors<|u’on l’en retranche par une lârliqté criminelle; et qu’il ne faut pas fournir aux péclieurs par une ostentation de sévérité, des prétextes de s’éloigner des clioses saintes. Mais faut-il ouvrir à l’instant les trésors du sanctuaire à des profanes qui les ont mille fois souillés? faut-il confier sans précaution le sang de Jésus-Clirlsi à des perfides qui font mille fois livré? faut-il ajouter foi à des promesses si souvent violées? Ne devousnous pas quelquefois, comme Elie, fermer le ciel sur (les adorateurs de Daai qui butent des deux côtés, et qui , en venant invoquer le Séigneurdans mie solennité, vont encore au sortir de là sacrifier à l’idole? Ne faut-il pas, comme Elisée , savoir arrêter quelquefois riuiile de la grâce et la vertu des sacrements , lorsqu’on ne nous présente que des vases pleins, je veux dire des cœurs toujours prévenus des mêmes passions? Eh I que ferionsnous, en vous accordant un pardon <]ue Dieu TOUS refuse, que mullipiier vos crimes et vous charger d’une nouvelle malédiction ? Ah ! plût au ciel , ame infidèle qui m’écoute^ , que vous eamlt/. trouvé tous les tribunaux fermés à vos rechutes honteuses, et que vos dérèglements n’eussent point rencontré un asile dans l’indulgeoce même du sanctuaire r un ne vous verruk plus dans les mêmes misères et dans les mêmes foibiesses depuis tant d’années que vous venez vous en accaseï*. Vous ne seriez plus couverte de cette lèpre que vous avez presque portée dès l’eiifance, si, ctumne la sœur de Moïse , vous eussiez trouvé un législa- Icnr sage et sévère , qui , sans égard au rang que vous tenez dans votre peu;^e, sans a<X]uiescei’ à la chair et au sang, vous eût séparée du tabernacle saint et du camp du Seigneur, jusqu’à ce que votre liuniiliation el votre douleur vous eussent disposée à recevoir la guérison , et à venir présenter vos offrandes avec le reste des fidèles. Une seule confession faite à un prêtre saint et éclairé vous auroil renouvelée : et vous voilà encore la même, après tant de sacremenLs et de démarches inutiles de p<’nilence.
Mais, que dis-je, la même? Ah! vous avez ajouté des dcs()rdrc.s qui n'ont Jamais été pardonnés, parce que vous ne vous en êtes jamais i%pentie comme il faut ; vous y avez encore ajouté la circonstance affreuse irtin grand nombre de sacrilèges. Mais il eût donc mieux valu, me direzvous, demeurer imijimrs endurcie dans mon habittide , et ne faire jamais d’efforts {lour en sortir ? ^Sans (Imite, il eût mieux valu demeurer péclieur, que venir profaner le sang de Jésus-Christ. Mais n'aviez-vons point d’autres moyens i>oiir évi-
MERCRKDI DE LA DREMIKRE SEMAINE.
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ter le sacrilcge? ne pouviez-vtms [wls vous disposer par une sincère {N-iiUence à appiuclier di^iieluenl de l'autel? e&l-ce une alternative inévitable , ou d’abuser dos clwses saintes , ou de s’en éloigner? Ali! ce ne .sont pas les remèdes divins qu’il faut fuir; ce sont les passiDiis qu’il faut vaincre : ce n'e^l pas en devenant impie, qu’il faut éviter les profanations; cV>t en usant avec pi(*té des grâces de l’Eglise ; ce n'est point en secouant le joug, qu’il faut devenir meilleur; c’est en observant la lui avec les dispixsitinns avec lesquelles elle veut èlfe observée : ce n’est point en ilisaiil .avec l'impie : Puisijue la loi est ime «‘casiun de cbutc, poun|uoi me condamne-t-on lorsijue je ne l’olkserve pas ? mais c’est en disant avec une aine touchée (CuHf. c. v. 3) : J’ai lavé mes pu'tls, comment les sa!iro'is-je encore ? vous avez Iwisé mes liens. Seigneur; on ne me verra plus en resserrer les funestes ineuds : vous m’avez retiré des portes de l’enfer; je n’y ilescendral pbis, de peur que mon dernier état ne soit pire que le premier. Eu effet , mes Frères, iioii seulement la rechute est nu vice que rien irexcusc , à cause de l’ingratitude, de la peilidie et du mépris qu’elle renferme : c’est encore un vice dont le pécheur a tout à craimire, à cause de l’impéniteuce et de l’état (ramiuille de crime oit clic le conduit tut eu lard.
DELXIEME PARTIE.
Rien n’est si vrai, mes Frères, que les reclmles nnisst nt eiilin par un étal Ihe et Iranqiiilie de crime; et vous iven douterez plus, si vous voulez faire avec moi trois réflexions, qui sont les preuves incontestables de cette gramle vérité. Im première, que les res.sources de salut , (|ui opèrent d’ordinaire la conversion des autres pécheurs, deviennent inutiles à celui qui retombe. La .seconde, que, .su))[H)sé même qu’il pût en fuire ii.sage , Dieu se las.se de les lui accorder. I^ troisième , <}ue la bonté même de Dieu ne sc lassant (>as , la malignité (>articuiière du péché de rechute , jointe an caractère du canirbuiiHiu, doit néccs.'aireinent conduire le pécheur à i'e<idurci'seuie.nt. Renouvelez,je vous prie, votre altcnilon.
lui pr< iiiier lieu, les voies onliriaires dont Dieu se sert 1*0111* convertir tm pécheur sont les iiouvelies lumières dont il le favorise, l’ne arne est éclairée comme par iin rayon .soudain sorti du sein de Dieu même, sur scs devuii's , sur ses inlidélités, .sur la vaimé des choses d'ici-has , sur la réalité des biens à venir ; alors le pcclieiir, surpris, s’indigne de la giussièrelé de ses erreurs |KiSNées ,
et suit la vérité qui se présente. Mais à votre égard , mon cher .\udileiir, vous qui après avoir été touchii de Dieu dans ce saint temps, reviendrez à vos premières voies, cette ressource de s<üut est désurmais ititiiile. Car je vous demande : que puurroul la voix de Dieu et les vérités de la foi vous découvrir de nouveau? vous avez vu clair dans les maximes saintes , dans les illusions du monde, dans les vérités terribles d’un avenir; ce ne sont plu.s là potir vous de nouvelles lumières , vous n’en serez plus ébloui , frappe , renversé ; et du moins elles ont perdu pour vous la surprise, et rcffel de U nouveauté si heureux dam les autres pécheurs. El certes, que vous apprendroient-ellcs ? Que le monde est un abus? vous le disiez vous-méme daii.s vos moments de componction. Que Dieu seul mérite d’étre servi? vous le protestiez il ti’y a qu’un jour aux pieds de ces aiUels. Que le salut doit être la grande affaire du chrétien? vous en conveniez devant Jésus-Christ. Que le péché est le seul malheur qui puisse arriver à l’homme ? vous étiez surpris de l’avoir justjue-là ignoré, si vivement vous le voyiez alors. Qu’a donc de nouveau Dieu même à vous apprendre? Il peut encore vous (flairer; je le sais : mais semblable à un homme qui marche en plein midi , vous ne ferez pas même aticntioiià cette nouvelle lumière; vous vous êtes familiarUé, et avec elle et avec vos passion.s ; vous avez réconcilié dam votre creur la clarté et les ténèbres. AU! auparavant un scu^ rayon de grâce, une seule vérité montrée, eût gagné votre cvritr ; atijoiird'lmi les lumières les plus vives ne feront plus d’impression sur un esprit accoutumé à voir. première foisqtie les Israélites virent durant la nuit la colonne lumineuse qui devuit les précéder, la nouveauté du spectacle les frap|ta : Us craignirent la maje.$té du Dieu qui résidoit au milieu d’eux; la terreur, l'admiration, le respect les rendit dociles aux ordres de Moïse. Mais quand Us furent une fois retombés dans leurs iiuirmures; ah! celte lumière céleste eut beau repamitre , ce ne fut plus pour eux qo’un s|>eclacle ordinaire qui ne changea rien à leurs nm iirs. Kl voilà reffel que proiluironl sur vous les vérités du salut, et les iumières du ciel désormais arcoiitiimees.
Lue seconde ressource de salut [Mur les autres péclieurs , c’csl le goût de la grâce ; c’est une nouvelle consolation qui suit les conimeucements de la justice, un attrait divin qui emporte le ccrur. Mais vous, anie infidèle, qui avez éprouvé ces .saintes impressioD.s , qui avez dit au Seigneur, comme cet AïKÎlre : Seigneur, il fait bon ici avec vouü; que pourra vous offrir de doux une nou-
sua LA RECIll J K.
velle et sainte vie, que vous n'ayez déjà ^1té? Un seul devoir de pieté accompli avec onction , un seul senümeiU tendre de salut , triomphent souvent de la dureté d'un pécheur; mais pour vous, ah! vous vous êtes fait un cœur accoutiit))é à sentir, à soupirer, à gémir, et apres cela, à retomber: vous avez une de ces aines tendres, nées avec quelques sentiments de religion, qui sont touchées de tout , et qui ne le sont jamais comme il faut. Ce n’est {>as rendurcissement ipii vous damnera; c'est une sensibilité de conscience qui vous amuse, et ne vous corrige point. Si vous aviez un aeur de pierre comme ces pécheurs tranquilles, endums, uii coup de la grâce pourrolt ilu moins le frapper, le briser, ramollir; mais vous avez un aeur tout de cire, dit le prophète, sur lequel les dernières impressions sont toujours les plus vives; facile à émouvoir, diflicile à fîxer, vif dans un moment de grâce, plus vif encore dans un moment de plaisir. Ah! mon cher Auditeur, si vous saviez quel est le danger de votre état et qu’il y a peu à espérer pour votre salut, vous frémiriez. Je ne veux pas vous jeter dans le désespoir; mais je vous dis eu tremblant inoimème, que les conversions des âmes qui vous ressemblent sont très rares, cl pres4|ue impossibles; l’arrêt de Jésus-Christ là-dessus est terrible. Celui, dit-il, qui après avoir mis la main à la charme , regarde derrière lui , n’est jwiiil propre au royaume de Dieu: .Von est aplus regno Dei, (Luc, IX, 62.) Jésus-Christ ne dit pas, il perd le droit qu’il avoit au royaume de Dieu , U se met en danger d’en être exclu pour toujours : non; mais il n’est point propre, non est aptus : c’est-àdire, ses inclinations, son fonds, le caractère particulier de son cœur, le rendent inhabile au salut. (Juand on dit qu’un homme n'est point propre aux sciences, à l’épée, à la robe; c’est-à-dire, qu’il a apporté en naissant des défauts incompatibles avec les fonctions de cet étal, et que certainement il n’y réussiroit pas. Et voilà ce que dit Jésus-Christ du pécheur de rechute f)ar rapport au salut: Que de tous les caractères, il n’en est point de moins propre au royaume de Dieu: iVon est aptus regno Dei,
Un impudique peut être touché; et David fit pciiitence de son adultère, l'n impie peut être frappé de Dieu , et sentir le poids de la majesté ((u’il avoit btaspliéméc; ei Ma^a^sès daas les djalnc.s adore le Dieu de ses pères dont il avoit renversé les autels; un pulilicain peut renoncer à ses injustices; et Zachée, après avoir restitué ce qu’il avoit ravi, répand libéralement son propre bien dans le sein des pauvres. Les per-
sonnes engagées dans le monde et dans les plaisirs t>eiivenl tout à coup être éclairées; et Madeleine, aux pieds de Jésus-Christ, pleure des péchés que son amour efface encore plus lieuieiiseineul que scs larmes. Mais un Acliab, qui, averti par Elie, laiilüt se couvre de cendre et de cilice, puis retourne à Béihel sacrilier à Baal, et revient tMicore, et au prophète et à ses faux dieux: mais un Sédécias, qui, touché de temps en temps des remunlraiices de Jérémie, l’envoie chercher en secret , le consulte sur la volonté du Seigneur, et au sortir de là relomhe dans son aveuglement, fait jeter le prophète dans une fosse, et le rappelle ensuite pour ie consulter encore et Foulrager le lendemain; mais un Saül, qui, tantôt touché de l’iimocence de David : Vous êtes plus juste que moi, lui dit-il; et un moment après le cherche encore pour le perdre: ah! on ne lit nulle p;irt qu’ils aient fait péniteuce, et l'Écriture nous les représente partout comme des princes réprouvés et liais de Dieu.
D^üù vient cela, mes Frères? c’est que la piété chrélieime suppose iiu esprit inîir, qui sait prendre son parti; une fermetc de raison Ccqiahle d’une résolution; et qui, la droite vpie une fois eoiiime, y entre et ne s’en délourne pas aisément : elle suppose une arne furie, qui peut être au-dessus d’un tiégoôl, d’uu oiislacle, d’un |>érll, de sa propre foibles.se : une aine généreuse, tpii sait mépriser un plaisir; sensée, qui ne sc coiidiiil , ni par goût, ni par senliineut. ni [lar caprice, mais ]:>ardes règles de foi et de prudence: en un mot, pour former une ame chrétienne, il faut quelque eho.se de grand, d’élevé, de solide, et qui soit au-dessus des foihlesses vulgaiies. Or, vos rechutes ne parlent que d’une inégalité de raison , qui ne sait pas se délenniiicr; d’une foihlessedc cœur, qui plie au premier ahslade ; d’une inconstance d’esprit qui (luUe toujours, [K)ur qui la nouveauté a des eliarines inévitables; qui s’ennuie bientôt d’un même parti de vie , et qui n’esl ingénieux qu’à se jtisiilier à soi-même ses changements. Vous paroi.ssez sea*ié aux yeux des hoinines, parce que la vanité' .<ouliciit vos dé'inaiehes extérieurc.s , mais jugez de vous-rnOnie par rapjKirt à Dieu , par votre conduite intérieure et cicliée : vous êtes le plus léger de tous les hoonues : vous êtes une de ces nuées sans eau , que les vents agitent à leur grc, dit saint Juile { J'p. Jun., 12 et 13 ); un de ces astres errants, qui n’uni jamais de route assurée; une mer incoastanle et orageuse, qui, après avoir jeté de.s cadavres hors de son sein , s’enfle encore, et va les reprendre sur les mêmes bords où elle veiioit de les laisser: l'lucius feri maris »
lîW MEUCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
sua.f ro»fu5îO)ifS. lofais que pitUonds- relever les murs de Jéricho , que le Seigneur avoit
je iciy mou cher Auditeur, en vous prouvant que démolis au seul bruit des trompettes des prêtres
vous nVHes [loint propre au royaume de Dieu? de Juda, fut frapf»é d*une malédiction éternelle,
vous décourager? vous dissuader de travailler à Ah! quand une fois la parole retentissante de
votre salut? à Dieu ne plaise; nwis vous faire l’Evangile, üguri'e par les trompettes de Juda,
trembler sur des rechutes qui sont comme le triste dans la iMuche des ministres saints , a dcHniit dans
préjugé de votre ivprubation. lincmurta crinunclle Jéricho que le démon y avoit
Je n’ajoute {Wis ici que la res.<ource des sacre- élevée, la misiTicorde de Dieu s’indigne que le |)C'
inent.s, si utile aux autres pécheurs, est iniitUe aux cheiir ingrat ose la relever sur ses propres ruines,
[M'cheiirs dont je (larle : c’est une vérité déjà de- et une maUkliclioii terrible est d'ordinaire la peine
montrée. Nos soins dans le trihuna) sont souvent de cet attentat.
heureux sur des aines criminelles, <jui jusque-là Et au fond, quel sujet aurez-voiisde vousplaiiiavoient vécu dans im oubli entier de Dieu. Mais dre, (pianü Dieu en usera envers vous avec celte
vous, mon cher Auditeur, vous n’y ap{>oriez que juste sévérité ? N’esl-il pas le maître de ses dons?
des larm&iinslriiitesà mentir, comme dit un Père, Mais d’aiUeui's, ne vous a-t-il pas attendu assez
et des vices déjà mille fois détestés ! vous (rainez long-temps à péiittcuce ? Quelles voies u’a-t-il pas
le poids de vos crimes de tribunal en tribunal : on tentées [>our lixer les vicissitudes éternelles de voyous voit, à cliaque nouvelle rechute, chercher uii tre cœur? les aflliclions? il vous en a ménagé; les
nouveau confesseur, pour vous épargner la honte maladies? vous en avez été frap|M> ; la perfidie des
qui accumpaguemit l’aveu des mêmes foiblesscs ; personnes sur lesquelles vous comptiez? vous l’a-
et vous faites gémir les ministres du Seigneur, vez éprouvée ; rainertume des plaisirs? il en a ré-
que vous n’êles venu , ce semble, instruire de vos |>andu à pleines mains sur les vôtres; des lumières
honteuses fragilités , que pour leur laisser, en les vives?de8reiiiordscuisants? hélas! c’estd’où vous
abandonnant ensuite, plus de loisir de les déplorer sont venus ces intervalles de pénitence qui ont par-
devant Dieu. Quelle ressource de salut pcut-il donc tagé vos désordres. Eh ! ne faut-il donc pas eniin
vous rester? La coimoissaiice de vos devoirs ? per- qu’il ait ses moments de justice , comme il a ses
sonne ne les connoit mieux que vous. Le goût de moments de miséricorde, et qu’après avoir attendu
la piété et les sentiments de la grâce? jamais cœur si long-tem|)s avec l)onlé, si l’arbre cultivé , ar-
n’y fut plus sensible que le vôtre. L’usage des sa- rosé , [>orlera eufindu fruit, il le maudisse eiiHn,
crements? ah ! vos maux sont accoutumés désor- retrouvant encore au retour tous ses soins inutiles ?
mais à ces divins remèdes. Grand Dieu ! qui cou- Mais quand même Dieu ne se retireroit {>as du noissez ceux qui vous appartiennent , et qui les ptk^heur qui retombe, la malignité toute seule de
avez manpiés sur le front d’un sceau ineffavable, la rechute et le caractère du cœur humain de-
comptez-vous dans ce nombre lieaiicoup de ces vroient conduire rame à l’étal dont je parle. En
âmes dont je jiarle? Tremblez donc, mon Frère, effet, il en est des rechutes de l’aine comme de
si vous êtes sage ; et demeurez ferme dans la voie celles du con»s • o*» vous l’a dit , et vous le savez ;
sainte , si la grâce des sacrements vous y a établi, elles finissent d'ordinaire jar une cxlinclioo en-
de peur que le Seigneur ne se retire de vous, et que Uére et irrévocable de la vie. La première fois
vous ne retombiez enfin pour ne plus vous relever. qu’on tombe, on trouve encore des ressources
Seconde réflexion (|ui prouve que les rechutes dans la force de l’àge, dans la vigueur du letiqié-
finissenl tôt ou tard par un étal lixe et tranquille de rament; et le retour est facile : mais à mesure que
crime. Dieu se lasse de suivre les pas d’un pécheur vous retombez, le coq>s s'use, la santé s’affuiblit,
qui retombe sans cesse , et de lui tendre si suu\ eut la nature succombe , et toute attaque presque de-
une main favorable: cette sensibilité qui vous vient mortelle. Ainsi dans la vie chrétienne , on se
reste encore pour les vérités du salut s’éteindra; relève aist'iiient d’une première chute : la foi, fias
ces retours qui ne peuvent vous laisser tranquille encore éteinte ; les incllualions de la grâce, encore
dans le crime sc calmeront; ces grâces qui vous sensibles; la santé de l’aine, fias tout-à-fait affoi-
rappellenl encore quelquefois ne seront plus ac- b;ie; tout cela peut faciliter un retour au {léciieur:
cordées. Je le disois, il y a peu de temps, rien mais vous retombez; ah! les lumières (leu à |>eu
n éloigné Dieu d’une ame , comme lorsque le pé- s’éteignent , la force de famé s’use , les dons de la
clieur prend plaisir de réparer î*ans cesse l’ouvrage grâce déjiérisscnl ; et enfin, vous retombez si
du d<Mnon, et d’édifier tous les jours de nouveau souvent, que vous retombez pour ne plus vous
ce que la grâce venoit de détruire en lui. 11 est relever, et que famé demeure comme accablée
écrit dans les livres saints, que celui qui voulut sous le poids d’une dernière chute.
Diyiiizüd uy
SUR LA RKUIIUTE.
En voulez-vous voir dans les livres saints une image bien terrible et bien naturelle , et y lire la ■a triste destinée d’une atne qui retombe? Uappelezvous l’bisloire de l’idole de Dagon : elle tombe devant l’arche; les prêtres des Philistins effrayés accourent ; leurs soins cette fois sont heureux ; ils relèvent l’idole à l’instant , ses pieds , ses mains sont encore à leur place; et cette première chute ne l’a pas mise hors d’état d’étre de nouveau pllicée sur l’autel. Mais Dagon retombe; ah! les prêtres aecoiirus A ce nouvel accident s’efforcent en vain de le relever; Dagon est tristement étendu par terre , immobile pour toujours A la place où il est tombe; la tête et les deux mains séparées du tronc , ce n’est plus qu’une masse informe qui ne laisse aucun espoir qu’on puisse la relever, et une figure mutilée qui n’est plus propre i|u’au feu : Porrit Dagon soins truncus remaiiseral iii toro SW). (1 Ueg., V, 5.)
Voilà , mon cher Auditeur, voilà votre histoire. Vos premières chutes n’avoient pas détruit et brisé, pour ainsi dire, en vous, l’image céleste du Créateur; les puissances de votre anie étaient encore en état; vous n’étiez pas entièrement séparé de Jésus-Christ votre divin chef; et les soins lie ses ministres vous eussent relevé et rétabli dans votre première place. Mais vous allez encore retomber; ah! l’image du Créateur va enfin se briser ; Jésus-Christ , votre divin chef, va se séparer de vous pour toujours ; vous tomberez pour ne plus vous relever; vous ne serez plus qu’un tronc informe, qu’on ne peut plus remettre à sa place, et dont la destinée ne peut plus être qu’un feu éternel : Porro Dagon soins truncus renianserat in loco suo.
Ail ! mes Frères , tel est le caractère des rechutes; la dernière ajoute toujours quelque chose à celle qui l’a précédée ; vous retombez toujours avec quelque nouvelle circonstance qui vous renfonce d’un degré dans le précipice; ce sont comme des plaies journalières qui en rouvrent une ancienne déjà fermée , en aigrissent le mal , et le rendent enfin incnrable.
Ah ! c'est alors, mes Frères , que le démon est paisible possesseur d’une ame : /« pure sunt eo gua- possidet (Luc, il, 21); outre qu’il y est rentré avec sept esprits encore plus méchants que lui , dit l’Evangile, il est bien plus fort et plus en état de .«e maintenir dans sa nouvelle possession , que lorsipi’il en fut chassé la première fois, parce qu’il est plus instruit : il reconnolt les endroits de ' votre ame par où Jésus-Christ avoit accoutumé d’y retitrcr, et de l’en clias.ser honteusement ; il a étudie les inclinations de votre cœur qui etnser-
voient encore quelque iutelligenee avec la grâce; ah ! c’est là (|u’il se retranche, (loiir ainsi dire; ce sont là les avenues qu’il fortifie et qu’il rend inaccessibles. Ainsi vous étiez touché autrefois à l’approclie d’une solennité ; vous ne le serez plus ; une mort soudaine vous alarmoit ; vous la verrez sans y faire de réllexions ; les discours de piété vous trouvoient toujours sensible; on tonneroit que vous n’entendrez plus ; la .seule présence d’un homme de bien faisoit naître en vous des désirs secrets de vertu ; vous serez le premier à parler avec dérision de la sainteté de ses exemples ; vous aviez encore retenu certaines pratiques de piété qui réveilloient votre fui; vous vivrez sans joug et sans règle : et voilà comme votre dernier état deviendra pire que le premier. Vous aviez encore autrefois des jours marqués pour les sacrements; vous faisiez de temps en temps quelque effort pour rompre vos vicieuses inclinations ; mais depuis que Dieu s’est retiré, et que l’esprit impur a rentré dans votre ame , vous entassez monstre sur monstre; pas le plus petit retour sur vousmême; plus d’autres troubles, que ceux qui vous viendront de vos passions traversées; plus d’autre crainte, ipie de tnan<|uer d’occasions de crime; plus d’autre vicissitude dans votre cœur, que la naissance de quelque nouvelle passion ; plus de dégoût , que pmr la piété et la justice. .Aussi nous voyons tous les jours qu’il n’est pas de péeheiirs plus extrêmes dans leur désordre, que ceux qui, après avoir fait ipielquc temps profession de piété et suivi des routes saintes, se rengagent dans les plaisirs, et se rendent au monde et à ses charmes; il .semble que Dieu, indigné de leur apostasie, maudit ces âmes inconstantes et légères; qu’il les frappe de vertige et d’aveuglement; qu’il les livre à un sens réprouvé et à toute la corruption de leurs désirs ; ce ne sont 'plus des pécheurs ; ce sont des monstres sans foi , sans religion , sans pu- I deur, sans aucun frein qui les retienne ; non, la piété ne dégénère jamais en vice mé'diocre. La manne, cette viande formée dans le ciel, lorsqu'elle venoit à se corrompre sur la terre , dit l’Ecriture , répandoit à l’entour une puanteur insupportable, et ce pain céleste n’étoit plus qu’un amas de vers et de pourriture : Seatere errpit vermibus, algue cowpiitTuit. (E\on. , xvi, 20.) Ah! voilà le sort d’une ame, qui, élevée dans le ciel , par une sincère conversion , en toiulie , pour ainsi dire , par un indigne retour, et vient se corrompre sur la terre : ce n’est plus qu’un spectacle d’horreur; ce n’est plus qu’un sé[uilcre plein d’infection ; elle ii’cxhale plus qu’une odeur de mort fatale à toiK ceux qui l'approchent ; et il n’est pas
JEUDI DE LA PREMIERE SEMAINE
de corruption , dit un prophète, pire que )a sienne : C'orrumpriur pufrerfine pexstuiri. (Mu:n., ii, 10.)
Uecueilloiis, mon cher Aiuiileur, avant que de linir, toutes ces vérités importantes : en voici le fruit. Êtes-vous delwul ? prenez ^rde de ne pas retoml)er; souvenez-vous que vous||>orlez le trésor de la grâce recouvrée dans un vaisseau de terre; fuyez Tapparence du nia); priez beaucou(i; dcliez-vous de vous-méme ; apprenez dans vos chutes passées le moyen de les éviter, et tirez le bien du mal à rexempie de Dieu même : quand on a été [téclieur, le retour au vice est si aisé et le pas si glissant, <|ue les pn‘cautions, pour éviter ce malheur, ne sauroienl être excessives. Mais virez-vous encore dans ces alternatives de grâce et de péché? ah ! déclarez-vous enfin; c’est assez balancer entre le ciel et la terre. Si Baal est Dieu , adorez-le tout seul, à la Ixnme heure; mais si le Seigneur est le Dieu véritable, n’adorez plus c/ue lui seul aussi. Pourquoi ces cnbrls pour revenir à lui, et ces fuiblesses qui vous en séparent? |ioiirquoi ces révolutions journalières du crime et de la vertu dans votre cœur? p(tun|uoi ces plaisirs et ces larmes? Ah ! ou essuyez vos larmes pour toujours, et recevez voire consolation en ce monde; ou n*y poui-suivez plus d’autres plaisirs que ceux de la grâce et de riiinorence; lixez-vous enfin. Je ne |>arle ici que pour rintérét même de votre repos. Quelle vie |K'nih!e , que ces vicissitudes éternelles de vice et de vertu ! vous le savez : éfernellemcnl coinliatlu, et par ces (roubles amers (pii vous rappellent à rinnocence , et par ces penchants infmlunés qui vous rentralnent dans le crime; toujours occiqKî, ou à pleurer vos foihiesses , ou à .surmonter des remords; jamais heureux, soit dans le vice où vous ne trouvez point de paix, soit dans la vertu où vous ne pouvez vous faiie line situation durable. Ayez donc pillé de votre ame, mon cher Auditeur; établissez eniln une paix solide dans votre coiLscieiice ; profitez de ces traits de miséricorde que Dieu lance encore sur votre cœur : peut-être louchez-vous à celle dernière rechute qui doit cnün terminer, par le jirix de rendurcissement, toutes les ingratitudes de votre vie, et (|uc, comme un arbre mort, vous allez rester pour toujours sur le coté que vous tomberez. Fixez donc dans le bien toutes les agitations de votre ame; afin que, fondé et enraciné dans la cliarilé, vous ne soyez pins un homme temporel, el que Yfjus puissiez un jour aller recueillir dans le ciel la cmironnc d'iniinorlaiilé desUncc à ceux qui [>ersévèrenl jusqu’à la fin,
//iiisi soil-if.
SERMON
wun LE jki:di de i.v prevhêre semaine
I>L CAREME.
.SLR LA PRIÈRE.
JHherrre ntri , Domine , Pill David.
Sei^icur, FlU <ie Davk!, jyirz pitié de moi.
(Matth., XV, 22.)
Tel est le gémissement d’une ame touchée de ses misères, el qui s’adresse au souverain médecin , dans la misériconle duquel (oui seul elle espère en Iruuver le remède. C’éloit autrefois la prière d’une femme cliananéenne , qui vouloit obtenir du Fils de David la guérison de sa fille. Persuadée de sa puissance , et attendant tout de sa bonté (tour les mallieureiix, elle ne connolt (ms de moyen plus sur de se le rendre propice, que le cri de sa douleur, et le simple récit de son infortune. Et c’est le modèle de prière que l'Église nous propose aujourd’lmi , pmir nous animer et nous apprendre à prier; c’est-à^ire, nous rendre plus aimable el plus familier ce devoir, le plus es- .sentiel à la (tiélé chrétienne.
Car, mes Frères, prier, c’est la condition de riiominc; c’est le premier devoir de l'homme; c’est l’nnique ressource de l’homme; c’est loiiic la consolation de l'homme; c’est tout l’homme, pour parler le langage de l'Esprit saint.
Oui, mes Frères, si le monde entier, au milieu duquel nous vivons, n'est qu’une tentation continuelle; si toutes les situations où nous nous trouvons, et tous les objets qui nous environnent, parois.sent d’accord avec notre corruption , ou pour nous arfolblir, ou (Minr nous séduire; si les richesses nous corrompent, l'indigence nous aigrit, la prosjK'rilé nous t^ève, l’aniiction nous alial, les affaires nous dissipent, le repos nous amollit, les sciences nous cnllenl, l’ignorance nous égare, les commerces nous répandent trop nu-dehors , la solitude nous laisse trop à naus-mémes, les plaisirs nous séduisent, les œuvres saintes nous enorgueillissent, la santé réveille les passions, la maladie nourrit, ou la tiédeur, ou les murmures; en un mot, si depuis la chute de la nature, tout ce qui est en nous ou autour de nous est pour nous un nouveau péril : dans une situation si déplorable, ô mon Dieu ! quel esjioir de salut pourroil-ii encore rester à l’Iiomme, si du fond de sa misère il ne faisoil inotiler sans cesse des gémisseroeiits