DEUXIÈME PARTIE
On ne prie pas quand ce n’est |>as le œur qui prie, dit saint Augustin; et Dieu n’écoute que le cœur. Or, le langage du cœur est toujours fervent et embrasé ; le cœur ne connoll point la tiédeur et la nonchalance : première instruction renfermée dans l’Iiisioire de notre Evangile. La sainte femme persuadée qu’elle parloit au maître des cœurs; que la multitude des paroles ne convenoit qu’aux adorateurs des dieux de Tyr et de Sidon , et qu’un seul sentiment d’iine foi vive plaisoit plus au Dieu véritable que le discours le plus abondant, ne laisse presque parler que sa tendresse et sa douleur. Elle crie à la vérité, damaril; mais le cri invisible de son cœur est encore plus puissant: elle pleure; mais ses larmes ne sont qu’une foible expression de sa peine : elle touche les assistants par le spectacle de sa désolation ; niais son cœur offre aux yeux de Jésus-Christ un canir mille fois pins toucliant : sa ferveur fait tout le nn'rite de sa prière. En effet , mes Frères , lorsque nous paroissons devant notre Dieu, tièdes, languissants, inattentifs; que nous exposons nos besoins comme des besoins étrangers; qu'il semble que l’affaire que nous traitons n’est pas la nôtre; que nous laissons parler notre langue sans y joindre les mouvenients religieux d’un cœur touché , que faisons-nous? nous choisissons les yeux de Dieu pour le rendre témoin des égarements d’un esprit oiseux et des tiédeurs d’un cœur infidèle; nous venons nous mettre en sa présence pour lui dire que nous ne l’aimons pas; nous nous prosternons à ses pieds pour ne penser point à lui, et ne nous entretenir qu’avec les créaturev; en un mot, nous l’irritons dans le lieu de propitiation, cl changeons en crime l'exercice le pins utile et le plus consolant delà foi. Carpremièrement, mes Frères, ce qui rend la ferveur si essentielle à la prière, est la majesté de relui que nous prions r les hommages tièdes sont indignes de lui ; et s’il maudit celui qui fait son o<ivrage avec négligence , quel autre acte de religion est plus son ouvrage qoe la
PRIÈRE. an
prière? Secondement, le prix des grâces que nous demandons. Quoi ! nous sollicitons des biens éternels, les promesses de la vie future, le don ineslimalde de la per»'vcrance , la possession immortelle (le Dieu: eh ! peut-on demander languU.samnienl des biens si précieux ? n’ est-ce pas déclarer, ou qu’on n’en est point touché, ou qu’on n’y prétend point? et le cœur tout entier peut-il suffire à les desirer ? Ali î sur tout le reste , nous trouvons en nous tant de vivacité; il semble que pour nous rendre froids et languissants , il suffit de nous présenter devant notre Dieu et de penser aux biens véritables. Trobièmement enfin , la nature même de la prière. C’est un commerce tendre avec votre Dieu; pouvez-vous y être tout de glace? c’est U considération de ses perfections inlinies; pouvezvous les contempler sans en être touclié ? c’est une attention sur tous les biens dont il vous a favorisé ; qu’y a-t-il qui intéresse plus un bon cœur que le souvenir des grâces reçues? c’est un gémissement sur vos feules |>assées; peut-on rappeler avec indifférence, devant ce que l’on aime , les iiiQdclités dont 011 a été coupable à son égard ? Tout nous apprend donc à prier avec ferveur; et sans cette condition, la prière n’est plus, ou qu’un mépris du Seigneur , ou qu’une occupation inutile d’un esprit oiseux et immortifié.
En second lieu, notre femme de Tyr ne veut devoir la grâce qu'elle sollicite, qu’à la seule miséricorde (lu fils de David; et l’humilité de sa prière répond à la vivacité de sa foi. Elle n’allègue rien en sa propre faveur, ni le courage qui l’a fait scHtir du milieu de sa nation, ni sa foi qui Ta portée à laisser là scs idoles , et venir dierclier un étranger; elle ne vent point d'autre mérite pour toucher Jésus-Christ , que sa propre misère : Fils de Dttcidtmjez pitié de moi. On la met au nombre des plus vils animaux; et elle trouve dans cet opprobre même une nouvelle raison de confiance : on lui préfère les brebis dTsraèl ; et elle souscrit à cette ignominie: elle n’allègue point, pour excuser ses superstitions passées et adoucir le titre odieux qu’on lui donne , les engagements de la naissance oii il eiiti'e si peu de chose de notre part, et qui font son malheur pIiiUU que son crime ; elle n’oppose point à la préférence dont Jésns-Christ honore les Juifs, leur ingratitude, leur envie, lenr endurcissement qui les rend encore plus coupables (|ue les habitants de Tyr et de Sidon: riuiniilité est simple, et ne voit que son propre néant. En effet, mes Frères, rien n’éloigne de nous les grâces du ciel , comme de chercher en nous-mêmes les raisons de la iilK-ralitc divine. Au commencement de la conversion, on jette qucl-
quefois snr soi dans la prière des yeux de complaisance devaiU la saiiUeté du Dieu qu'on atlure; sur un naturel heureux qui nous a toujours préservés de quantité d’cxrès , lors même que nous suivions les voies du orinie; sur un fonds de religion et de crainte de Dieu, qui, dans le temps môme de nos dêsonlres, nous inspiroil je ne sais quel respect pour la pieté et pour ceux (pii la prati(pioienl, et une secrète horreur pour ces hommes de pi'ché qui font d’une impiété et du nu pris des choses swiiiites rassahoimerneiii d’une üélmuche ; on rap[)ellc en secret l’idée de ces jRTheurs pour en faire honneur à celle qu’on se forme de soiiiiètne; et on dit, sans y penser, aux pieds des autels, comme le Pharisien: Je ne suis pas fait oruiime le reste des hommes. Sommes-nous plus avancés dan.s la vertu? loin de liénir la main «pû a rompu nos chaînes, noii.s croyons trouver dans notre justice les raisons <pie le Seinçneiii a eues de nous discerner de tant de [léchcurs qui s’égarent, et de nous appeler à ses voies saintes. Ainsi , lors- (pie dans nos aitliclions nous itous adressons au Seigneur, ah ! nous mêlons preiapie Imijnurs dans nos demandes le souvenir de ce que nous avons fait pour lui; il semble que nous demandons une justice, plutôt qu'une i?ruce : nous exposons, avec complaLsaïu'e , à ses yeux, commo les apôtres, une barque et queUpies lilets abandonnés; c’està-dire, les œuvres les plus légères faites en .son nom: nous lui disriiis dans le secret du cœur: ^e nous rendrez-vous rien pour cela ? enjo frit nobisf (M\rni. , xix , 27.) On reliasse .sur une aumône , sur une œuvre de inUcricorde, sur une pratique de piété ; et tandis que d'une main nous étalons nos calamités, de l’auirc nous pri^sentons nos mérites : nous melton.s dans une balance , comme Job, nos justices et notre affliclion; cl nous perdons souvent dans la prière le fruit des niiTites passés , oÿ ron auroii dô en acquérir de nouveaux. Ce n’esi pas qu’un se glorifie grossièrement devant le Seigneur, ou ne lui dit pus tout haut: Vous devez , Seigneur , à ma fidélité quelque reeoiii)ois.<ance; mes (Puvres saint&s seroienlelles effacées à vus yeux, vous devant qui tout est vivaiilPali! c’est dans le malheur qui lu’afillige, que Je dois sentir que ce n’est )>as en vain (pi’on vous sert. On ne le dit pa.s tout liant , mais on .se le dit tout bas à soi-inêinc; on n^élale p.m ouvertement ses mcriles, mais ou les laisse entrevoir; on se couvre de .scs justices; on n’envisage la majesté du TrtVIIaut qu’à travers ce voile fiat- ] leur de nos propres justices , sans se souvenir ipie Morse sur la montagne levoit le voile, lorsipi’il parloit au Seigneur, comme pour lui mieux expo-
ser ses misères, et ne s’en servoit qu'en se tournant vers le peuple, et pour se cacher, ce semble, à lui-même le souvenir des actions héroî<|ues, et des prodiges qu’il avnit o[mt( S au milieu de ses frères. I.e prclieiir n'a juniais de meilleur titre pour obtenir des grâces, que son indignité, et la chiiience d'un Dieu qui ne lui doit que le châtiment de .ses crimes.
A la ferveur et à l’humilité de sa prière, la sainte Cliananéenne ajoute en dernier lieu la persévérance. D’abord Jfsu.s-Cliri.sl n’avoil réfxmdu que par un silence froid et accalilant à ses supplications si soumises, si liiiinbles, si fenentes:
Oui lion respomlit et verbum. Elle a abandonné ses dieux, son peuple, sa fille même mourante, pour venir à lui, et il ii’avoit pa.s daigné la regarder: elle lui ex|H»e sa douleur d’une manière si vive, si tendre, si pleine de foi, si capable de toucher les cœurs ; les assistants en sont attendris, et Jrsns-Christ tout seul la voit d’un œil indifféi-eni ; lui tpii devoit pleurer sur Jérusalem rebelle, loi que la confu.don .seule d’une femme adultère, trouva .si indulgent et si miséricordieux ; lui qui se représenloit â sesdlsd|iiessou.s la figure d’un {lasleur tendre, occupe à chercher à travers les montagnes les brebis égarées; tui-iiiême refuse ses soins et sa tendre.sse àt^elle-ci qui vient àluid’uue i
région si éloigm^. Tant de foi, tant de démar- {
ches, tant de larmes, ne dcvoleiil-elles être payées que d’un silence si dé'solant? et quelle autre foi ii’edl |K>int été rebutée d’une rigueur si peu at- |
leiulue? Çiii non respotulit ei verbum. Cefiendant celle femme forte jicrsévère ; sa grande ame ne plie jioinl: jusqu’ici elle n’avoit os(t se pn^iuer au Sauveur, el s’étoil conlciuée d’élevcr sa voix de loin: Diniitfe rnm.r/KÎnWninaf post nos: mais à mesure qu’elle est refust*e, elle avance; el les rigueurs sont les seuls attraits dont Jésus-Christ se sert (wur l’attirer. Mais (]ue veut-elle dire enfin en SC (irostenianl aux pieds de Jé.«uS'Chrûit?
Vient-elle, piqm^ d’une secrète jalousie, lui rap- {leler le souvenir de tant de pmdigesfpi’il a <q>érés ailleurs ? hit dire, comme les habilauls de Nazareth: Le bruit public nous a instruits de e« (pie vous avez fait à Caphamaüiii. Vicnl-elle recueillir j
ce (pie son afdieiion lui laisse encore de forets, et i
par tout ce ipie l’amour mateniul |>cut inspirer de plus tendre el de plus cUKpienl , faire un dernier I
effort |Kiur loucher celui qu’elle veut se rendre 1
propice? Que pouvoil-on attendre de plus d’une ^
femme intidèle? cepeiulaiil voyez la aux pieds du Sauveur , comme elle adore en silence les c^rnseils étemels dirigés sur elle : ilia venit . et adora-
vit CNm, dicens: Domine j ndjuvn me: comme
JEUDI DE LA PREMIERE SEMAINE
SUK LA PRIÈUE.
elle muscrit en secret aux dispositions sévères de sa pénitence; comme elle s'humilie sons U main puissante qui la frappe. Traïupnlle sur le sort de sa fille , elle n*en parle plus : elle l'a mise depuis long-temps entre les mains de son libérateur : ce n’est plus la délivrance de son atniciion « qu'elle demande ; c'est la force de pouvoir la soutenir : Domine, adjura me : Seigneur^ soutenez -moi : elle se refuse même des plaintes, la seule consolation des malheureux : elle étouffe totit ce que la tendresse d'une mère a de plus vif : elle fait rentrei' ses désirs dans les ordres de celui qu’elle adore : elle se croit indigne d'èlre exaucée, st iilement parce qu’elle ne l’est pas; et tout ce (lu'elle sollicite, c’est une ame encore plus forte que sa douleur : Domine, adjura me : Seigneur, soulenez-moi : ne rendez pas la santé à ma fille, puisque votre justice et mon mfidclité s’y op(Xhent; mais arradiez de mon cn*ur la tendresse que je sens encore pour elle : Domine, adjura me. Qui n’edt cm que cette dernière démarche auroil enfin triom|)(ië des retardenienls du Sauveur ? cependant elle n'attire à cette femme si constante que des reprodies rigoureux: Il n’est pas juste, lui diton, de prendre le pain des enfants et de le donner aux diiens. Mais un mépris si outrageant ne la blesse point; les instances redoublent avec les difficultés, et ruhslinalion de sa persévérance arradie , pour ainsi dire , des mains de Jesiis-Ctirist une grâce si long-temps differée : O femme ! s’écrie-t-il, ne pouvant s’empêcher de louer tout liaut ce qu’il admiroit depuis long-temps en secret, notre foi est grande, qu'il tous .soif fait comme tous desirez. DoiiUe instruction pour nous , mes Frères, sur 1a persévérance dans nos prières. Souvent le Seigneur ne nous exauce point ; U nous laisse dans l’affliction dont nous demandons qu’il nous relire, dans les foiblesses sous les<|ue]les nous gémissons, dans les tentations d'où nous sortons toujours i demi vaincus : alors nous cessons de demander; il nous fiaroii inutile de lui réitérer des T(Pux qu’il n’exauce (>as; plus tranquilles même quelquefois dans nos passions, après eu avoir demandé en vain la délivrance, nous croyons n’avoir rien oublié de notre cété, et que désoi mais c’est à la grâce à faire le reste. Mais je ne vous dis |ias que peiit'étre tous n’éles pas exaucé, parce que vous demandez mal; que votre prière |iorte avec elle-même les raisons du refus de Dieu ; et qu'il faut en corriger les débuts, et non pas en interrompre la pratique : je ne vous dis pas que dans une vie toute mondaine, vous sollicitez peut-être des grâces qui ne sont que la récompense de la retraite , de la |iénltence et de la prière; ((ue vous
demandez le don précieux de la continence et de la chasteté, tanilis ()uc vos commerces, vos lectures, vos entretiens, vous conduisent à la perdre; la patience dans vos anUctioiis, vous qu'une recherche étemelle de vos aises a si peu jusiiue-lÀ accoutumé à souffrir; le goût de la vertu, vous en qui des mœurs lièdes et sensuelles éieignenl toutes les grâces ; la lideltlé dans les ocra.sions, vous qui ne veillez |>as sur votre cœur, et qui néuiigez toutes les précautions les plus ncces>aires à la piété chrétienne. .-\h] je ne suis point surpris si Jésus-Christ vous répond alors, comme aujourd'hui à la Chananéenne, qu’il n’est pus bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens; et que les fa- > eiirs que vous sollicitez ne sont pas le partage des pécheurs comme vous, et .sont réservées à la fidélité des aine.s justes : IVoii est bonum. Je suppose que vous demandiez comme il faut; et je dis que vous êtes injuste de vous rebuter, lorsqu'on ne vous exauce point. Kh ! quoi ? mon citer Auditeur, le salut vous paroll-il trop vii [>oiir être demandé plus d'une fuis ? en demeurez-vous à une seule démarche pour les choses que vous souhaitez vivement ? et que font les obstacles dans vos prétentions temporelles , que piquer et réveiller davantage vos de^i^s? Vou.s comptez vos démarches avec Jésns- Chrlst; mais les compte t-il lui-même avec vous? Après que vous i’avez laiU de fois rejeté, ne rcrien(-il (tas encore se présenter à la porte de votre cœur, ati.ssi empressé de votre salut, lorsqu’il vous apfielle à la onzième heure du jour, qu'il fétoil en vous appelant à la preaiière? Ah ! si après quelques inspirations de sa grâce, il se fût retiré loiU-à-fait de vous; » seiilemciit, pour n’avoir rien è se reprocher sur votre perle , il se fût contenté de vous avenir une fuis, et qu’il vous eût laissé ensuite entre les maiits de votre coiTupüon, où en seriezvous? O liumme, pouvez -vous demander trop souvent l’unique bien qui vous soit nécessaire ? et jguorez-vmis que votre Dieu veut être pressé , solitcilé, importuné; et que sa grâce, comme son royaume, est le prix de la seule violence? D'ailleurs, Dieu vous rehise? njais c'est pour vous obliger de le prier plus long- temps : it coimoil le caractère de >otre CQ'ur : si vous n’aviez rim à sotdiùilor de sa libéralité, vous ne vous adresseriez jamais à lui; si une fois il vou.s avoit exaucé , le bienfait vous feroit oublier le bienfaiteur. Dieu vous refuse? mais que savez-vous si vtitre prière elle-même n’est {xis plus agréable à Dieu que la vertu que vous lui demandez? s'il n’aime pas mieux entendre vos génil^mtenls sur votre impatituice et sur vos foildesses, que vous voir pins patient et plus fidèle? si la componction que vous lui
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JEUDI DE LA PREMIERE SEMAINE
:ÏIC
offrez de votre defaut dans la prière ne vous pu* rifie pas plus à ses yeux que ramendimentde ce défaut même? Mais enfin que savez-vous si vous ne vous ôtes point rebuté, lorstpie vous étiez sur le point d’obtenir ce que vous demandiez, et que le Seigneur n’altendoit plus qu’une nouvelle instance ? Vous avez pi lé et il n’a j>oint eu d’oreilles pour vous; vous avez cric derechef, il s’est tu : encore une fois la voix de votre cnnir est montée de nouveau vers le .Seigneur, et c'a été en vain : alors vous en ôtes demeuré là, comme ce roi d'Israôl après qu’il eut frappe trois fois la terre d’un javelot : mais que ne poursuiviez - vous, ■ comme répondit le prophète Elû«ée à ce prim*c imprudent : Si rous eussiez frappt^ ciiKf fois, c'en êioii fait de rWsst/rie, et vous auriez retnptit là une victoire eiifiére sur vos ennemis. ( iv. llKci., Mil, 19.) Dieu avoil marqué le moment de sa grâce à une nouvelle demande ; vos premiers vmiix l'avuient di^a disposé, et il n’étoit plus question <jue d’achever votre ouvrage : vous vous êtes découragé, lorsque vous étiez sur le point de re- <'neiilir le fruit de vos peines : .Si percussisscs quinquifs : enrore un ih*u de persévérance, vous ohtcnicz ce que vous demandiez : en«)rc un coup frappé à la porte, on vous l’eiU ouverte : encore lin nouvel effort, vous triomphiez de la lenteur de Dieu môme ; et vous perdez en vous rchulanl les grâces que vous aviez déjà méritées, et celles que XOU8 étiez sur le point d’attirer sur vous. TJne seule réflexion que je vous prie ici de faire, c’est qu’il ne suffit pas de continuer simpieinent et de ne pa.sse décourager; il faut redoubler ses efforts. Après qu’on a demandé, cherche, et qu'on n’a rien obtenu, il faut frapper. En effet, mes frères. Dieu ne diffère de nous exaucer, que ;»our rendre nos vœux plus ardents : il ne rejette pas nos tlemandes ; il ne vent qu’enflammer nos désirs : c’est là une de ces feintes de rammir divin, qui ne paroU se refuser que pour réveiller notre ten- «Iresse ; et souvent il renouvelle à l’éganl des âmes fidèles, l’histoire des disriples d’Einmaûs, c’està-<Iire, U ne fait semblant de se retirer d’elles, qu’afin qu’on lui fasse de noiivelle.s violences pour le retenir. Tel est le dessein de Dieu dans la sns- ]>ension de ses grâces. Or, vous ne vous lassez |ioint de demander, dites-vous, depuis le moment fatal qui vit périr votre innocence; depuis ce jour fatal qui cliangea voire joie en tristesse, cl qui tarit toutes les ressources de votre fortune; <lcpuis que la main du Seigneur vous a frappé de celle infirmité cruelle qui môle à vos jours lanl d’atnerlunies : vous ne ce.^^soi de demander la force de vous relever de votre chute; la foi pour soutenir
votre ailversilé ; cette patience chrétienne qni noos fait possi'der nus âmes en noiLs en rendant les maîtres; qui sait souffrir sans se plaindre et sans murmurer : et ce|>eu<laiU vous vous retrouvez encore aujourd’hui aussi fragile, aussi triste, aussi in<|uiet que le premier moment où vous commenç/ilcs à prier le Seigneur, vous persévérez, et le Seigneur ne répond pas. Mais je vous demande ; les relardements du Seigneur vous ont-ils conduit à (les instances plus vives et plus t>rcssantes? avezvous ajouté à la prière le seauirs du jeûne et de la pénilcnce? avez-vous tenté de iiouvelle^» voies pour fléchir le Seigneur? a-t on vu votre ferveur se rallumer, croître votre lidélilé , vos o*uvres chrélieimes se multiplier? eiiliu , avez- vous fait monter des cris plus {>erçanis vers le ciel , les premiers y éU|iU moulés sans succès? et , comme les Israclit(>s, après avoir fait, durant six jours, le tour des murailles de Jériclu», y avez-vous ajouté aa septième le hruit des trom|)ctle.s et des hurlements, comme iKiiirlriomplicr de Dieu môme par ce nouvel effort, et voir toml»er à vos pieds la [vission dont vous aviez tant de fois smihaiié d’ôtre délivré? Ali! le Seigneur ne vous exauce pas, parce que vous demaïulez toujours de ntôme : il a beau se refuser à vous, vitus ne sentez pas assez son refus, et voire voix ne monte pas vers lui avec un nouvel effort. Ah î ce qu’Elie ilisoll autrefois i^ar pure dérision, aux prophètes de Baai assomhiés à Hélhel pour imiiiolcr à cc dieu , je ponrrois vous le dire ici [jIus r(‘(‘llcinenl : Criez plus haut ; car votre Dieu dort quelquefois, et il a i>es(mi qu’on l'cveille. I.aChnnaiiée ne se contente pas de dire toujours : Eils de David , ma fille est oruellemenl loiirmeiUée ; elle s’approclie , elle fait de nouveaux efforts, enfin, elle oblige encore les disciples à devenir ses inierccsseiu’s auprès de Jésus-Christ. El voilà , mes Frères , le modèle de notre persévérance : adressons à Dieu nos vœux et nos prières : s’il ne nous exauce point , retournons à cc saint exercice avec une nouvelle ferveur : s’il coiitimie d’être sourd à nos cris, loin de nous rehuier, revenons sans ce.sse à la charge, et faisons-lui en quelque sorte violence pour lui arracher ses grâces; intér(*ss<ms dans notre cause les gens de bien ; ce sont les amisd(; Dieu; ils ont du crédit auprès de lui ; seulement gardons-nous de compter sur les prières des gens de bien, au point <|uc nous négligions de prier pour nous-mêmes, l.es a|K)tT(*s <]ui soüicileiU pour la Chananée sont refus('*s, et la Cliananée oblieul ensuite elle-inôine ; pour nous apprendre, dit suint Chrysoslôme, que les vœux (jue nous adre\soiLS nous-niéme au Seigneur, quelque pécheur que nous iioyoïis d’ailleuct.
SUR LA CONFESSION
le touchent tout antremenl que des vieux étrangers, quelque pursqu'ib (uiisscnl être devant lui. Cependant, voilà en quoi consiste preiH|uc toute la piété des personnes d’un certain ran^ ; à lionorer les serviteurs de Jésus-Christ , et à recommander à leur piété et au nKTÎte de leurs prières les besoins de leur aine. Mais que sert, mes Frères, d’intéresser les Justes à votre salut , si voas ne voulez pas y travailler vous-mêmes? Que sert, que des âmes saintes dUenl tous les Jours : Seigneur , convertissez celte aine que vous avez rachetée de votre sang; si de votre cété vous dites : Je ne saiirois me donner encore à vous ; ne rompez («s des liensqiii me plaisent, et que je ne piiisliairejicore? A'ous ressemblez à cet inrurtuné Simon « qui ne voulant pas avoir de part à la grâce de l'Evangile et à la iH-édicaUoo des8(MUres, ni sortir de ses voies (garées, conjuroit cependant les disciples de prier le Seigneur pour lui : Prefambii ros pro me ad DomiHum. (AcT., viii, 2L) Ne mêliez point d’obstacle aux grâces que l’on sollicite pour vous , cl alors les prières des Justes seront puissantes : priez sans cesse vous-même le Seigneur , qu’il vous donne un cirur nouveau ; qu'il anéantisse vos injustes cupidités; qu’il exauce les vœux de ses sfn iteurs, qui ue sc lassent point de lui demaitder votre conversion : priez, dU-jc, et ne vous lassez point : si vous êtes pécheur , il ne vous reste que celle voie pour recouvrer la grâce ; si vous ôtes juste, c’est {tar là seulement que vous pouvez la l'unserver. Eh ! D’êlcs-vous pas lœiireux que la mi- M-ricorde divine vous oit ouvert une voie de salut si aisée et si consolante ? Le Seigneur est cet liomme de l’Evangiie, qui après quelques dimcultés ne pi‘ul refuser lrois|>ainsà un ami qui les demande avec instance : c’est le i»ère qui ne sauroil donner lin serpent à ses enfants , lorsqu’ils lui demaiKlent de la nourriture : en un mol, c’est le juge vaincu |»ar les sollicitations de la veuve , et qui accorde ciilin à ses im|H>rluiuU>s ce qu’il avoil d’abord re fusé à ses |wemiers cris : et ces paraboles si consolantes, c’est Jésus-Christ lui-même qui en est auteur , et qui les applique au juge céleste. Mon Dieu ! vous conviez vous-même le péclicur à vous demander des grâces : il seinWc que vous êtes intéressé à rendre riiomme lieureux, et que vous ne vous suflisez {las à vous-même. A)i! mes Frères, d’où vient donc qu’un exercice si avantageux à la foibtesse humaine est si négligé parmi nous? d’où vient que dans le monde on a sans cesse recours à de nouveaux artifices, pour ôter renmii de la v ie mondaine, pour remplir des moments que U variété des plaisirs laisse encore vides, cl qu’on tte sanroit trouver le temps de prier? Eh î n« faut-
il pas que Dieu , à qui tous les moments de la journée derroient^re consacrés, les partage du moins avec le monde? On ne vous reproche point ici le temps si précieux aux chrétiens , con.sacré à un jeu exce^f , à de vains entretiens, à des inutilités presque étemelles ; niais du moins retranchez-en quelques moments pour gémir devant Dieu du mauvais usage que vous faites du reste. On ne vous demande pas comment se passent vos jours et vos années; mais du moins qu’ils ne se passent pas tous saas |>eiiier à l’auteur de votre être et au juge de vos actions : consacrez-lui des heures, que ni les occupations ni les plaisirs ne puissent plus lui disputer : souvenez-vous que Daniel aima mieux s’exposer à penlre la vie, <|ue manquer à l’heure de sa prière : offrez-lui, à la tête de vos familles, des vœux communs : ne regardez plus l’oraison , celte occupation continuelle d'un chrétien, comme I le partage des âmes retirées. Et vous, ô mon Dieu ! formez dans nos cœurs des désirs qui ne \ peuvent venir que de vous : répandez sur nous ! celle grâce de la prière, qui est la source de I toutes les autres : doimez-nmis ce maître invisible, qui seul ap|)rend à prier; et préparez-nons les ' biens étemels , en nous inspirant le désir de les demander.
I ^insi soiMf.
j SERMON
rOL'R LK VE>DRF.DI DE LA PREUIKRE SE)IAI>E DE CARÊME.
I SUR LA CONFESSION
In kU Jnrehal muHUitdo mogna langurntium . (ttrorum,rlnudomm, aridonàm, exptrtttntium aqu/r motum.
Sous les galrrirs de U piscine élnient ronriii's par Irrm nn graml numhrr de malinJr's. d'aveuzlrs, de ImnIcux . de ceux qui asnirni les ntetiibressecs. qui tous allenitoient que l'eau fiU rerouCc. (Jxvs.v.S.)
I Quelle est celle piscine , mes Frères , située près I la porte des victimes ? Quels sont ces malades que je vois à l’entour, et qui la plupart ailendeiil en vain la guérison ? D’où vient (|u’un paralytique de j trente -Imit ans tout seul recouvre une santé par- : faite; et que dans cette fiHile de maladc's, Jésus- Chrikt va clioisir le plus désesp<.'rx^, tandis (ju’il se refuse à des iniimiités plus comumnes et moins
iinvélén^s ?
On vous i’a dit souvent, mes Frères, celte piscine mystérieuse teinte du sang des victimes, c’est
VE^DREDI T)E LA PREMIÈRE SEMAINE
le bain sacré de la pfHiitence teint du sang de Tapieaii, i|tii puritie nos cniiscicnces , et qui guérit toutes nos langueurs ; ces malades de toutes les sortes f rpii attendent son:; les galeries, et parmi Ies4|uels â peine s'en trouve-t-il un seul qui mérite d'élre guéri , nous représentent cette multitude de lidcles, qui lO(is les jours approclieni de ce sacrement avec si peu de fruit : dans le paralytique gUL-ri, vous voyez l'image d'un péclieur invétéré, lequel, tourhê du malheur de son état, s'attire des regards de miséricorde de la part de Jc sus-Ghrist, et obtient la grâce d'une parfaite délivrance.
Or, d'où vient, mes I rères, rinutiiité de ce remède divin à l’égard de tant de pécheurs qui en approchent ? l.es grâces de nos sacrements ont-elles perdu quelque chose de leur premièi'e vertu , par la suite des temps et par la durée des siècles ? les prémices du sang de Jésus-Christ fraîchement répandu éluieiU-elles plus puissantes pour la conversion des pécheurs, i la naissance de la foi, qu'elles ne le sont en ces derniers temps ? et en est-il de la vertu de Dieu comme des choses humaines, lesquelles, parfaites dans leur commencement , souffrent lonjoum quelque chose de la loi falale des temps , et s'affoihlissent avec les années? D'où vient qu'on ne vil jamais tant de pécheurs autour de nos liihimaux, et que jamais on n'en vil sortir moins de pénitents ? D’où vient que dans un siècle on la drcadence des mœurs a rendu ce remède si nécessaire, où l’indulgence des ministrc.s, cl les adoucissetnenls mêmes de la dicipline | l'unt rendu si facile et si familier, peu s'en faut qu'il ne suit devenu inutile? D'où vient enfln, que ddus ce.s temps heureux, où sons les porliqties de nos temples, les pénitents prosternés atlendoient si long-temps la grâce de la réconciliation , nul pre.s<pie ne descendoit dans la piscine qu’il n'y retrouvât une seconde iunucence; et qu'aujourü’bui, où personne n’aueml plus sur les l)or(Ls de ce bain sacré, où les anges de Tblglise ne connoissent pre.sqiie plus de delai, et aircurdent aux premiers vœux des pécheurs la vertu de leur ministère , d’ou vient que le remède hii-môme semble prolonger nos maux , loin de les guérir?
J’en trouve trois raisons figurées par ces trois sortes de malades , dont l’Evangile fait aujourd’hui mention. I.es premiers éloient des aveugles, cœcorum; et ce sont ces pécheurs ,qui, en venant $e .découvrir au Irihunal , ne sc connuisttent pas euxmêmes. Les seconds cloicnulcsbüiteux,r/(7U</ur«m; et ce sont ce.s |»oclieurs qui mani|uent de droiture et de sincérité dans 1a oonfes.viuii de leurs fautes. Enliu les derniers cloieiu ceux qui avoieiil les membres secs, ortdorum; et ce sont ces péd^eors
inseiuûbles, qui ne portent au tribunal aucun aenliinent de douleur véritable.
Kl voilà les trois défauts qui rendent la plupart des confessons inutiles, pour ne pas dire criminelles : un defaut de lumière dans l’examen, eœoorum : un défaut de sincérité dans la manifestation , rfaudorvm : un défaut de douleur dans le repentir, artdorum. Suivotis ce plan fondé sur notre Evangile, et qui va nous fournir des instructions importantes sur une matière d’un si grand usage pour les fidèles. Implorons, etc. Jffaria.