‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 108 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L’aveuglement est de toutes les peines du pédié la plus universelle; U n'est personne qui ne soit aveugle à certains égards, et qui ne se séduise soi-même par quelque endroit : l’homme est presque toujours un mystère à lui-méme; entre sa raison et son cœur réside sans cesse l’amour-propre; tout ce que nous voyons de nous-mêmes , nous ne le voyons plus qu’à travers ce nuage trompeur; l’œil de la foi tout seul peut le dissiper , et luire dans ce lieu obscur, comme parle una|)ôlre : mais comme rien n’est moins commua que l’usage de la foi , rien n’est plus rare que de se connoltre.

Or , ce défaut de connoissance de sui-niéme, qui met un obstacle si essentiel à l’ utilité de nos confessions, et qui est figuré par cette multitude d'aveugles coudiés sur les bords de la piscine, mtdliiudo magna rœcorum, vient de trois sources; la première, c’est qu’on ne s’examine pas avec assez de loisir et de maturité; la seconde, c'est qu’on ne s'examine que dans ses propres préjugés; enfin la dernière , c’est qu’on ne s’examine jamais sur tous ses devoirs.

On ne s’examine pas avec assez de loisir. Oui , mes Frères , toute la vie du chrétien doit être un examen , et une censure oooliiiuelle et secrète de ses actions, de ses désirs et de ses pensées. Comme l’incunslance est le vrai caractère de notre cœur, elque chaque ins tant et cliaquc objet voient presque naître en nous de nouvelles impressions; si nous nous perdons un moment de vue, nous ne nous connoissons plus. Il se forme au-dedans de nous une succession si continuelle et si rapide dedesirs, de jalousies, de craintes, d’espérances, de joies , de cliagrins, de haines et d’amours, que srnous ne suivons sans cesse ces mutes diverses et serrèies de nos passions , nous n'en voyons plus ni les principes, ni les suites : elles se oonfondenl , pour ainsi dire, dans leur inuliipliciic, et notre cœur devient un abîme que nous ne pouvons plus approfondir, et dont nous ne voyons jamais que la surface.

SUR LA CONFESSION

Cest donc un abus de croire que fx>ur porter au Iribiiiia) une connoissance exacte, il siinbe, après une vie tonte liisfsipéeeUonle mondaine, de donner, avant de venir sc présenter au prêtre, quelques nionienis seulement A la révision de la conscience. La vigilance continuelle sur toutes nos actions, seule , (>eul nous dis{N>ser à la confession de nos fautes ; parce que seule , elle peut ihhis dé* couvrir à nous>mëmes. Il faut s'accoutumer à se reiMJre compte sans <«sse A soi*mème, de soiinèiiie; entrer pres^fue sur cliaque action en jii^C' ment avec son propre cœur; et du moins dans le silence de la nuit, comme le prophète, et aftrès que les iniilililés , les bienséances, ou les devoirs de notre état ont terminé chaque journée, mettre notre ame sur nos iiuin'i devant le Seigneur; )>eser sous ses yeux l’usage que ikhis avons fait du jour écoulé; et par ces jugements journaliers de notre coa>cience, nous familiariser, pour ainsi dire , avec nuiis>mèmes; et nous disposer A porter aux {Heds du prêtre un cœur éprouvé, et des inclinations mille fuis approfondies.

Tel est l’examen qui doit nous préparer A la confession de nos fautes; une attention de tous les jours sur nous-mêmes. Or, soiiffrez que je vous demande, mes Frères : avez-vous jusqu’ici porté au tribunal une conscience ainsi é^irotivee ? Toute votre vie est une absence continuelle de voustiiênies; une vie toute de soins, de plaisirs, d'agilalioiis : toute votre attention même se liome à n’êire jamais un seul moment avec vous, A cherclicr des diversions qui vous empêchent de retoml>er8ur vous-mêmes; le seul instant qui vous y laisse est cel instant d'ennui mortel qui vous accable, et dont vous ne (louvez soutenir latiistesse. Comment voulez-vous donc qu'un teger inten alle, que vous donnez avant la confession A l'examen de voire vie ; un intervalle qui suflit A peine |N)iir calmer votreimaginalion, |K>uren bannir les images tumultueuses que le inonde et les plaisirs y ont laissées, suHise pour sonder votre camr, l’éclaircir, le coiinoitre, et venir le découvnrau prêtre ? Coinment \uulez-vous que tant de désirs injustes que vous avez formés presque à voire insu ; tant de complaisances criiiiiiielles, sur lesquelles vous n’avez \vis même fait attention ; laiil d’intentions suspectes que vous n'avez jamais connues; tant de soins sur votre corps, dont le principe éloU corrompu , et que vous n'avez jamais examinés ; tant de pas-vioiis naUsanles, qui, n’ayant souillé que votre cirur, et auxquelles les occasions ayant manqué plutôt t|ue les désirs, se sonteflaoées même de votre souvenir : comment voulez-vous que oet abîme , ou vous n’avei jamais porté la lumière.

s'éclaircisse en on instant; et qu'une conscience avec laquelle vous n’avez jamais vécu , |>our ainsi dire, vous soit d’abord eonmie et familèie?

Ainsi, que voyons-nous tous le>joiii'sau tribunal , que des aveugle^ qui ne se coimoissent |tas eux-mêmes? .l/u/fifMdo magna carvrum. Qu’y entendons-nous, que des peinion s vagues et siiperflcielies; que riiisloire publique et extérieure des péclieurs ; que les dehors de leurs désordt es et certaines chutes ;ial|iahles . qui sont toujours In suite de mille Huiles invisibles, pour les4|uelies ils n'onlpoini d’yeux? Ils nous disent, comme il est dit aujourd'hui du paralytique, le nombre -des années pendant lesrpielles ils ont croupi dans leur infirmité : Triginia et ocio nmio.s habeiis iu infirmffafe stid (Joax., v,5); ils nous racontent l'histoire de leur vie, mais iis ignorent celle de leur cœur. Premier defaut de nos examens : on ne s'examine que le moment qui précède la confession ; et cliaque jour doit être un examen qui nous y dispose.

Le second défaut de nosexamens, c'est que nous ne nous examinons jamais que dans nos propt es préjugés. Car qii'ftl-ce que s’examiner? C'est mettre d'un côté les nnximes de Jésus-Christ ; de l’autre, cette partie de notre vie que nous voiilous c«>nnot(re : voir sur chaque action ce que l'Kvangile onlmine, permet ou défend; placer cesrè^es saintes vis-à-vis de nos démarches; et par ce parallèle , sur leijuel nous .serons juges im jour, nous juger d’avance nous niêines.

Or, à ces règles saintes, diactin, dansla discussion de sa conscience , substitue les préjugés de s<Hi amotir-pix>)ire ; car à tout ce <]ui nous impose des devoir», l’amour-propre iroure le secret d’opposer des préjugés, oiiqui lescumitatient, mt qui les adoucissent ; des préjugés sur la naissance , sur les dignités; sur l'ambition . sur l’usage deslûens, sur les périls , sur les coutumes; des préjugés sur toutes les règles.

Sur la naissance : la règle , c'est qu’en Jésus- Christ, il n’y a ni nolde, ni roturier; et que l'Evaiigtle n'ayant que le» mêmes devoirs à proposer aux grands et au peuple, l’élévaliuii de la naissance, loin d'être un privilège, devient plutôt un olMitacle, et par coast‘qtiem un malheur |>ar rapport au salut; |>arce «{u’elle nous reiMl l'acrompiissement de res devoirs plu» difflcile : voilà la règle sur quoi il faut s’examiiHT. l.e préjugé ; c’est «{ue plus la naissance est élevée, plus nous la regardais comme uneprenigative , qui adoucit A noire égard les devoirs |K-nihles de la lui ; qui nous dispense de la haine du monde, de la fuite des plaisirs, des austérités de ce *iaint temps; qui nous

VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

IKTiUCt la sensibilité dans les injures , la dissimuiaiion ei la duplicité dans les concurrences, la hauteur dan $ Taulorité , la mollesse dans les mœurs ; et c'csl là- dessus qu’on se juge soi-méine.

Sur les digniics : la régie, cVsl qu’elles ne sont établies que pour la défense et t’ulililé des peuples , et non pour soutenir l’orgueil et fournir aux plaisirs de ceux qui en sont revêtus; et qu’on n’est prince , ministre, magistral, homme public, que pour les autres , et non pas pour soi-uiéme : voilà la régie. Le préjugé; c’est qu’on mesure le devoir de ses cliarges sur l’usage, et non sur leur institution; on s’en lient à ce qu’ont fait ceux qui nous ont précédés ; on n’examine pas ce qu’ils ont dû faire ; on croit que successeurs légitimes de leur autorité, on l’est aussi de l’abus qu’ils en ont toujours fait; et que des désordres manifestes, qui nous sont venus par tradition , sont des droits incontestables attachés à nos charges : et c’est làdessus qu’on examine ses devoirs publics.

Sur l'ambition : la règle , c’est qu’éiant obligés de vivre comme étrangers sur la terre, et de n’aimer ni le inonde, ni les choses qui sont dans le monde, nous devons craiiidae lotit ce qui peut nous rendre notre exil trop aimable : voilà la règle. Le préjugé ; c’est qu’on regarde les soins, les intrigues, les empressements pour s’élever, le chagrin vif et profond de se voir devancé; la disposition secrète de sacrilier nos cmicurrenls à notre fortune, si l'on ne pouvoil s'établir que sur leurs ruines; l’aversion cachée pour tous ceux qu’on nous préfère ; en un mot, cefondsdominanld’ambilion qui fait proprement toute la vie de la cour, et qui est l'ame aussi de toute notre conduite, on la regarde comme une noble émulation que la naissance donne , comme des inclinations sages et sérieuses , plus dignes <ie la raison , que les plaisirs frivoles et le.s excès on s'abandonnent ceux qui ne pensent à rien de solide, et qui sacrifient leur fortune à leurs plaisirs : et c’est sur ces fausses idées, qu’on sonde son cœur devant Dieu.

Sur l’u.sagc des biens : la règle , c’est que vous n’en êtes pas le maître alisolu ; que votre abondaitce est le patrimoine des malheureux; et que l’Evangile seul, et non pas te monde , doit régler les bienséances de votre étal : voilà la règle. Le prtjugé ; c’est que toutes les profusions que le revenu peut sonlenir, on ne les croit jamais excessives : lüiilcs celles inciiic qui nous dérangent, mais que l’nsage semble exiger, on se persuade qu’elles peuvent bien altérer nos affaires, mais qu'elles ne tonclicnt point à la conscience : et c’est sur ce fonds (le sécurité, qu’on examine l’usage de ses bien.s.

EnPn surles coutumes : la règle* c’est que nous serons jugés sur les préceptes de Jésus-Gbrist , et non pas sur les mœurs de notre siècle ; que les exemples , quelque universels qu’ils puissent être, n’aiitoi isent pas les abus que la loi condamne ; et qu’au contraire, se conformer à la multitude est suivre la voie qui conduit toujours à la mort : voilà la règle. Le préjugé ; c’e.sl que tout ce que l’exemple public autorise ne sauroit être un crime. Toutes les personnes de notre rang et de notre âge usent de celle parure , ont recours à cet artifice pour relever une vaine beauté , et ajouter à l’ouvrage du Créateur une grâce qu’il n’a pas voulu y mettre lui-méme; on n’en fait plus de scnipule. Tous ceux de notre état briguent, sollicitent les honneurs du sanctuaire; on croit que c’est l'unique voie pour y parvenir. Presque tout le monde se permet celte manière de faire valoir son argent ; on la croit permise. On se repose sur l’exemple commun de l’innocence de ses propres démarches : l’usage et notre seul Evangile : et l’illusion va si loin, qu’on nedaigne pas même porter au tribunal ces sortes de fautes; qu’on se fait nne manière de force et de raison de les mépriser, et qu’on les regarde comme les scrupoles des âmes foibles et timides.

Voilà une des grandes sources de rinutilité des co nfessions. Personne ne s’examine dans les lumières de la foi et dans les règles de l’Evangile; chacun porte au tribunal ses préjugés loin d’y porter ses crimes: nos erreurs sont les seules lumières consultées sur nous-mêmes; et sonder sa conscience, pour la plupart des fidèles, c’est y répandre de nouvelles ténèbres. Aussi, nous entendons tous les jours au tribunal des pécheurs qui mêlent à l’accu.cation de leurs fautes, les maximes du siècle et le langage des pa.ssion$; qui parlent comme le monde, dans un lieu destine à le condamner; et qui, par la manière dont ils s’avouent coupables, nou.s font connoUre qu'ils ignorent encore leurs plus grands crimes.

Enfin le dernier défaut de nos examens , c’est qu’on ne s’examine jamais sur tous ses devoirs; de père de famille, de personne publique, de membre du corps des fidèles : on ne coniioU ne soi que ses défauts personnels.

(domine père de famille , avez-vons fait de votre maison une ('glisc domestique? vousa-l-on 'n à la tête de vos enfants et de vos esclaves , offrir à Dieu , comme les patriarches , le sacrifice du soir et du malin, et les vœux communs et innocents d’une sainte famille? Avez-vous cultivé dans vos enfants la grâce de leur baptême confiée à vos soins , en les élevant dans la foi et dans la piété ?

SUR LA CONFESSION

Sâl

Vos exemples onUils soutenu vos instructions? Avez'voiiü, dans la destination de leur sort, eu {dus dVgard à leur salut, qu'à vos intérêts temporeU ! et vos arrangements n’ont-ils pas plus décidé de leur vocation , que l’ordre du ciel? Yojis étesvoiis regardé comme le père et le pasteur de vos domestiques? et n’avcz-vous pas oublié, que négliger le soin de leur ame, c'est être pire qu’un infidèle? Où 5<inl ceux qui, dans le jugement de leur conscience, entrent dans ce détail de foi et de religion?

Comme membre du corps des fidèles, vous devez à vos frères rédificalion , et le spectacle d’une vie sage et irrépréhensible : plus même vous êtes élevé , plus votre obligation là-dessus devient rigoureuse, parce que plus vos exemples deviennent utiles ou dangereux. Or, que d’imitateurs votre rang n’a-t-U pas donnés à vos désordres? Que d’ames ont péri {>our avoir servi à vos plaisirs et U vos passions I Combien d'autres avez-vous séduites par vos persuasions, entraînées par votre autorité, ébranlées par vos dérisions et par \i» censures? Combien d’autres, femmes du monde, dont la liberté de vos discours, rindi^ccnce de vos manières , la facilité de vos mœurs ont corrompu le cœur? ces hommes foibles qui ont tant de fois péri sous vos yeux, et dont la fuiblesse flattoit tant votre vanité ? ces domestiques infortunés devant lesquels vous paroissiez sans précaution, ou que vous employiez à des soins sur votre corps, d'où leur innocence ne sortoit jamais entière? Que de crimes étrangers sur lesquels on ne s'avise pas même d’entrer en scrupule !

Enfin, si vous êtes homme public, que de malheurs votre inapplication, votre foihl&'ote, votre complaisance, votre dureté, vos intérêts peut-être particuliers, ont attirés sur les peuples! que de mécliants protégés ! que de gens de bien négligés ! que d’iniK)cents opprimés! que de violences et d'injustices auxquelles votre nom a servi de prétexte, )>ar votre confiance excessive en des subalternes iniques et corrompas ! que de crimes qui se multiplient à l’infini, qui naissent tous les jours les uas des autres, et que le Dieu juste vous impute! Songiez cet abîme, si vous le pouvez; et cependant, y regardez-vous seulement?

Tels sont les aveugles coucliés sur les bords de la piscine, que le Sauveur ne guérit point ; Afuh riludo nio^iia cwcorum. nous sommes tous les jours surpris, que des personnes qui vivent dans le train ordinaire de cette sorte de monde que Jésus-Clirist a réprouve; dans l'oisiveté des conversations et les dangers des commerces; dans les plaisirs des jeux et des spectaclçs; dans ta ra-

nilé et l’indécence des panires; dans les mouvements de l’ambition et les vivacités des conenrrences; dans la sensualité, et l’excès souvent des tables et des repas; nous sommes surpris, que ces personnes n’aient presque rien à nous dire , lors(|u’e]les viennent au tribunal nous découvrir les plaies de lenr conscience; qu’elles ne soient en peine (}ue de trouver des sujets d’accnsalion, et de quoi fournir à une confession; et f|n’clles renferment le récit d'une année entière de vie mondaine en lin intervalle si court, qu’à peine auroit-il pu suffire à exposer toutes les fautes d'une seule de leurs jouniées : nous en sommes, dis-je, surpris, tandis qu'une ame juste repasse à nos pieds dans l’ameruime de son cœnr quelques imperfections légères, que sa pieté lui grossit; découvre jusque dans ses vertus une matière d’ar!Cusalion et de pénitence ; ne peut tarir sur le récit de ses foihiesses; prend les sentiments involontaires de la nature pour les actes libres de la volonté; croit voir, dans des mouvements naissants, toute la honte d’un consentement , et ne volt pas, dans le sacrifice soudain qu’elle en fait, tout le mérite d’une fidèle résistance ; se défie même des lumières d’nn guide sacré qui la rassure; et, comme Pierre dans l'excès de sa prière à Joppé , croit voir des objets immondes et défendus par la loi , lors même qu'un envoyé du ciel condamne ses frayeurs, et lui en permet l’usage.

D’où vient celte différence? C'est que l’un veille sans cesse à la garde de son pH*npre cœur, et que l'autre ne s'exaininc que lorsqu'il faut venir s’accuser au prêtre ; c’est que l'un se juge sur les lumières de la foi, et l'autre sur les préjugés de son amour-propre; enfin , c’est qne l'un approfondit tous ses devoirs qu'il connoU, et que l’autre ne s’examine que sur quelques obligations plus palpables et plus connues, et dont il ignore même l'étendue et les suites. C’est ainsi , 6 mon Dieu I que vous répandez vos lumières sur le juste; et que vous punissez les égarements de l’ame mondaine, en permettant qu’elle les ignore. Mais non seulement on manque de lumière dans l’examen , on manque encore de sincérité dans la manifestation.

SECONDE PARTIE

Rien ne coûte plus à l'homme que de s'avouer coupable. Comme l’orgueil est le premier de nos penclianls; et que d’ailleurs le scnlimput secret de nos défauts ne nous permet pas d’ignorer que , si nous nons montrions tels que nous sommes , nous serions dignes du dernier mépris; nous naissons tous avec im fonds 4^ dissimulation sur ce qui se

VKNDRËDl DE LA PREMIÈRE SEMAINE.

liasse aii-itedaiis de nous-mêmes : toute notre vie n’esi presque iprun de|;ui.seineul conlinuel; nous jotMiiis dans toutes nos actions le personnage d'un autre; et ce qui paroit de nous-mêmes n'est jamais nous. Telle est la condition de Thomnie : né or^ieilleux et misérable, il ne peut paruiire ^rand qu’en ne se inonlrani pas tel qu’il est ; et le déguisenienl est la seule ressource de sa vanité.

Mais ce tpril y n de plus déplorable , c’est que notre orgueil entre dans nos humiliations mêmes; que l’aveu de nos crimes n'est souvent qu’un artifice cou|>al)le qui les déguise, et que nous portons la dissimtdalion jusqu’au pietl même du tribunal terrible, oîi nous allons manifester les secrets de nos conscieuces et nous juger devant Jésus-Clirlst : c'est ici cette seconde .*^le de pédieurs figurés par les boiteux de noire Kvangite : MuHitudo muiyua claudonim; c’est-à-dire de ces pécheurs qui ne marclient pas droit dans la voie de Dieu, et qui ne viennent pas se présenter au bain sacré de la {lénitence, avec celte droiture et cette simplicité de cœur <|ui guérit la plaie en la découvrant.

J’avoue qu’il est rare de trouver de ces âmes noires et maudites de Dieu , qui, de propos délibéré, viennent mentir au Saint-Esprit, cacher au prêtre les horreurs d'une conscience corrompue, insulter la religion jusque dans le lieu même du repenlii' et de ta miséricorde, et faire du Sacrement qui nous absout, le plus grand de tous leurs crimes. Il faudroil des foudres et non des instructions pour des âmes de ce caractère; ou ne leur parler que comme Pierre (>arla autrefois à Ananie et à Sapliire, rurfreux modèle de ceux qui viennent aux pieiis des ministres mentir à l’Esprit saint. Celte sorte de dissimiilaliiHi suppose une extinction de toute foi cl de toute crainte de Dieu, dont peu d’ames sont capables.

Mais il est des déguisements d'une autre nature, sur lesi|nels on se fait une sorte de conscience; qui mêlent à l'aveu du crime les artifices et les IMlliaiions de l’orgueil; qui ne montrent qu'à demi la conscience, et qui comptent l’avoir suflisamment monliée; qui découvrent le péché, et qui cachent, pour ainsi dire, le péclieur. Or, ce défaut de droiture et de sincérité, si ordinaire dans le tribunal, sc trouve ou tians les expressions qn’oii atlxicil et qu’on emlvairasse , ou dans les motifs et le.> principes des actions <|u’on supprime, ou dans les points douteux qui ont plusieurs faces, et qu'on montre toujours du côté qui nous est favorable.

Je dis dans les expressions qu’on adoucit et qu’on embarrasse. Oui, mes Frères, le premier soin de la plupart des pécheurs, lorsqu’ils sc préparent à U

pénitence, n’est pas de connottre leurs fautes; c'est de méditer en quels termes ils pourront les faire connoUre au ministre sacré qui doit les entendre. L’arrangement étudié des expressions qui adoucissent l’iiorreur de leurs crimes, est {>res<;ue le seul examen et la seule préparation qui en précède la confession ; el être prêt pour le sacrement, c’est précisément pour eux avoir Uouvé, après bien des redierclies secrètes , de toutes les manières de s’avouer coupables, celle qui laisse moins connoUrc leurs fautes.

Premièrement : on passe rapidement sur les plaies les plus bonleiises, de peur d’y trop arrêter i’aUenlion du ministre; on renferme eu un seul mot les diuies les plus humiliantes; on les place dans des intervalles si heureux, ({u’elles écliappent presque avant que le prêtre ail pu s’en apercevoir; etoiiestcomeiU de soi, quand on a pu, en lui avouant ses crimes, faire en sorte pourtant qu’il les ignore encore.

Secondement : on tait des circtmslaiices et des incidents plus honteux que le crime même, el qui seuls auroient pu faire sentir tout l'einportement de notre cœur, et toute l'indignité de noire caractère. Je ne parle pas ici de ces circonstances qui cliangenlla nature du péché; je parle de celles qui l’aggravent, qui découvrent toute la bassesse de nospenclianls, el toute la honte de nos foiblesses : des mesures honteuses qu'on a prises pour inspirer une passion; des avances mille fois rejetées, autant de fois renouvelées; desclioix indignes el que reinpurtenienl tout seul pouvoit justilier;des désirs dont on roiigissoit el qu’on se cachoit à soi-même. Que sais-je? tout ce détail qui nous manifeste trop, nous le supprimons; et nous substituons habilement à ces termes précis que la simple vérité emprunte, et qui nous auroient fait connoUre, des expressions vagues et générales qui di^uvrent nos actions, mais qui ne montrent pas notre cœur.

Troisièmement : on s’accuse avec complaisance de certains défauts qui nous sont glorieux selon le monde; on fait entrer dans la confession de ses crimes la gtmérosité de son c<riir, les talents du corps el de l’espril , les litres de la naissance, les avantages de la faveur ou de la fortune; on mêle habilement ce qui nous élève aux yeux des hommes, avec ce qui nous humilie devant Dieu; et on sent presque plus de vanité de ces frivoles distinctions qui ne sont pas à nous, que de confusioa el de douleur des crimes qui nous sont propres.

Enfin, pour ne pas découvrir toute la honte d’une longue el ancienne habitude, à cltaquecoafessiou OQ cherche un nouveau guide, un nouveau

‘Digihj-:

SUR LA CONFLSSIO.N. 423

témoin de see foiblesses; on les raconte comme des chutes nouvelles et arrivées depuis la dernière pénitence; on ne montre que les exlrcmiiés elles progrès les plus nouveaux de la plaie; on n’a garde d’en creuser toute la profondeur, et d’en révéler fancienne corruption; on ensevelit le passé dans an silence de dissimulation; on craint d’éire trop connu du médecin sacré; on ne tire qu'à demi et comme en tremblant le voile qui couvre des mystères honteux ; on cache sous des feuilles, comme le premier pécheur, sa honte et son ignominie; et en venant se montrer, on réussit à se faire niéconnoUre.

Or, mes Frères , outre que le langage de la douleur est un langage humble, simple, naturel , sincère ; qu’une ame vérilableroent touchée ne sait , ni dissimuler ses foutes, ni les excuser; eiqu’ainsi les confesser avec ces adoucissements et ces réticences, c’est confesser seulement qu’on ne s’en repent pas; outre cela, si c’étoit à l’homme, qui ne volt pas le fond des cœurs, que vous veniez manifester votre conscience au tribunal, le fruit de votre dissimulation et de vos artifices seruit du moins de vous être caché à votre juge : mais TOUS venez parler à Jésus-Christ, qui vous connolt, quiaété le témoin invisible de tonte l’Instoire secrète de votre vie, qui lit dans votre cœur, comme dans un livre ouvert , tout ce que vous y cachez de plus honteux; et qui dans le temps même que vous tâchez par tous vos déguisements de vous dérober à ses yeux, insulte aux ridicules efforts de votre honte , et vous dit , comme autrefois un prophète à cette reine d’Israël, qui déguisée sous des habits empruntés, avoil cru pouvoir être méconnue de l’homme de Dieu , et tromper Ia lumière du ministère prophétique : Quare aliam ie esse simulas? (Rec., xiv, i.) O ame, si indigne de mes regards, paroissez telle que vous êtes , et telle que je vous coimoü; ; ces dehors spécieux qui vous déguisent , ne sont pas vous-même : démasquez ce cœur dont je vois toute la misère ; montrez ces œuvres de tén^res telles que mon cril invisible les a éclairées en secret; déconcertez tout oet appareil étudié, qui trompe les hommes, mais qui ne sauroit tromper celui qui sonde les cœurs : Qimre a/ium te esse simulas? Insensée , de croire que des toiles légères déroberont votre honte aux yeux de celui qui perce de ses regards les plus profonds abîmes! plus insensée encore de cacher la vieillesse et toute la corruption de vos maux à celui de qui seul vous pouvez en obtenir la délivrance! Quare u/iam te esse simulas? Premier défout de sincérité dans les expressions qu’on «doadt et qu’on embarrasse.

Le second se trouve dans les motifs et les principes des actions, auxquels un ne remonte pres<|ue jamais. Eu effet , comme c’est la dispusiiion du cœur, qui décide de nos œuvres, c’est là qu'il faut remonter pour en comiuilre le mérite ou le défaut: c’est du trésor de notre «pur, dit Jésus-Clirhl, que se lire la réalité de nos ^ertns comme de nos vices; c’est là (|tie nos actions sont tout ce qu’elles sont aux yeux de Dieu. Il iin]Mirle donc de ramener tout ce que nous faisons au motif (|uî l’a produit, et de taxer toutes ikks actions dans notre cœur même. Ksther est innocente en sa revêtant aux jours solennels de tons les urnemeiits les plus éclatants de la royauté; parce que celle vaine pompe lui est à charge, cl que son cœur est simple et sincère. Jézabel est criminelle en se montrant environnée de faste aux fenêtres de son palais de Samarie; parce que dans les mêmes soins, elle cache des désirs fort dissemblables. Salomon ne se rend pas indigne des favenr.s du ciel , en exposant toute la gloire et toute la magtiilicence qui l’environne aux yeux d’une reine étrangère; parce qu’il ne voit dan.s l’éclat et rabomlunce de «m règne , que la protection et les bienfaits du Dieu de ses pères. Ezéchias attire l’indignation <lu Seigneur sur toute sa [M)stérilé,en élalant avec complaisance aux envoyés de Babylone les trésors du temple et les richesses de son palais ; parce que son cœur s’élève de cette prospérité, y met une vaine confiance, et fonde là-dessus, pins que sur le secours du ciel, la sûreté de Jérusalem et rpsjjérance de ses victoires. C’est donc le cœur qui décide de tout l’iujmme. Or, c’est le ciPiir «pi’oii ne manifeste presque jamais au (ribunal; on ex{)Ose les actions; on n’eiitre jamais dans les motifs ; oii raconte ses péchés; on ne découvre pas sa comcience.

Ainsi vous venez vous accuser de quelques traits mordants contre ia réputation devoüe frère: mais vous ne dites pas que ses talents, son crédit ou sa fortune, font tout son crime daiLs votre esprit ; que vous êtes né envieux; que tout ce qui vous efface blesse votre orgueil; et que de là vous vient cet air censeur et chagrin, et ce talent de saisir d’abord le ridicule de ceux qui sont trop audessus de vous pour vous plaire.

Ainsi vous venez nous niconler vo4 emjrortementsel votre antipathie envers la personne qu’un lien sacré vous a unie : mais vous ne dites pastpie des goûts frivoles cl étrangers vous in.«pireiil cette mauvaise humeur; que rentéiemeiit des plaisirs vous rend le sérieux et la tranqiiillitc domestique insupportable; et que votre c<eur, trop livré au momie et à l'amusement, ne sauroit plus revenir au devoir.

VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

Ainsi vons venez vous avouer coupaUe de quelques désirs de plaire : mais vous ne dites pas que toutes vos altenlions , tous vos soins, toutes vos détuarches n’ont point d’autre but que d’inspirer la passion criminelle à un objet dont votre cœur est déjà toncbê en secret ; que ce poison se répand sur tout le corps de votre conduite , et que tout cc que vous faites est souillé par cette intention.

Enfin , vous venez nous découvrir ces combats secrets que la foiblesse de votre chair livre à votre cœur, et ces mouvements douteux <le ta loi des membres, cki vous avez tant de peine à di>cernor vous-méme de quel C(Ué a été la victoire : niais dites-vous que vous aimez tout ce qui nourrit et allume cette passion funeste; que vous vivez au milieu des occasions qui la réveillent ; que c'a été là comme la première plaie de votre cœur et le premier écueil de voire innocence; que toutes les infidélités de votre vie ont pris leur source dans ce penchant malheureux; et que c’est là comme votre fonds et le caractère dominant de vos mœurs?

Aussi la confession de vos fautes aclievée, le confesseur vous connolt-il comme vous vous connoissez vous-ménie? Ne se trompe-t-il pas dans l’idée qu’il a de vous? Voit-il vos passions, dans leur source ; vos sensibilités dans leurs motifs ; vos tentations, dans leurs occasions et dans votre témérité; vos foiblesses, dans vos rechutes ; vos infidélités , dans vos résolutions mille fois violées ; en un mot, vous-tuéme dans vous-mème?

Hélas! il faut presque toujours que le ministre de la confession devine l’état de votre ame; qu’il profite de certaines expressions qui vous écliappent, comme malgré vous, pour connoilre votre cœur et en éclaircir les mystères que vous lut aviez cachés. Il faut qu'en vous voyant, et sans qu’il l’apprenne de vous-mème, comme aujourd’hui Jésus-Christ en voyant le paralytique, les seules lumières de son ministère lui fassent connoilre que vos maux ont jeté de profondes racines, cl que vous croupissez depuis long-temps dans les passions lionteuses : Ihtnc cùm vidisset Jestts jacentem , et cotjnovisset r/iiia jam multum iempus haberet. (Joan., v,6.) Ce n’est pas vous qui vous découvrez; ce sont les saints artifices de sa charité et la pieuse expérience de son zèle, qui vous découvrent : et il faut qu’un confesseur soit en garde contre la surprise, dans un lieu où il ne devoit être occupé qu’à consoler votre douleur et essuyer vos larmes.

Enfin, le dernier défaut de sincérité se trouve dans les actions douteuses, (|u'on expose toujours à son avantage. En effet , comme d’un côté on ne

veut pas rompre avec les passions , et que de l’antre on veut se faire une sorte de conscience tranquille dans cet état d’infidclUé , on leur cherche des autorités et des suffrages ; et on les expose dans un jour si favorable, que le ministre de Jésus-Christ n’oscroil plus les condamner.

Ainsi on ne veut point s’éloigner d’une occasion de péché, ni rompre une liaison qui scandalise : on exagère l’impossibilité de cette rupture, les inconvénients qii’oii en verroit naître, les liens du sang, les intérêts de la fortune, les raisons de devoir et de bienséance qui y mettent un obstacle invincible : on remontre , qu’au fond le péril n’est pas grand , que la passion est refroidie , que les engagements ne sont plus les mêmes; et là-dessus le confesseur trompé consent; il n'insiste plus sur le précepte d’arracher l’œil qui est un sujet de scandale. La vérité, obscurcie sous ces faits adoucis, lui paruit soufrrir ici une exception ù la règle; et c’est sur un consenleinent ainsi obtenu, qu’un se croit en sûreté, et qu’on sort des pieds du prêtre, content de l’avoir trompé et de s’être trompé soi-même.

Ainsi on ne veut point finir le scandale d’un divorce public, ni rejoindre des liens sacrés que la grâce d’nn sacrement honorable avolt unis; il n’est sorte de raison spécieuse dont on ne colore sa résistance; on a des prétextes d'honneur, de devoir, de conscience , d’incompatibiliic , d’intérêts domestiques : on a tout tenté pour prévenir le mal : on n’en est venu à celte extrémité , que pour en éviter de plus grandes; et là-dessus le confesseur, mal instruit , souffre un scandale auquel on ne lui laisse voir aucun remède; et l’ame abusée croit sa conscience plus en sûreté, depuis qu’elle a ajouté au crime de son état, celui d’avoir surpris les suffrages de son juge.

Ainsi on ne veut point interrompre des profits manifestement usuraires : on expose, comme pn5sents, des dangers chimériques; on s’appuie sur la tolérance des lois et sur l’aulorilé des exemples ; on représente toutes tes autres voies d’assurer son revenu comme impossibles; on répand sur le cas particulier des ténèbres qui le font perdre de vue ; et, plus prudent dans les affaires du siècle, que le ministre de la pénitence, qui souvent ne les connolt pas, on s’applaudit de son consentement, tandis qu’on n’a fait que surprendre sa charité.

Telles sont les illusions de l’amour-propre dans le tribunal sacré : on manque de sincérité dans les expressions qu’on adoucit, dans les mütifs qu’on supprime, dans les doutes qu’on expose en sa faveur; c’est-à-dire, que nous ne nous montrons jamais que dans un faux jour : ce que nous ca-

SUR LA CONFESSION

dioiM (le nous-mêmes, est ce que nous sommes réellement; ce que nous en découvrons, est ce que nous voudrions être ; nous éuloas une conscience qui n'est que U fausse elligie de la nôtre; el comme Micliol, loin d’exposer aux yeux le véritable David , je veux dire nous- mêmes et notre passion dominante , nous substituons un fantôme et un simulacre à sa pla<te : inreutum est simu-

lacnim sofum. ( llK& ., xtx, 16. )

Aussi, mes Frères, au sortir du tribunal, sentez-vous celle paix et cette sérénité de conscience , qui est le fruit d'une confession sincère et parfaite ? sentez-vous ce repos et ce soulagement, que le CQ‘ur décliargé de scs crimes fait sentir à l’ame toueliée ? Ne vous reste-t-il pas au fond du (Xïur je ne sais ((uelles inquiétudes secrètes que vous tAcliez de vous dissimuler à vous-même, je ne sais (|uel embarras qui trouble toute la douceur de votre pénitence? Ne vous promettez-vous pas i vous-même, pour vous calmer, qu’un jour enflu, rompant tuut-à-fait avec le monde, vous voas confesserez pour vous convertir tout de bon ; c’està-dire, vous éclaircirez ces doutes qui vous fatiguent ; vous exposerez à découvert ces embarras, sur lesquels tant d’absolutions rei;ues n’ont pu encore vous rendre tranquille? Avez-vous pu jusqu’ici réussir à vous persuader que ce sont là de vains .scrupules? et malgré toute l’indulgence de votre amour-propre, qui ne cesse de vous amuser de cette illusion, la voix de votre conscience ne prend-elle pas le dessus? el ne vous reproche-t-elle pas sms cesse en secret votre dissimulation et vos rélicences? laissez répondre votre cn-nr, el soyez ici vous-même votre juge. Insensé, de nourrir dans votre sein des serpents qui vous déchirent , de n’oser pnHiuire au jour des monstres qui s’évanoui.s.sent dès qu’ils ont vu la lumière , de découvrir une partie du mal , et de cacher celle où il aiiroil bllii appliquer le remède I Insensé, de souffrir toute la honte d’un aveu , et de vous priver des consolations d’un aveu sincère; de venir vous déclarer pécheur, el de faire d’une déclaration si désagréable à la nature le plus grand de tous vos crimes !

Mais que craignez-vons eu nous racontant ingénument l’hLstoire de vos mallieurs et de vos chutes ? De détruire dans notre esprit la vaine réputation de probité et de vertu , que vous (xtnservez parmi les hommes? Mais poim|uoi nous comptez-vous pour <|uelque chose au tribunal redoutable? nons ne sommes là qu’à la place de Jésus-Christ ; nous n’y portons , ni les oreilles , ni les sentiments , ni les pens( es de l’homme; vous n’en direz jamais assez pour nous surprendre : ah ! nous ne savons

que trop de quoi toute la corruption du cceur hu main est capable ; nous portons en nous la source et les penclianLs des mêmes foiblesses dont vous rougissez. Plus nous vous trouverons coupables, plus vous exciterez notre pitié, plus vous intéresserez notre charité , plus vous deviendrez un objet digue de nos soins , de notre tendresse et de nos larmes; pins nous offrirons pour vous des gémissemenU de zèle et des prières de compassion au Seigneur, aHn qu’il daigne jeter sur vous des regards de miséricorde , et répandre abondamment sa grâce, où le péché avoit abondé : voilà notre ministère. Nous n’insulterons pas à votre foiblesse , puisque Jésus-Christ, à la place duquel nous vous écoulons, recevoit avec tant de douceur les pnblicains et les pécheresses ; noos ne saurons pas aggraver votre confusion ; nons ne saurons que vous aider, vous ra.ssurer, vous consoler et vous plaindre. Mais ce n’est pas assez de déclarer sincèrement ses crimes, il faut les délester souveraine' ment , et ajouter à la sincérité dans la manifestation la douleur dans le repentir.

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