‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 110 sur 348 · VENDREDI DE LA PRKMII-KE SEMAINE · texte numérisé non relu

VENDREDI DE LA PRKMII-KE SEMAINE

ment de la ;race. et non de la nature : il faut que le trouble qui nail de l'horreur de nos crimes soit une ofM'raiion invisible de t'Ksprit de Dieti , dit le dernier concile, qui nous porte à détester tout ce qui a pu lui déplaire; qu'il soit o»e vue de foi qui nous décotivre daas le péché , et l’outrage qu’il fait à Dieu, et les malheurs ou il précipite l'homme; qu'il soit enfin un commencement de nouvel amour, qui ne nous rende le crime odieux, que parce qu’il commence à nous faire aimer le Seigneur, source de toute justice : première condition marquée dans notre Evangile, il falloit que l’ange du Seigneur descendit, et troublât l’eau, afin que les malades fii^iienl guéris : Angélus autem Domini tiescendelmt... el movebaiur agua* (JoA.N., v,4.)ll faut que l’Esprit de Dieu descende ihns nas cieurs pour y 0|>érer des agitations salutaires : tout autre (rouble seroit un trouble humain et inutile aux malades.

Or, le trouble que la plupart des pécheurs portent au trilmtial e.>;t un trouble d'amour-propre , et auquel l’Esprit de Dieu ii’a point de part. Les uns prennent {lour la douleur de la pénitence , ces alarme» secrètes que l'orgueil oppose toujours à la déclaration de nos crimes; ce poids d'iniquités qui fatigue te cœur, auquel il en coûte tant de s'avouer coupable; ces déchirements cruels, que les (Ptivres lie lénèhres, sur le point de se manifester et d’eclure, fout sentir à la cun>cieuce |Kicheresse , semblables à des serpents, qui ne saiiroieiil sortir sans déchirer le sein qui les a enfantés; en un mot, CCS inquiétudes d’une mauvaise honte, qui ne trouve d'odieux dans le crime, que la peine lie l'avouer. Ils confoudenl leur orgueil avec leur rei^eniir; l'opposition qu’ils ont à riiuniilialioii de la (KMiitence, avec le repentir sincère qui ydispase; la li^iine de la confession, avec la douleur de leurs crimes : ils ne sont qu’orgueilleux et confus, et ils croient être touches et pcuitcnls.

Ce n’est pas (jue la même grâce qui opère le rel>enlir, n'opère aussi mie confusion salutaire, et qu'il n'y ait une honte qui conduit au salut, comme dit l'Esprit saint. Delourne/ de nmi vos regards, ô mon Dieu, ilLsoit un toi (Nuiitcnt; Je ne puis ; plus soutenir devant vous toute la confu.sion dont \ nies crimes me couvrent ; Al ronfu^io fiiciei merr roopmiil me. (l's. XLin , I(>. ) Mais celle lumle foriucc l>:ir 1.1 douleur ne trouve son motif <|iie dans la duuUnir même. Ce n’es! p.is le jugement du ministre de la confession, qui la pni.iuil dans | notre aim*; c'est l'ieil de Dieu qui la voit, et qui ; comioU toute rigiiominie de sou état : elle ne ' compieroii même le mépris de tuas les hommes | |iour rien, si elle avoit le Seigneur tout seul pour

témoin de son innocence : au contraire , quand clic seroit seule sur la terre , ou cachée dans les plus profonds abimes, les regards de Dieu seul sur ses souillures la couvriroient de la même confusion; et partout où elle porteroit devant lui .ses plaies , elle y porteroit ses troubles et sa honte. Les Inquiétudes secrètes et honteuses de l'orgueil ne sont donc pas les troubles salutaires de la pénitence.

Il en est d'autres qui prennent la donleur qui forme le repentir , pour ce (rouble qui naît de la crainte toute seule des peines étemelles : ce trouble, qui , ouvrant l'enfer et tous ses tourments an pécheur, ne Inl découvre rien déplus odieux dans riniquilé, que la punition dont elle est suivie : ce trouble, qui n'est liii-méme qu'un désir que le crime pût être impuni ; qui arrête l'action , dit saint Augustin , sans clianger la volonté; qui nous rend timides, sans nous rendre pénitents; qui nous fait craindre le cliâtinienl . san.s nous faire haïr roffense; et qni ne compteroit pour rien d'outrager son Dieu , si la perte de son amour devoit borner toute son infortune.

Je sais que la crainte du Seigneur est le comroencemeiit de la sagesse ; qu’il est utile de percer souvent, des yeux de la foi, ces alilmes de feu et ces ténèbres eiemriles ou il y aura des pleurs et des grincemeuts de dents, et de descendre tout vivants dans l'enfer, pour faire de ce souvenir salutaire un frein à nos pas^iolls indomptées. Je sais que cette crainte est un don de l’Esprit saint , et mon dessein n’est pas d’ûter aux pécheurs un moyen de salut , et un motif de amiponction que Jésus-Christ leur propose , que l’Eglise leur recommande , que les saints ont eu sans cesse devant les yeux , et dont nous nous servons tous les jours dans ces cliaires dirétiennes, pour troubler la fausse paix des âmes criminelles. En effet , Ô mon Dieu ! si avec tous vos foudres et vos flammes vengeresses, riniqiiité ne laisse pas de prévaloir sur la terre ; si malgré l’enfer et ses ardeurs éternelles que votre justice a préparées aux pécheurs , toute chair ne laisse pas de corrompre sa voie, restcroil-il encore quelque foi parmi l«s huiiiiiies, si nous veiiion.s imprudemment leur faire un point de vertu de fermer les yeux à ces spectacles terribles; ou si nous leur faisions un vice , du motif le plus commun et le plus ordinaire delà piHc? 11 est |»eu de ces âmes nobles et sublimes, que l’aiixmret la reconiioissancc toute seule aiiadu'iit à votre service ; c'est la sagesse des parfaits; mais les fuibles ont besoin d’iudulgence; et vous voulez que notre intérêt même entre toajmirs pour beaucoup dans notre lidélilc.

SI’K I..V CONFKSSlUN.

Ce n'est clone pas la crainte des lunmieiUs deslinés i riinpie , que je veux exclure de la véritable (ténilence : elle en est la préparation , quoiqu’elle n’en soit pas l’auie et le fonds ; car l’amour tout seul, qui a fait les pécheurs, peut former des pénitents ; ramoiir tout seul, qui a ravi mitre cu’ur à Dieu, peut le lui rendre : l’amuiir tout seul, qui faisait tout le déré^ement de notre volonté, peut y rétablir l’ordre, et foire notre justice ; et vous ne sauriez vous réconcilier avec Dieu , si vous ne commencez du moins à l’aimer plus que les vaines créatures qui vous aruient éloigné de ui; et si la vertu du sacrement, jointe à cet amour encore foilile, ne le perfectionne, et n’o- |iére en vous la véritable jiistilication : ce n’est pis, dis-je, la crainte des peines que je veux ici exclure de la pénitence ; c’est irette disixjsition eriniinelle, où se trouvent la ptufiart des pécheurs qui approchent du tribunal, lescpiels sans un enfer et ses loumients , vivraient comme des athées , sans foi, sans conscience, sans saerrmenis ; lesquels ne coimoLssent de la religion que ses menaces; et ipii, ilans le secret de leur cipur, sont fichés <pie Dieu suit juste, et qu’il ait attaclié aux plaisirs les plus honteux des llammes éternelles.

Et ne croyez pas que ce soit ici une dispisition rare ou chimérique ; rien n’est (ilus réel et plus commun. La crainte fait presque toute notre religion ; c’est la pensée seule des (leines à venir, qui peuple les tribunaux de la (ténilence ; nous y faisons divorce (Kiiir un iiioinent avec nos (tassions : et iHiiis nous en sé(taruns, comme on quitte des objeis encore chers, mais fuitestes. SendiLibles i la feiniiie de Iztlh, mtiis ne liaKsons (tas Sodonie ; nous n’en craignons que les llainmts : nous nous en séparons à regret; et nittre cictir y lient encore , tandis i(uc la crainte toute seule du danger nous en éloigne. L’esprit de la véritable piété est (tins rare qu’un ne (tense ; tous les dehors du culte ite roulent (ires(|uc i(ue sur de faicsscs venus; nous ne cttmplitns pour offenses de Dieu, que celles qui sont suivies d’une punition éternelle; celles qui se Ixirnent à lui déplaire, nous ne les comptons pour rien ; et si nous voulons snniler nous-mêmes notre ciriir, nous sentiruns que nul (irincipe d'amour et de grâce ne nous fait agir, et que l’enfer est la seule divinité que nniiscraignitiis.

Mais comme ta méprise est ici aisée, si vous me demandez  i|urlles marques on (leiit disccnier ce trouble heureux qui forme les vrais (ténilents , lie cette honte d’orguâl , on de celle crainte toute mercenaire , qui ne forme que des esclaves , je dis ! eu second lieu , que la douleur de la pénitence I renferme une résolution réelle et sincère de finir I

nos désordres , et de commencer une vie sainte et chrétienne : c’est ce qui nous est figuré dans la guérison de notre paralytique. Souhaitez-vous d’èire guéri? lui demande Jesus-Christ : sa-

nus fitri ! ( .Ioa.x. , v, 6. ) Il paroissnit sans doute fort inutile de le demander 1 un malheureux qui gémissait sous le poids de ses maux ; et l'un ne (louvuil douter que Irenle-huil années d'inlirmité ne lui fissent souhaiter vivement sa délivrance.

I Mais Jésus-Christ voiiluit nous a(>prendre par U , que lé pécheur, comme ce (laralytique, sincèreinent touché de ses maux, doit en venant se présenter au tribunal pouvoir se rendre ce ti'moignage à liii-méme , que réelleiiient et de bonne fui il veut être guéri, c’est-à-dire, renoncer à ses passions invétérées, et prendre le parti de la piété.

Or, je vous demande, mon cher Auditeur, lors((ue vous venez aux (lieds du prêtre, êtesvous de bontie foi ilans celte résolution ? Fis smiiis (ttn! Pouvez-vous vous rendre ce témoignage à vous-même, que vous voulez rompre sincèrement tous les liens qui vous attachent encore au monde et à vos plaisirs criminels, et vous ranger avec ce petit nombre d’ames fidèles de votre rang et de votre état, qui, après avoir quelque temps vécu , comme vous , au gré de leurs (assious , sont revenues à Dieu , et u(ièrent leur salut I dans la pratique solide et constante des vertus I chrétiennes? Commencez - vous à vous faire un plan de nouvelle vie ? Ne comptez-vous p,is encore sur les mêmes miciirs, sur les mêmes plaisirs, sur les mêmes liaisons après la confession ? Ne vous dites-vous pas à vous-même en secret, pour vous calmer sur cette fausse démarche de pénitence,

I qu'un jour viendra enlin, que vous vous confesserez pour vous convertir tout de bon, et rompre I pour toujours avec le monde ? et ne distinguez- ; vous pas en vous-même cette confession que vous allez faire, de la conversion que Dieu demande I de vous ? Lis srnmx /irri je vous le demande.

' Prenez garde qu’on ne vous drmande (las , .si en I venant vous présenter au tribunal, vous formez de ces pro()o8 vagues et iiidétenninés de conversion qui n’ont jamais de suite, et qu’on ne forme que pour s’étourdir sur la profanation du sacrement , et se dire à soi-même ((ii’on évite le sacrilège; de ces propos, dont on .sent soi-même la fausseté, qui ne .satisfont (ras la conscienre in(|niête, et qui lais.sent au fond ilu cictir, non seulement la volonté réelle du vice, mais le sentiment secret qn’ou ne veut pas encore y renoncer. Eh ! que voit-on autour de nos tribunaux, que des pécheurs de ce caractère ?

DiQit --^ by Googit

â28 VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.

Je TOUS demande si, en venant confesser vos fautes, vous voulez vous convertir d'une volonté forte, pleine , sincère; qui ne forme pas des propos vagties et éloi^iés de cliangement , niais qui répand déjà des larmes de pénitence? je vous le demande avec Jésus - Christ : \ is sanus fieri ? La conscience ne sauroit ici se faire illusion à elle' mètne; on sent bien si le propos d’une nouvelle vie est sincère. Les préludes d’une conversion et d’nn renouvellenienl entier de nnrurs ont je ne sais quoi de si vif et de si marqué , qti'H sc fait d’alMird sentir, et ne laisse rien d’équiv(X|ue ; des larmes, des combats, des agitations, des vues noiivell*^, des démarches sérieuses et pénibles; que sais-je? quelque chose (proii n’aviMt pas encore senti , et que cenv qui nous fré<iuentenl n’avoienl pas encore vu; un a])pnrcil qui ntmonce un |»eu plus que le fruit d’une confession ordinaire : ce sont \h de ces travaux de rcnfimlemenl, «pii ne ressciiihicnt qu’à ciix-mémes : Jbi ihhrrs id parturifiitix, (Ps. xlvii,7. )On ne sauroit y prendre le diange , et il n’est que des douleurs d’un certain caractère, qui annoncent la nnUsance du nouvel homme dan.s nos emurs.

Rappelez les conver-ions des pécheresses, des Paul , des Augustin , voyez ce qui se passoit en eux dans ces moments heureux qui précédèrent leur changement; quels troubles! quelles perplexités ! quels comlials ! quels efTorls héroïques snr eux-mémes ! c|uelles démarches nouvelles ! quelles larmes! quels transports d’amour et de componction ! c'est au milieu de tant d’agitations que se consomme l’oiivrage de la conversion ; une démarciie froide et tranquille n’a rien qui l'annonce et qui lui ressemble : c'est au milieu de ces troubles , de ces vents impétueux , pour ainsi dire, que PEsprit de Dieu descend dans un cmiir pénitent, comme il descendit autrefois dan.s le cénacle , et y vient porter la paix et la grâce ; et c’est ici où l'on peut dire qu’on entend sa voix lorsqu’il arrive, et qu’on sait où il va et d'où il vient. C’est à vous à nous dire, si vous reconnoissez à ces traits la douleur qui jusqu’ici vous a préparés an sacrement de la pénitence.

Et ne nous dites pas que celte douleur, cachée au fond de l’ame, n’est pas toujours sensible au CfPur pénitent : un cliangement de vie porte si fort snr tous nos penchants, prend sa source dans un nouvel amour si vif, qu’il n’est pas possible (ju’il soit dans le cirur à l'insu de notre cœur même. M:iis enfin , je le veux pour des cœurs d’un certain caractère, nés froids, iratiquilles, insensibles ; qui peuvent se briser, mais qui ne sauroienl s’allftidrir. Mais vous, inmrvu d’un cœnr

nalurellement si tendre , et si capable d’être toaché; vous (]iii avez poussé la sensibilité dans les passions déplorables jusqu’à rcmporlement ; vous qui nous vantez tant la bonté et la tendresse de votre Cieur, vous n’en manqueriez que pour votre Dieu ? la douleur du péché seroit la seule qui vous irouveroii froid et insensible ? les lamies, les sentiments, les vivacités, qui sont si fort de votre caractère , ne le seroient pas de celui de votre pénitence? Illusion, mon dier Auditeur! Si vous n’êtes pas vif dans la douleur de votre repentir, comme vous l’avez été dans vos désordres , c’est que vous étiez pécheur de bomie foi , et que vous n’étes qu’un faux pénitent.

Enlin , non seulement la douleur de la pénitence est nii(‘ résolution réelle et sincère de danger de vie , mais encore une atlemion actuelle , qui prend d’abord des mesures solides de changement. Or, la principale est le choix d’un ministre fidèle, (jiii coojièie avec Jésus-Christ à la giiérLson de votre ame • clmix difficile, mais le plus important que vmis ferez jamais , ptiis<|u'il s’agit du .«>a- Int , et que ce qui décide toujours de notre salut , c’est le clioix de celui à qui nous allons confier les secrets de notre cfut-jcienee : c’est la suite de notre Évangile qui nous fournil celte dernière réflexion. Seigneur, dit le paralytique à Jcsu.s- Clirisl, je n’ai point d’homme qui me jette dans la piscine lorsque l’eau est troublée ; Domine , hominem non habeo. (Joax., v, 7.)

Or, avant que de venir vous présenter à la pénitence , vous adiessez-vous à Jésus-Christ , afin (|u'il vous aide dans un choix si essentiel, et qu’il vous suscite un guide fidèle, qui vous conduise sûrement dans In voie du salut ? Cherchez - vous vous-même un homme rempli de l’Esprit de Dieu, qui sache vous jeter à propos dans la piscine , et cultiver ces premiers sentiments de grâce que vous portez au tribunal ?

Un Iminme éeJaire, qui puisse juger de la lèpre, connollre les plaies de votre cœur, et ne pas se tromper dans l’application des remèdes ?

Un homme expérimenté, qui sache discerner les voies de la grâce dans votre ame, conduire les opérations de Dieu en elle, ne pas trop presser les âmes que l’Esprit .saint ne pousse que lentement ; ne pas arrêter celles qui sont portées , pour ainsi dire, sur les ailes de la grâce, et suivre l’Esprit de Dieu sans le prévenir ?

Un lioinmc accoutumé à parler à Dieu dans la prière , à étudier au pied de la croix la science du salut , et dont les paroles , pleines de cet esprit et de ce feu qu’il a puisé devant le Seigneur, portent eiv«5uile Fonction de la grâce jusqu’au fond

-* Dicmi'

SIK LA CONFESSION.

de voire ame tonte onverle dans ces moments , et sur laquelle les vérités les plus simples font alors tant d’impression ?

Un homme désintéressé , qui n’examine pas si vous êtes grand selon le monde , mais si vous êtes pécheur devant Dieu ; que vos vices louchent plus que vos titres ; et qui ne proportionne pas l’indulgence ou la sévérité de ses sentences à rélévation ou à l’obscurité des pécheurs , mais au caractère de leurs crimes?

Un homme zélé , que rien ne puisse faire départir des intérêts de la vérité et des règles saintes de son ministère ; et qui , sans faire ostentation de sévérité, ne cherche pas à se faire honneur des excès et des singularités outrées de ses pénitents^ mais à faire honneur à la grâce et à la religion, en leur inspirant cette sobre sagesse qui remplit avec dignité les devoirs de sou étal, et qui, en condamnant le monde, s’attire l'estime et le respect du monde même ?

Knhn , un homme charitable , qui sadie mêler l’huile de la douceur avec le vin de la force ; qui n’aigrisse pas les plaies par d’excessives rigueurs, mais qui ramène les malades par des condescendances nécessaires ; qui ne soit pas toujours juge , mais qui ae souvienne quelquefois qu’il est père; quisaclie changer sa voix, comme l’Apôtre , se faire tout à tous, et prendre toutes les formes [K>ur former Jésus-Christ dans un cœur?

Est-ce un guide de ce caractère que vous cherchez ? Les plus inconnus sont toujours |M>ar votis les plus propres ; les plus indulgents , les plus habiles : les premiers que le hasard vous offre , vous leur ouvrez indiscrètement les plaies de votre ccrur. Vous prenez, comme ce Miclias d(mt il est parlé au livre des Juges, le premier léritc qui se présente; vous lui dites : 7>ties-moi fieu de père ei de prêtre, (Jl'OIc. , XVII, ^0. ) Vous mettez peut-être à prix ses soins et son ministère, et le rendez le ministre et le fauteur, comme cet Israélite, des dieux et des idoles que vous avez élevés dans votre maison , et auxquels vous avez prostitué votre cœur. Et si vous usez en ceci de quelque circonspection et de quelque recherdie , c’est pour éviter ceux qu’une réputation d’exactitude et d'intégrilé rend redoutables  vos passions, et auxquels on ne s’adresse que lorsqu’on veut sincèrement se convertir et servir Dieu. Ainsi le choix tout seul que vous faites du juge de votre conscience est une preuve décisive que vous ne voulez pas changer de vie ; (|ue vous allez profaner le sacrement , et vous souiller où vous auriez dù vous purifier de vos souillures.

Voilà, mes Frères, les sources les plus ordinaires de rinutilité du sacrement de la (K'tiiience:

on manque de lumière dans l'examen; de sincérité dans la manifestai ion; de douleur dans le repentir : et voilà pourquoi les conversious sont aujourd’hui si rares au tribunal; voilà pourquoi, parmi celte multilude infinie d'aveugles, de boiteux et de ceux qui avxHeiit les membres secs , à prine Jésus-Christ en trouve-t-il un seul, dit saint Augustin, qui mérite d’être guéri Tôt jacebant^ et uMus sanalus est. Les cinq portiques de la piscine , selon ce Père , figuroieut les cinq livres de Moïse, qui découvroieril les maux, mais qui ne les guérissoient pas : Sed iUi a'gros prodebant , lan~ guidos iiopi sanaùaiif. Mais hélas! nous pourrions le dire aujourd’hui avec plus de raison de la piscine des chrétiens, et des portiques mystérieux qui environnent le bain de la pénitence : ils ne servent plus qu'à nous découvrir les maux ; les guérisons n’y sont plus en usage : Sed illi cegros prodebuntf languidos iiott soHaùaiif ; nous y voyons aborder une multitude de pécheurs, nous n’en voyons presque pas sortir de pénitents : on nous y expose des plaies ; et k bain sacré n'en voit pres(|ue jamais de fermées ; il nous fait connottre les malades, mats il n'en est plus le remède : Sed illi cegros prodebant, languidos non sanabant. Et si j'osots l'ajouter ici ; comme la loi de Moïse, en découvrant les péchés , les mutiiplia , et ne servit qu’à faire des prévaricateurs , hélas ! ce remède divin , loin de guérir les maux <le l'Église, les a augmentés, pour ainsi dire , a donné lieu à des profanalioits , loin de rétablir la piété, et a fait des sacrilèges, oit il auroil dû faire des pénitents : Sed illi wgros prodebant^ languidos non saiiahanf.

Rentrons ici en nous-mêmes, mes Frères: et en ce joiirsurtout, consacré à la conversion des grands pécheurs par la guérison d’un malade désespéré ; en ce jour, où les prières mêmes de l’Église solliciient auprès du Seigneur ses miséricordes pour les âmes les plus déplorées ; rappelez ici devant Dieu toute la suite de vos années, et Phistoire secrète de votre conscirace. Repassez sur ce nombre infini de confessions, toujours réitérées, et toujours inutiles, et qui sans doute, devant le tribunal de Jésus-Christ , feront le plus terrible sujet de votre condamnation. Dites-vous à vous-tnémes : Quelles ont été jusqu’ici mes voies, et la monstrueuse conduite de ma vie ? mes passions d’aujourd’hui sont des plaies de l’enfance, et qui ont vieilli avec moi : ce que je suis encore , voluptueux , emporté , dissolu , je l’étois déjà dès la première saison de ma vie : ma destinée m’a fait éprouver des situations différentes au-dehors; mais ma passion honteuse m’a suivi partout, et partout elle a été la même : mà’vic n’est qu’un seul crime diversifié ,

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