‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 114 sur 348 · DANGER DES PUOSDÉKITKS TEMPORELLES · texte numérisé non relu

DANGER DES PUOSDÉKITKS TEMPORELLES

que (oui le reste n*esl rien que par rapport à voua, que le monde entier doit ae bouleverser, ou pour vous ména^ un plaisir , ou pour vous sauver la plus légère peine : de U tout ce qui vous approche n'est attentif qu'à s'accommoder à vos désirs, suivre vos caprices, entrer dans le plan de votre nniour-propre : on étudie vos goiUs, on devine vus pencliaiits , oh ne s'insinue dans votre bienveillance qu'à la faveur de vos foiblesses : rien ne vous gène , rien ne vous contredit ; vos inclinations décident toujours de tout ce qui vous regarde, on prévient même vos souluits. Je ne sais si vous nous accuserez encore ici de rafliner, mais je sais que s'il y a encore une divinité pour vous, ce ne peut être que vous-roéme. Car, je vous demande : t^m'onl fait de plus les grands saints pour Dieu , que ce que vous faites pour vous-même ? Il a été le >eul objet et le seul point de vue de toutes leurs actions; nePétes-vous pas vous-même des vôtres? Ils n’ont vécu que pour lui; pour qui vivez-vous que pour vous-mênte ? Ils n'ont compté pour rien tout ce qui ne se rapportnil pas à lui ; complezvoits pour beaucoup ce qui ne vous regarde pas ? Poussez le parallèle, et vous verrez que vous êtes plus encore votre idole et votre divinité , que le .Seigneur n'est le Dieu de ceux qui l'aiment et qui rittvo(|uen(. Mes Frères, on a horreur des grands crimes, et on ne compte pour rien de vivre sans culte , sans amour pour Dieu ; de ne le mettre |Niur rien dans le détail de sa vie ; c'est-à-dire de vivre comme si nous n'élions sur la terre que |M}ur nous, et que nous dussions Wner nos affections , nos craintes, nos désirs , nos espérances , à nous-mêmes.

l.a troisième impression que fait la prospérité est l'élèvement du cœtir : je ne parle pas de cet orgueil grossier et déclaré , qui falsoit dire à un piince de llahyloiie : Je monterai, j'élèverai mon itône au-tiessiis des nuées, et je deviendrai seml)lal)le au Très-Haut. Je parie d'un sentiment plus à portée du ca*ur de l'homme, et presque inséparable de la grandeur. Jesaisqu'il est des personnes, i|ui . on cultivées par l'éducation , ou redevables à la nature d'un caractère doux et facile , ou enfin , qui voulant parollre, par un raflinemenl d'orgueil, au-dessus même de leur élévation, savent en dépouiller tout le faste, se rendre accessibles, et aplanir par leur humanité touU's les voies à ceux qui les approchent. Mais ce n'est \as dans la nerté <]ue je mets le danger de la prospérité , le ridicule <lc ce vice saflll prestiue tout seul pour en corriger.

C'est dans un certain sentiment avantageux de soi rnême, qui accoutume i'ame à se regarder,

comme élevée par ses propres dons, au-dessus de tous ceux que son rang et sa prospérité laissent au-dessous d'elle. Cesl dans une secrète erreur de vanité , qui fait que nous confondons notre fortune avec nous-mêmes, que nous faisons entrer la iiaiieiance, la grandeur, les titres, les dignités, les biens, dans l'idée de ce que nous sommes ; et que de tous ces avantages, qui sont au-debnrs de nous, et qui par conséquent ne nous appartiennent pas, nous nous formons une grandeur imaginaire, qne nous prenons pour nous-mêmes ; enfin une erreur qui nous persuade que nous sommes , aux yeux de Dieu et dans l'ordre de sa providence, des créatures privilégiées, et aussi distinguées que devant les irammes et dans l'ordre extérieur de la société. Leur prospérité , dit le prophète , les affranchit des travaux et des misères communes au reste des l>ommes ; et voilà pourquoi un orgueil secret s'est emparé de leur cœur r J» îabore homÎNum flou ideo tenvit eus superbia.

(Ps. Lxxit, 5, 6.) Aussi le premier avis que l'Apôtre recommande à Timothée de donner aux grands du monde, est de ne point s’élever : iVoM ttublimè sapere. (Tiu., vi, (7.)

D’ailleurs, au-dehors tout fortifie dans les grands celte dangereuse impression : les vices sont applaudis, la nH'diocrité des laleuls cachée sous l'artifice des louanges , leur orgueil justifié par les noms pompeux de grandeur d’ame et d'élévation de sentiments : tout s'étudie , tout s'empresse à leur persuader qu’ils sont pétris d’une autre boue que les autres hommes. Nous-mêmes , nous , minbtres de la vérité , et dont les lèvres en sont les dépositaires sacrés, nous donnons aux f4us légères vertus des grands des éloges que la religion désavoue ; et sous prétexte d'animer de foibles commencements de piété, nous les corrompons dans leur source. Tel est le malheur des grands ; tout est alteulif, ou à leur déguiser leurs vices, ou à leur faire perdre le mérite de leurs vertus.

Or, quand même on pourroit se défendre de ce que les louanges ont de plus injuste et de plus grossier, il se forme néanmoins de tous ces discours enqioisonnés, je ne sais ({uel sentiment de propre estime qui ne s’effai’e plus, cl qui corrompt le cœur pour toujours. Ilérode, au milieu des acclamations d'un peuple insensé , ne se croit pas sans doute un dieu descendu .sur la terre pour parler aux tioinim's ; la louange éloit trop grossière pour être persuadée; il écoule rej>endanl avec complaisance des applaudissements qui semblent lui déférer des honueunt divins , qui le traitent de dieu et d’immortel : son cœur en est touché, si sa raison n'eii est (las gâtée : il ne rejette pas ,

DKUXIKMK DIMANCHK UE CAllÈME.

comme des blaspbèniCi», des t lires et des éloges qui ne sont dus qu'au seul rui iinnioriel des siècles; cl les vers <|ui le dévorent sur l'heure nous laissent cuiupretidie quel fut l'excès de son impie vanité, iiui.M|ii’elle inerila dVtre punie d’un si alTreux supplice.

les premiers dangers de la prospérilé, lirw des impressions qu’elle fait sur le cœur |)0ur le corrompre; tnai> les facilités (pieilc founiil aux pa^s^ons , lorsque le c<rur est déjà corruiupu , me paroisseut bien plus à craindre, llenouvelex , Je vous prie, votre altenlion.

Oir, en premier lieu, de rattachement aux chases d’ici-Uis, comme d’une source funeste, naissent ces désirs inlinis et insatiables, dont parle saint Paul, qui tuent l'aine: c’est-à-dire, que vous regardez la terre comme votre patrie; vous ne clicrchez plus qu’à vous y agrandir , qu’à y OCCU' |)er une phis graiule |ilace; vous voudriez .seul pouvoir I’o(x:iq»er tout enlièi'e. Vous ajoutez , dit un prnpliète , l'heriuige de vos voisins à celui de vos pèi es ; vous passez les bornes que la modération de vos ancêtres avoil si sagement mi.sesà vos biens et à votre foiiune; vous appelez leslerresde vos noms : il .semble ipie l’univers entier ne pourra plu.s suflirc à l’étendue <le vos projets. Vous forcez souvent un Nabotli de vous céder son champ et la succession innocente de ses pèi'es ; tout Ce qui vous acc.4unim)de vous ap|iarlienl déjà ; vous faites des droits hs plus douteux de.s droits incontes* tables, et forcez l’équité de plier sous la puissance. 1^ diicnUcs que votre opulence vous permet d’acquérir vous conviennent luujonrs ; vous ne laites p9» attention , si la médiocrité de vos talents vous en rend incapable, si le public en souffrira , mais seiitement si vous a.ssurez à vos enfan-s une fortune plus durable ; ce n’est plus la vocation du ciel, qui décide de leur déclinée , ce sont vos intérêts iem}K)rels ; l’Eglise est obligée de recevoir, des mains de votre cupidjié, des sacrifices qu’elle déleste; vous transportez <lans le champ du Seigneur tout cc qui occu|h: iiiittib-iiient la terre dans le votre; [MHJi* ne pas [)artager v<w biens, cl pour soutenir le vain honneur de votre nom , vous déebirez et vous dé.slionorez l’héritage de Jésus- Chri.si ; vous placez dans le sanctuaire îles vases de rebut et d’ignominie; vnnsacltelezqiiehiuefois même le rion de Dieu ; et coiiinie cette mère de Michas, dont il est fsirlé dans rEcriUire, vous employez vOvS graiHls biens à ériger à un enfant , dans votre nud>un même, un nouveau sai'erdoce et un nouveau tenqile. Une foiiune plus nuHiiocre, en vous lais'^anl plus de mudcraiion, vou.s eût laissé plus d’imiocence. £t ne croyex pas que je

parle ici de celte opulence riroentée du sang des peuples, de ces iiomnm nouveaux à qui noua voyons étaler sans pudeur, dam la magnificence de leurs palais , les dépouillet des villes et des provinces : ce n’est pas à nos disootirs à réformer ces abus ; c’est à la sévérité des lois, et à la juste iiidignulion de l’aulorilé publique. Vous-mêmes qui m’écoutez, mes Erères, vous en faites le sujet le plus ordinaire de vos dérisiens et de vos censures : vous souffrez impatiemment que des hommes sortis, pour ainsi dire, de 1a terre, osent disputer avec vous de faste et de magniBcence ; parer leur roture et leur obscurité, de vos gramls noius, et insulter même , par des profusions insensées, à la misère publique dont ils ont été les artisans barbares : vous sentez toute fliorleur d’une prospérité née de l’injusiioe , et vous ne connoissez |)as les dangers de celle que 1a naissance donne. Toute la différence que j’y trouve , c’est que l’une commence et l’autre finit toujours par le crime; c'est que les uns jouissent d'un bien injustement acijuis, et que les autres abusent d’une fortune légitime.

En efiet, en second lieu , de l’aUacbemeiU à son propre corps, seconde impression de la prospérilé, naissent toutes ces passions d’ignominie , qui déshonorent le temple de Dieu en nous. Or, qui ue sait que la prospérité fraie mille votes à ce vice honteux ? Car je ne vous dis ps» que la seule mollesse, inséparable de l’abondance, est un acheminement presque infaillible à la licence des moun, et qu’une vie toute oiseuse, telle qo’on la mène dans l’opulence, touche de près à ta diasolution. £b! où naissent les monstres et les passions exécrables, que dans les pelab des grands? Les vices communs ne plaUent plus ; et pour réveiller ces aines voluptueuses , il fout que des excès bizarres et une affreuse dislinciioo d’énormité donnent à riiiiquité de nouveaux charmes. LEez les divines Ecritures : de là vient la cliutede David, les égarements insensés de Sakimon, les voluptés démesurées Ue balihazar , le scandale de la cour d’ilérode.

Je ne vous dis pas encore que souvent l’ame est redevable de son innocence à la difficulté de la tiansgression; qu’on n’aime pas les plaisirs qui coûtent trop, que les obstacles qu’une fortune médiocre met à nos désirs font souvent prendre un parti généreux au fuièle, et l’aiiaciient au devoir par des liens plus saints et plus durables; mais que, pour le.s grands , leurs désirs deviennent la seule règle de leurs prissions, la volonté n'a plus d’autre frein qu’elle-mème , les plaisirs ne coûtent plus que la seule peine d'élre cluirés. A pdna David eut sou*

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