‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 115 sur 348 · DANGER DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES · texte numérisé non relu

DANGER DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES

bailé de tioire de l'eaii de la citerne de Bethléem, qtie, mal;rré toutes les dirficullé.s qui seiubluieDt rendre son désir inutile, trois jeunes Hébreux percent ranuée ennemie, et, à travers mille dan^rs, viennent mettre à .«es pieds une eau qui étoit le prix de leur san^ et le péril de leur aiiie : tout est facile aux passions des grands. Hélas! le crime plaît avec toutes ses conirailintioris et ses peines t quels attraits n*aura-t-ii donc pas, lorsque tout en aplanit les voies, et qu’il n’en coûte plus au ca'ur que pour s’en tiérendre ?

Enfin . je n ajoute |>as qu’une vertu commune, et quelquefois même rindolence, suflisenl pour nous éloizner de chercher les occasions du dcai>rdre , mais <|iie la vertu même des .«aiuts ne sufUt (ws pour se défendre des occasioius <|ul nous cherchent : or, eli^ naissent ces occasions, sous les pas des grnnd.s et des heureux du monde, leurs regard.s trouvent partout des écueils, tout veut plaire, tout s’étudie à corrompre le cieur, tant fait gloire de l’avoir l'orrompii : le crime s’offre i eux , accompagné de tous les attraits les plus propres k le rendre aimable , de tous les artifices que la corruption a pu inventer, ou pour prévenir les dégoûts, on pour amuser rinconsiance. ou pour justifier la passion. Des con.sei:lers d’iniquité, des ntinisires lie la volupté, dont la prospérité est toujours environnée, cherchent à plaire en flattant la pav<«ion du maître, en deviennent les apologistes impies, en adoucissent l’horreur, en illnslrenl la honte et la bassesse, en révedlent le désir. A peine Sara eut paru dans les royaumes de Pliaraon et d’Abiméledi, que les courtisans, connoissagt la lionteiise fragilité de leurs maîtres, viennent leur vanter sa beauté, enflainment leur passion, et leur inspirent des désirs injustes. Dans une situation si périlleuse, ô mon Dieu! le Juste lui-méme tomberoii; et comment peut-il arriver qu’une ame déjà amollie par la prospérité se soutienne?

Enfin , de l'orgueil , dernière impression de la prospérité, naissent les désirs ambitieux , les coitcurrences, les perfidies, les haines, le.s vengeances, toutes passions que la prospérité favorise; Vorgueildemx qui i*ous hafsxeut^ ô mon Dieut dit le Proplièle, mon fe toujours. {Ps. I.XXIM,23.) Les biens, le rang, la naissance font comme une loi de rauibilion : il seroil honteux d’être né quelque clm.se, et de ne ()oint penser à s’élever; savoir se Imrner, se lixxiver heureux dans son étal, est une phiUKSfiphie qui déshonore, et que le monde traite de pusillanimité, ou de singularité bizarre. Or, dès qtie vous supposez l’ambition maîtresse d‘nn m ur jusqu’à un certain point , il nVsl plus rien cTirÿuate et de lâche même , qu’on n’en doive

attendre: il faut détniire vos concurrents, s’élever sur les débris de la religion et de la cunAcience , être double, dissimulé, perfide, tout, hormis chrétien : il faut se réjouir des infortunes d’aulnii lorsqu’elles nous élèvent; s’aniiger de leur élévation qui nous recule; iiair tout ce <|ui K’opfmse à nos prétentions , entrer dans 1rs passions de ceux â qui imtis avoiui intérêt de plaii'e; décrier la vertu même et le mérite qui nou.s devient un obstacle ; sacrifier l’intérêt public à nos inlérOts pei sonnels ; et faire de notre fortune, notre religion et notre dieu. Voilà les premiers dangers de la prospérité: elle inspire les passions en corrom|tant le cnnir ; elle les favorise lorsqu’elle l’a ileja corrompu.

!^ULs , <piel fruit retirer de ces grdmie.s vérités ? Eaiil-il donc renoncer aux biens et aux titres que nous tenons de nus ancêtres, et sortir d’un état où la Providence nous a fait naître? Non, mes Frères; mais c’est de nous dire premièrement à nous-mêmes que, pour posséder tout ce qui peut servir à la félicité de.s sens , U ne nous e.sl (los (dus permis pour cela de les satisfaire; que ce n’est pas le degré de noire furlune, mais celui de notre innocence, qui doit décider de nos droits sur les (datsirs les plus (lennis; que le pecheur, quelque éleve (|u'li puisse être , n‘a plus de partage <|ue les larmes et la violence; (|ue ses crimes lui ont rendu inutiles presijue tous les avantages de son abondance; et que .«ion élévaiûHi, loin d'adoucir sa pénitence, en fait une nouvelle difiicullé.

C'est, en second lieu, de comprendie i|ue, tout ce qui ne nous élève qu’aux yeux des Immmes, n’ajoute rien à ce que nous sommes eu eflél devant Dieu ; que nos vertus seront à ses yeux nos seuls litres ; et que tout ce faste et toutes ces dignités qui nous environnent, ensevelis avec nous dans le tombeau , nous serons effrayes de ne retrouver que nous-mêmes devant sou U ibunol redoutable.

C’est enfin, de regarder les royaumes du monde et toute leur gloire , comme un s(>ectacle que le tenlaleur ne montre janiai> que de loin : Ostendit fi omuia retji\a inuudi, et (jhriaui eorum ( Mattii., iv, S); c’est là le point de vue séduisant; c’est de cet éloignetueiit .seulement, que tout ce vain amas de gloire et de grandeur veut hnposer aux .sens et à la raison : à (teine y loucbez-vous, que le cliarme O'sse ; l’objet ctunige de face, et vous n’y trouvez plus rien de ce (jue l’erreur de rimaginalion vous avoit promis. De toutes les furlimes et les grandeurs qu’un se propose ici-bas, il ri’esl que le désir et rts(jcrauce (|iii flatte et qui enivre. 11 c.h| doux d’es|)érer : voilà le seul plaisir que riKmime puisse ici-l>«« se pro*

DKÜXlKMt DlMAINCllE 1) fc CAKKME.

mettre. Dès que tous vos désirs sont accomplis, et que vous n*avez plus rien à [>rc‘ien(lre; ou vous êtes malheureux, ou de nouveaux désirs et des espérances nouvelles viennent encore vous amuser et vous séduire: il faut que l’erreur de l’avenir nous soutienne; le présent, quel qu’il puisse être, n’est jamais rien pour nous. Aussi te tentateur nous laisse toujours quelque chose à espérer: Ila’c omnia tibi dabo (M attii., v , 9) ; c’est là son artifice; il nous montre toujours de loin des objets qui irritent nos passions; d sait bien , que le seul secret de tromper les hommes n’est pas de contenter leurs désirs, mais de leur en inspirer: voilà pourquoi vous devriez être encore plus désabusés (lu monde, vous, mes Frères, que ceux qui naissent dans une fortune médiocre. Moins vous êtes heureux dans votre élévation , plus vous devez sentir le vide de tout ce qui fait l’ai^talion et l’empressement des autres hommes. Comme vous jouissez de tout ce que les autres désirent, il reste an tentateur moins de pièges pour vous surprendre. Ce devroil être là un des privilèges de la grandeur et de la prospérité, de vous faire com- ]>rendre que le monde entier n’est rien pour l’homme ; que toute la gloire de la terre peut enivrer le cœur pour un moment , mais ne sauroit le remplir; que nous sommes nés pour le ciel; que ce n’est pas l’élévation , mais rinnocence dn cœur, qui fait tes véritables plaisirs de l’homme sur la terre; que si nous plaignons tout bas l’erreur de ceux qui, nés au-dessous de nous, nous regardent comme heureux, nous devons plaindre noire propre avetiglement , de croire trouver une félicité pins solide dans des distinctions élevées au-dessus de la nôtre ; que lou.s les hommes s’abusent ainsi , faute de connoUrc l’état où ils ne se trouvent point , et qu’il n’y atiroil qu’à les rapprocher les uas des autres pour les détromper.

C’est ainsi , ô mon Dieu 1 que , par une providence miséricordieuse , vous avez voulu que les dangers de chaque état pussent devenir des moyens et des ressources de salut , à l’ame fidèle qui s’y trouve engagée; et que, pour rendre tous les hommes inexcusables, vous avez permis que vos sen’iteurs se soient sanctifiés au milieu des mêmes écueils qui voient périr tant d’ames mondaines. Voilà les sentiments de la foi sur les prospérités temporelles. Vous venez de voir (pfelles sont des occasions de péché, il faut vous montrer qu’elles sont encore des obstacles de pénitence.

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